A UNE DAME EN LUI ENVOYANT LES ŒUVRES DE VOITURE

Voici votre Voiture et son galant Permesse,

Quoique guindé parfois, il est noble toujours;

On voit tant de mauvais naturel de nos jours,

Que ce brillant monté m'a plu, je le confesse.

On voit (c'est un beau tort) que le commun le blesse,

Et qu'il veut une langue à part pour ses amours,

Qu'il croit les honorer par d'étranges discours;

C'est là de ces défauts où le cœur s'intéresse.

C'était le vrai pour lui que ce faux tant blâmé;

Je sens que volontiers, femme, je l'eusse aimé;

Il a d'ailleurs des vers pleins d'un tendre génie;

Tel celui-ci, charmant, qui jaillit de son cœur:

«Il faut finir mes jours en l'amour d'Uranie.»

Saurez-vous, comme moi, comprendre sa douceur[1]?

[1] Ulric Guttinguer, les _Lilas de Courcelles_, 1842, p. 41.

Mlle de Scudéry, on le verra, fut une des premières à prendre

parti pour le Sonnet d'Uranie, et l'on a surnommé Guttinguer «le

dernier des Uranins.»

_Nous devons dire quelques mots sur la manière dont nous avons compris

nos devoirs d'éditeurs, et sur le plan que nous avons suivi._

_Il y a des auteurs dont le public veut tout connaître; il en est

d'autres qu'il lui suffit d'envisager par leurs côtés les plus

caractéristiques. Esquisser leur physionomie en la replaçant dans le

milieu qui l'éclaire, choisir parmi leurs productions ce qui peut le

mieux donner l'idée de leur manière,--l'expression n'est pas déplacée

quand il s'agit de Mlle de Scudéry,--en un mot être fidèle sans_ _se

croire obligé d'être complet, voilà le but que les éditeurs se sont

proposé d'atteindre._

_Nous avons été particulièrement sobres dans le choix des Poésies, dont

le principal mérite consiste dans une grâce facile ou dans des allusions

aux événements du temps._

_Mais nous avons dû faire une place plus large à la Correspondance, en y

comprenant non-seulement les lettres écrites par Mlle de Scudéry

elle-même, mais encore celles qui lui furent adressées par ses

contemporains. Les premières, malgré des taches provenant de la

négligence, et, le plus souvent, de l'affectation, ont une véritable

valeur littéraire et historique. Les secondes donnent peut-être une plus

haute idée encore de celle à qui elles s'adressent, par les témoignages

de tendre amitié et de haute estime qu'elles renferment de la part de

correspondants tels que Mme de Sévigné, la reine Christine, le grand

Corneille, Bossuet, Leibnitz. Tout en consacrant aux unes et aux autres

deux séries distinctes, nous avons rapproché celles qui se répondent, et

ne sauraient être séparées sans inconvénient._

_Bon nombre des lettres que nous publions ici font partie des Manuscrits

Conrart à la Bibliothèque_ _de l'Arsenal, ou des papiers de l'abbé

Boisot à la Bibliothèque de Besançon. Beaucoup étaient éparses dans des

Mémoires, Correspondances ou recueils du temps. Enfin, grâce à

l'obligeance de certains amateurs, les éditeurs ont pu, aux pièces tirées

de leurs propres portefeuilles, en joindre d'autres pour la plupart

inédites. Celles mêmes qui étaient déjà connues par les publications de

MM. de Monmerqué, Cousin, etc., ont été par nous, à l'occasion,

complétées, rectifiées, remises à leur vraie place. Nous devons déclarer,

à ce propos, que nous avons attaché aux dates une importance

exceptionnelle, et que, grâce à des recherches dont les lecteurs ne

soupçonneront guères l'étendue et l'opiniâtreté, nous avons tenu à

dater,--fût-ce approximativement, et en distinguant toujours par des

crochets nos conjectures des indications fournies par les originaux

eux-mêmes,--presque toutes les lettres renfermées dans notre volume._

_Nous n'avons pu retrouver toutes celles dont l'existence nous est

attestée par divers témoignages. Sans parler de la grande lettre à Mlle

d'Arpajon sur sa retraite aux Carmélites, de l'épître de quinze pages à

Bossuet au sujet de la mort de Pellisson, il y a des séries entières de

lettres de Mlle de Scudéry ou à elle adressées, qui ont à peu près

entièrement disparu. Nous savons, par Chapelain que Conrart lui écrivait

en Provence «presque toutes les semaines.» Ce même Chapelain ne possédait

pas moins de soixante-dix-huit lettres de Scudéry ou de sa sœur, comme

en fait foi le_ CATALOGUE _ou plutôt l'_INVENTAIRE MANUSCRIT _de sa

bibliothèque. Elle dit elle-même quelque part: «J'ai brûlé plus de cinq

cents lettres de Pellisson du temps de la Bastille.» Enfin elle resta en

correspondance jusqu'à la fin de sa vie avec d'anciens amis de Provence:

Forbin-Janson, Mascaron, Bonnecorse. Combien peu de ces précieux

documents sont parvenus jusqu'à nous! Cet inventaire de nos pertes, qu'il

nous aurait été facile de grossir, nous avons tenu du moins à le

présenter ici, dans l'espoir que le hasard ou ces indications mêmes en

pourront faire retrouver une partie._

_Nous avons eu pour le texte de notre auteur un respect suffisant, mais

non superstitieux. Sans l'altérer jamais, nous l'avons abrégé

quelquefois; nous ne sommes pas parvenus à en faire disparaître des

répétitions inévitables dans les mentions d'un même fait raconté à des

personnes différentes, ni des variations faciles à expliquer dans le

style_ _d'un auteur qui a vu la langue se transformer pendant une longue

carrière touchant d'un bout à Balzac et de l'autre à La Bruyère. Quant à

l'orthographe, que Mlle de Scudéry a également vue se modifier, qu'elle a

contribué à modifier elle-même, nous n'avons pas hésité à lui donner,

comme l'a fait M. Cousin, les formes modernes, sauf certaines

particularités ou locutions, dont l'absence aurait produit l'effet d'une

espèce d'anachronisme._

_Nous ne pouvions songer à faire figurer dans ce volume, même par

extraits, ni les Romans, dont M. Cousin a donné, surtout pour ce qui

regarde le_ GRAND CYRUS, _d'assez longs épisodes, ni même--et nous le

regrettons davantage--les_ CONVERSATIONS MORALES _qui constituent un

ensemble de préceptes renfermés dans un cadre analogue et difficiles à

séparer. Nous avons du moins cherché, dans la_ NOTICE _et dans les notes,

à donner une idée de ces compositions, et à en tirer les éclaircissements

et les exemples qui pouvaient servir à l'intelligence de la vie et des

écrits de l'auteur_.

_Parmi les personnes qui ont pris à notre publication l'intérêt le plus

actif, soit par des communications libérales, soit par des indications

utiles, nous devons mentionner spécialement MM. le comte_ _de Clapiers,

Camoin et Blancard, à Marseille, Octave Teissier, à Toulon; M. Toussaint,

avocat au Havre; M. Tamizey de Larroque; MM. Ravenel et Baudement, de la

Bibliothèque nationale; Miller et Ad. Regnier de l'Institut; Chambry et

Gauthier-la-Chapelle récemment enlevés à leurs goûts studieux, et

plusieurs autres amateurs tels que MM. Dubrunfaut, J. Boilly, Moulin,

Étienne Charavay, etc._

NOTICE

SUR

MADEMOISELLE DE SCUDÉRY.

I

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 5 / 411 题