Paris, le 4 octobre 1767.
Je quitte ma petite bonne, qui est en train de jouer de son instrument
comme un ange, pour causer avec vous. Me voilà donc revenu du Grandval,
bien malgré le Baron, la Baronne, les petits garçons, les petites
filles, Mme d'Aine et les domestiques. Je les abandonne tous. Je
cours, j'écris de droite, de gauche, pour leur envoyer quelqu'un qui
les secoure. Mais l'abbé aime la ville où il est perpétuellement en
spectacle: le docteur Gatti est l'ombre de Mme de Choiseul; d'Alinville
marque des loges à Fontainebleau; Grimm s'ennuie par bienséance à
la Briche; quand l'abbé Morellet n'est pas à Voré, il est sur le
chemin: la belle dame Helvétius le fait trotter comme un Basque;
notre Orphée[198] est à l'Isle-Adam; Suard est à tant de femmes
qu'il ne songe plus guère à Mlle de... J'ai prêché inutilement M. Le
Romain[199], qu'on aurait grand plaisir à avoir, mais que sa mélancolie
retient dans l'obscurité de sa cahute, où il aime mieux broyer du noir
dont il puisse barbouiller toute la nature que d'aller jouir de ses
charmes à la campagne. On débaucherait aisément le gros Bergier, mais
on ne s'en soucie pas, parce qu'il est triste, muet, dormeur, et d'un
commerce suspect. Damilaville a toujours le prétexte de ses affaires
qu'il ne fait point. Naigeon mourrait d'ennui, s'il n'allait pas
assidûment chez les Van Loo, où il est sûr de trouver Mme Blondel qu'il
n'aime point, et dont il parle toujours, et s'il n'avait pas fait sa
tournée au Palais-Royal à l'heure précise où elle s'y promène. L'abbé
Raynal est fort mal à son aise partout où fine pérore pas colonies,
politique et commerce. M. de Saint-Lambert est arrivé à Montmorency.
Mon fils d'Aine[200] court à toutes jambes après l'intendance d'Auch,
qu'il dédaigne comme le renard les raisins verts. Le baron de Gleichen
aimerait mieux être au fond des fouilles d'Herculanum que dans les
plus beaux jardins du monde. L'ami Le Roy vit pour lui et ne va jamais
dans aucun endroit qu'il n'espère s'y amuser plus qu'ailleurs, et puis
voici le temps de la chasse qu'il aime de passion. M. de Croismare a
trop besoin de variété pour s'asseoir plus d'un jour; celui-ci n'a
jamais mis son bonnet de nuit dans sa poche, et perdu de vue le quai
de la Ferraille, les bouquinistes et les brocanteurs, sans le motif
le plus important et le plus honnête. Nous aurions bien des femmes,
mais nous n'en voulons point, parce qu'il est trop rare que ce soient
des hommes. Le docteur Roux cherche des malades. Le docteur Gem court
toujours après son cheval Le docteur d'Arcet est peut-être enfermé
sous clef par le comte de Lauraguais, jusqu'à ce qu'il lui ait fait
une découverte. Le comte de Creutz est en extase devant ses tableaux,
ou devant la femme du peintre, qui est jolie, et plus galante encore.
Helvétius, la tête enfoncée dans son bonnet, décompose des
phrases, et s'occupe, à sa terre, à prouver que son valet de chiens
aurait tout aussi bien fait le livre <i>De l'Esprit</i> que lui. Wilkes
n'est plus en faveur, parce qu'incessamment il sera ruiné, et que sans
nous en apercevoir nous prenons les devants avec le malheur, et que
nous rompons avant qu'il soit arrivé, parce qu'il serait malhonnête
de rompre après. Le chevalier de Chastellux est cloué quelque part;
et quand on est jeune, ce clou-là tient bien fort. La Baronne dit que
l'abbé Coyer est du miel de Narbonne tourné, qu'il ne faut pas le lui
envoyer. Il y a près de soixante ans que le chevalier de Valory fait le
rôle du chien de Jean de Nivelle. Voilà presque toute la société. Vous
la connaissez presque aussi bien que moi Je viens, au milieu de notre
disette, de leur dépêcher le juif Berlize; c'est le secrétaire de mon
fils d'Aine et l'intendant de sa mère. Il joue, il déraisonne; on s'en
moque, il se fâche, et l'on s'en moque bien davantage.
