[384] Mss Conrart, t. IX, in-fo, p. 199.--_Pièces nouvelles et
galantes_, 1667, t. II, p. 9.--Voir la _Notice_, p. 109, note 4.
[Octobre 1663.]
Je sais trop le profond respect que l'on doit à V. M. pour prendre la
hardiesse de lui écrire, si son propre bienfait ne me l'eût donnée et
s'il n'y avoit trop de honte à n'en pas témoigner de ressentiment. Je le
dirai même, Sire, à V. M., puisqu'elle ne m'a pas jugée indigne de ses
grâces. Il est désormais de son intérêt de recevoir avec la même bonté le
très-humble et très-respectueux remercîment que j'ose lui en faire. Je
n'ai assurément nulle de ces qualités éclatantes qui attirent son estime
et sa faveur et en tirent un nouvel éclat. Je ne puis moi-même justifier
l'action de V. M. qu'en l'assurant d'une reconnoissance éternelle. Elle a
sans doute voulu montrer en pensant à moi qu'elle sait trouver du temps
pour les moindres choses comme pour les plus grandes, qu'elle n'ignore
rien, et ne connoît pas seulement les services mais aussi le cœur de ses
sujets dont il n'y en a point qui ait plus de passion que j'en ai
toujours eu pour sa gloire.
J'ai fait, Sire, des vœux pour la naissance de V. M. quand c'étoit un
bien plus souhaité qu'espéré de toute la France. J'en ai fait pour le
bonheur de son règne que cette naissance miraculeuse nous sembloit
promettre. Quand on a admiré les victoires et les conquêtes de V. M., je
les ai senties; quand son heureux mariage et la paix qu'elle donnoit à
ses peuples ont fait la prospérité de l'État, j'en ai fait la mienne;
quand Dieu lui a donné cet aimable Dauphin qui fait présentement les
délices des deux plus grandes reines qui aient jamais été, j'en ai eu une
joie particulière, et, si je l'ose dire, toute cachée que je suis dans le
monde, mon zèle et mon affection m'ont fait suivre V. M. depuis son
berceau jusqu'à son char de triomphe.
Il n'y a guère d'apparence, Sire, que je cesse aujourd'hui, qu'à tant de
devoir et d'inclination je puis ajouter la joie d'avoir eu quelque petite
part aux pensées du plus grand roi du monde, et d'avoir été du moins un
moment dans cet esprit qui n'est que justice, que lumière, que gloire et
que grandeur.
Mais, Sire, il ne m'appartient pas de louer V. M., bien que ce soit
aujourd'hui l'occupation de toute la terre. Il n'est pas juste, quelque
bonté qu'elle pût avoir, de l'arrêter inutilement, Elle dont tous les
moments sont autant d'actions utiles et glorieuses. Qu'elle me pardonne,
s'il lui plaît, ce peu que je lui en ai fait perdre. Je voulois lui faire
connoître que je sais parfaitement le prix que donne à un bienfait une
main aussi illustre que la sienne, afin qu'elle comprît plus aisément
avec quel zèle, quelle fidélité et quel respect je serai toute ma vie,
etc.