Mon retour à Paris a été différé de trois ou quatre jours par une
petite malice de la Baronne, qui a corrompu secrètement ceux qui
s'étaient engagés de me venir reprendre. Je suis arrivé tout à temps
pour arrêter les suites d'une multitude de petits orages domestiques
qui s'étaient élevés pendant mon absence entre la sœur et la sœur,
entre la mère et la fille, entre la nièce et la tante. Chacune est
venue m'apporter ses griefs; toutes avaient tort. Je leur ai donné
raison à toutes. La petite bamboche a promis d'être plus réservée dans
ses propos, et tout est calmé. Mon premier soin, en mettant pied à
terre, a été d'aller voir Mme de Blacy, car quoique j'aime bien à rire,
j'aime encore mieux consoler ceux qui pleurent.
J'ai fait ensuite ma visite à la petite sœur, que j'ai trouvée lisant
vos lettres et hochant du nez à toutes vos protestations d'amitié. M.
Digeon y était. On m'invita à dîner pour aujourd'hui samedi; mais on
se ressouvint que ce jour était promis aux campagnards de Monceaux,
et cette réflexion nous embarqua dans une causerie sur la solennité
desdites promesses. Notre chère sœur était en train d'étaler là-dessus
les plus belles maximes du monde, lorsque je pris la liberté de
lui observer qu'il y avait cent façons diverses de promettre qui
n'obligeaient pas moins que les protestations les plus expresses, que
les billets signés de sang. «Par exemple, ajoutai-je, il y a des
services sur lesquels mon ami ne s'est jamais expliqué, mais j'y compte
parce qu'ils entrent dans le pacte de l'amitié; et quand l'occasion
de les demander se présente, je les demande comme une promesse faite
à l'instant où le nom d'ami fut prononcé entre nous.» Et puis nous
voilà embarqués dans les devoirs de l'amitié. Là-dessus, je m'en tins
à la fable de La Fontaine; je voulais qu'on sortît de son lit sur
l'inquiétude seule que je ne reposais pas dans le mien, et que l'on y
plaçât son esclave, si j'y étais mal couché seul M. Digeon secoua la
tête, à l'esclave, et je lui dis que c'est que j'étais du Monomotapa,
et qu'il n'en était pas.
Nous quittâmes ce propos, pour le long séjour que j'avais fait à la
campagne et la manière dont on vivait au Grandval. On me demanda si
la Baronne était fort heureuse. Je répondis, ce qui est vrai, qu'elle
était heureuse partout où le Baron se trouvait bien, et où elle avait
ses enfants et son luth. Pour entendre ce qui suit, il faut que vous
sachiez que Mme Le Gendre a eu occasion de voir M. Suard deux ou
trois fois chez Mme de Grandpré, et que M. Suard est ami de quinze
ans de M. Digeon et de Mme de Grandpré. À propos de la différence de
la vie que la Baronne menait au Grandval et de celle qu'elle mène à
Paris, je remarquai, à son honneur, que les amusements de la ville qui
lui convenaient le plus étaient sacrifiés sur-le-champ, lorsqu'elle
ne remarquait pas sur le visage de son mari l'approbation la plus
complète. Comme je prononçais ces mots, j'aperçus que M. Digeon et
Mme Le Gendre se souriaient l'un à l'autre. Cela me déplut. M. Digeon
s'en alla donner leçon au petit bonhomme. Nous restâmes seuls avec
Mme de Blacy et moi Alors, prenant un ton beaucoup plus ferme et plus
sérieux que je n'ai coutume, je dis à Mme Le Gendre que ceux qui
ne connaissaient Mme d'Holbach que sur la parole de M. Suard ne la
connaissaient point, parce que M. Suard n'était pas payé pour en dire
du bien. Je vis, et je crois que je vis bien, que Suard avait eu la
malhonnêteté de décrier la baronne dans l'esprit de son ami; que cet
ami avait fait passer très-légèrement l'opinion fausse qu'il avait eue
dans l'esprit de Mme Le Gendre. Après quelques minutes de silence, Mme
Le Gendre alluma son bougeoir et disparut: ce qui acheva de confirmer
mon soupçon. Voilà donc ce qu'on appelle des honnêtes gens!
Ils sont admis dans une maison; le maître de la maison les comble
d'honnêtetés, de bons offices, les prend en estime, en amitié, et leur
en donne toutes les marques imaginables; et pour l'en récompenser,
on met tout en œuvre pour corrompre sa femme; et quand on n'y a pas
réussi, on dit pis que pendre de cette femme. Si M. Digeon continue,
j'en rabattrai beaucoup. Cet homme voit le genre humain en noir. Il ne
croit point aux actions vertueuses; il les déprime; il les dispute:
s'il raconte un fait, c'est toujours un fait abominable, scandaleux.
Voilà deux femmes de ma connaissance dont il a eu occasion de parler
à Mme Le Gendre; il a mal parlé de toutes deux. Elles ont sans doute
leurs défauts; mais elles ont aussi leurs bonnes qualités. Pourquoi
faire les bonnes qualités et ne relever que les défauts? Il y a là
dedans au moins une sorte d'envie qui me blesse, moi qui lis les
hommes comme les auteurs, et qui ne charge ma mémoire que des choses
bonnes à savoir et à imiter. La conversation entre Suard et Mme Le
Gendre, par une méprise de celui-ci, avait été fort vive. Ils avaient
recherché les raisons pour lesquelles les âmes sensibles s'émouvaient
si promptement, si fortement, si délicieusement, au récit d'une bonne
action. Suard avait prétendu que c'était l'effet d'un sixième sens
que la nature nous avait donné pour juger du bon et du beau. On me
demanda ce que j'en pensais. Je répondis que ce sixième sens, que
quelques métaphysiciens avaient accrédité en Angleterre, était une
chimère; que tout était expérimental en nous; que nous apprenions dès
la plus tendre enfonce ce qu'il était de notre instinct de cacher ou
de montrer. Lorsque les motifs de nos actions, de nos jugements, de
nos démonstrations nous sont présents, nous avons ce qu'on appelle la
science; quand ils ne sont pas présents à notre mémoire, nous n'avons
que ce qu'on appelle goût, instinct et tact. Les raisons de nous
montrer sensibles au récit des belles actions sont sans nombre: nous
révélons une qualité infiniment estimable; nous promettons aux autres
notre estime s'ils la méritaient jamais par quelque procédé rare et
honnête; nous les encourageons ainsi à l'avoir. Les belles actions nous
font concevoir l'espérance de trouver parmi ceux qui nous environnent
quelqu'un capable de les faire; et par l'extrême admiration que nous
leur accordons, nous faisons concevoir aux autres l'idée que nous
en serions capables nous-mêmes si l'occasion s'en présentait.
Indépendamment de toutes ces vues d'intérêt, nous avons une notion,
un goût de l'ordre auquel nous ne pouvons résister, qui nous entraîne
malgré nous. Toute belle action n'est jamais sans quelque sacrifice,
et il nous est impossible de ne pas rendre hommage à celui qui se
sacrifie; quoiqu'en nous sacrifiant, nous ne faisons pourtant que ce
qui nous plaît davantage, nous sommes portés avec raison à honorer ceux
qui se départent des avantages les plus précieux pour celui de faire
le bien et de s'en estimer davantage eux-mêmes, ou d'en être estimés
davantage des autres; celui qui ambitionne la considération publique
fait aux autres un compliment fort doux; il leur dit, comme je ne sais
plus quel ancien: «Romains, combien j'ai passé de jours et de nuits
pour mériter, pour obtenir un mot flatteur de vous! On ne se donne pas
tant de peine pour ceux qu'on méprise.»
Mme Le Gendre ne trouve pas que Suard parle facilement. Je crois
qu'elle a tort. C'est le principal mérite que je lui connaisse. Cette
discussion me conduisit à parler de ce qui venait d'arriver à Deuil Le
curé de cette paroisse passe à celle de Groslay. Il était si cher à
ses paroissiens, que, malgré leur misère, ils se seraient cotisés pour
que son sort à Deuil ne fut pas moindre qu'à Groslay, si le pasteur
y avait consenti. Il alla prendre possession, il y a quelques jours,
de sa nouvelle cure. Au milieu du <i>Te Deum laudamus</i>, il aperçut dans
la foule une vingtaine de ses paroissiens qui pleuraient, et voilà la
voix qui lui manque et les larmes qui lui viennent aux yeux. Tout le
monde loua le curé et les paroissiens. Cette petite aventure porta
merveilleusement à l'application des principes que j'avais établis.
La conversation, qui ne déplaisait pas à Mlle de Blacy, la retint
jusqu'à dix heures et demie du soir. Je lui donnai le bras, et j'allai
achever la soirée chez elle; nous y causâmes de maman, de vous. «
Quand reviendront-elles?--Bientôt.--Irez-vous à Isle?--Cela dépendra
plus du prince que de moi--L'avez-vous vu?--Non.--Et pourquoi?--C'est
qu'il est parti pour Fontainebleau.--Quand en revient-il?--Je l'ignore.
Il y a quatre jours qu'il y est, et il n'a point encore demandé ses
chevaux.--Nous n'aurons donc pas maman ici le jour de sa fête?--Je ne
crois pas.--Je vais lui écrire.--Et moi aussi; bonsoir.»
Mademoiselle, joignez mes souhaits, mon bouquet et mon baiser aux
vôtres. Dites à maman de ma part tout ce que votre cœur vous inspirera
de doux et de tendre, et ne craignez point d'aller au delà de ce que je
sens.
Il fait un temps déplorable. La belle dame a bien tort de vous retenir
seule dans votre triste château. Que fait-elle dans sa province? Si
elle s'ennuyait seulement la moitié de ce que ferait le prince, il y a
deux jours que vous seriez à Châlons. Mme Duclos a consulté Damilaville
sur son voyage à Paris. Elle ne fait que l'embarrasser, lui susciter
des querelles à la Briche; il l'aime tout autant à Châlons, et elle y
restera si elle suit son avis. Je ne lui ai point écrit; mais ma petite
bonne l'a fait pour moi: c'est la même chose; et puis, ma foi, j'aime
mieux mériter ses reproches que les vôtres. J'ai pris une ou deux fois
la plume pour elle, et c'est à vous que j'ai écrit. Hâtez-vous donc de
revenir. Savez-vous que vous me devez incessamment un bouquet?
Je ne pense pas, dans la position incertaine où se trouve le prince,
qu'il puisse aller au-devant de son amie; il attend à chaque poste
l'ordre de se déplacer. Ce sont tous deux des enfants si quinteux,
si ombrageux, si pointilleux, si vétilleux, que je ne serais point
étonné qu'ils se fussent brouillés par lettres. Les meilleures gens
en amitié sont quelquefois les plus sottes gens en amour. Le prince,
qui est moraliste jusque par-dessus les oreilles, se sera avisé de
lui donner quelques conseils sur leur bonheur à venir. Il y aura mis
toute la douceur, tous les ménagements, tous les égards imaginables;
et avec tout cela, on les aura mal pris, parce que les despotes en
général n'aiment pas les conseils, et que les jolies femmes sont toutes
despotes. En vérité, je ne saurais souffrir les femmes qui mettent
quelque importance à leurs faveurs, passé la première fois.
Adieu, bonnes amies; j'entends le ciel qui se fond en eau. Je ne vous
écris pas aussi souvent que je le voudrais; mais en revanche je ne
finis point. Je compte sur votre solitude et votre amitié. Je compte
que, quoi que je vous dise, vous ne lisez jamais que ces mots: Il nous
aime, il nous aime, puisqu'il croit que nous nous prêtons sans dégoût à
toutes les misères qu'il nous dit.
À propos, savez-vous que Mme d'Aine est devenue esprit fort? Il y a
quelques jours qu'elle nous a déclaré qu'elle croyait que son âme
pourrirait dans la terre avec son corps. «Mais pourquoi priez-vous
donc Dieu?--Ma foi, je n'en sais rien.--Vous ne croyez donc pas à la
messe?--Un jour j'y crois, un jour je n'y crois pas.--Mais le jour
que vous y croyez?--Ce jour-là, j'ai de l'humeur.--Et allez-vous à
confesse?--Quoi faire?--Dire vos péchés.--Je n'en fois point; et quand
j'en ferais et que je les aurais dits à un prêtre, est-ce qu'ils en
seraient moins faits?--Vous ne craignez donc point l'enfer?--Pas plus
que je n'espère le paradis.--Mais où avez-vous pris tout cela?--Dans
les belles conversations de mon gendre: il faudrait, par ma foi,
avoir une bonne provision de religion pour en avoir gardé une miette
avec lui. Tenez, mon gendre, c'est vous qui avez barbouillé tout
mon catéchisme; vous en répondrez devant Dieu.--Vous croyez donc en
Dieu?--En Dieu! il y a si longtemps que je n'y ai pensé, que je ne
saurais vous dire ni ou ni non. Tout ce que je sais c'est que si
je suis damnée, je ne le serai pas toute seule; et quand j'irais à
confesse, que j'entendrais la messe, il n'en serait ni plus ni moins.
Ce n'est pas la peine de se tant tourmenter pour rien. Si cela m'était
venu quand j'étais jeune, j'aurais peut-être fait beaucoup de petites
choses douces que je n'ai pas faites. Mais aujourd'hui, je ne sais
pas pourquoi je ne crois rien. Cela ne me vaut pas un fétu. Si je ne
lis pas la Bible, il faudra que je lise des romans; sans cela, je
m'ennuierais comme un chien.--Mais la Bible est un fort bon roman.--Ma
foi, vous avez raison; je ne l'ai jamais lue dans cet esprit-là; demain
je commence; cela me fera peut-être rire.--Lisez d'abord Ézéchiel--Ah!
oui; à cause de cette Olla et de cette Oliba, et de ces Assyriens
qui...--Et dont il n'y a plus aujourd'hui.--Et qu'est-ce que cela me
fait qu'il y en ait ou non? Il ne m'en viendra pas un; et quand il
m'en viendrait une douzaine?...--Vous croyez que vous les enverriez
à votre voisine?--C'est selon le moment.--Vous avez donc encore des
moments?--Pourquoi pas?--Ma foi, je crois que les femmes en ont
jusqu'au tombeau; que c'est là leur dernier signe de vie; quand cela
est mort en elles, le reste est bien mort. Vous riez tous, mais croyez
que celles qui disent autrement sont des menteuses; je vous révèle là
notre secret.--Oh! nous n'en abuserons pas.--Je le crois bien. Encore,
ne sais-je: si vous n'aviez pour tout partage qu'une femme de mon âge,
je veux mourir si je la croyais en sûreté, ni vous non plus. Mais
revenons à notre incrédulité.--Non; laissons-la. Il me semble que ce
que nous disons est plus drôle.--Ma foi, vous avez raison.»
Et voilà la soirée qui se passe à dire des folies; Dieu sait quelles.
Finissons.
«Vous dormirez tous dans un quart d'heure, et moi il faut que je dise
mes prières.--Mais ne nous avez-vous pas dit que vous ne priez point
Dieu?--Et ne faut-il pas que je me mette à genoux pour ma femme de
chambre?--Et quand vous êtes à genoux, à quoi rêvez-vous?--Je rêve à ce
que nous mangerons demain; cela ne laisse pas de durer, et ma femme de
chambre s'en va après cela fort édifiée; car elle est dévote, et elle
ne vaut pas mieux pour cela.»
Si j'avais encore de la place, je vous continuerais ce bavardage, dont
vous avez peut-être déjà trop. Bonsoir donc, bonnes amies.