LXXVIII

À Paris, le 5 septembre 1762.

Je reconnais toutes les circonstances de votre incendie; les femmes qui

pleurent, des hommes qui travaillent, d'autres qui regardent ou qui

volent, des enfants qui s'effraient comme si l'univers allait périr,

de plus jeunes qui jouent comme si tout était en sûreté; lorsque la

frayeur des suites de cet événement pour le reste des bâtiments a été

passée, j'ai commencé à trembler pour votre santé. Vous m'assurez que

vous vous portez bien toutes, et vous me l'assurez si positivement

qu'il faut bien que je vous croie. Dites à Uranie que je ne me ferai

jamais à cette indifférence que je lui vois sur la conservation d'une

femme qui nous est si chère; cette femme, c'est elle; quelle injure

elle nous fait à tous! Est-ce bien sincèrement qu'elle nous aime, si

peu soigneuse de foire durer notre bonheur? Si elle y regardait de bien

près, surtout avec cette délicatesse de penser dont elle est douée,

elle verrait qu'elle n'est ni assez bonne mère, ni assez bonne fille,

ni assez bonne sœur, ni assez bonne amie. Nous permettrait-elle de

nous conduire comme elle? Peut-elle avec quelque équité se permettre

ce qu'elle nous défendrait? Mais laissons cette corde que j'ai déjà

touchée plusieurs fois, et à laquelle je reviendrai toutes les fois que

je la verrai ou saurai souffrante. Elle a beau négliger sa vie; elle

ne la perdra pas quand elle voudra, et en attendant elle ne connaîtra

pas toute l'énergie de son âme. Il faudra que toutes ses fonctions se

ressentent de la faiblesse de ses organes; elle ne sentira, ne pensera,

ne parlera, n'agira point avec cette force qu'on ne tient que d'une

machine bien disposée; elle sortira de ce monde sans avoir connu tout

ce qu'elle valait, ni l'avoir montré aux autres. Il y a des moments

où elle a été satisfaite d'elle-même; et elle néglige le moyens de

les multiplier. Permettez, Uranie, à un homme qui regrette tout le

bien que vous pouvez faire, que vous voudriez foire et que votre

indisposition habituelle vous empêche de foire, de vous demander à

quoi vous êtes bonne, lorsque votre estomac vous cause des douleurs

insupportables et que vos jambes vous défaillent, que votre tête et vos

idées s'embarrassent? Vous nous donnez l'exemple d'une grande patience,

mais croyez-vous que vous ne tireriez pas de votre santé meilleur parti

pour vous et pour nous?

Je vous ai déjà obéi, mon amie, et j'ai repris dans mon avant-dernière

la suite de mon journal. J'aime à vivre sous vos yeux; je ne me

souviens que des moments que je me propose de vous écrire. Tous les

autres sont perdus. J'en étais resté, je crois, à notre voyage de

la Briche. Je ne connaissais point cette maison; elle est petite;

mais tout ce qui l'environne, les eaux, les jardins, le parc a

l'air sauvage: c'est là qu'il faut habiter, et non dans ce triste

et magnifique château de la Chevrette. Les pièces d'eau immenses,

escarpées par les bords couverts de joncs, d'herbes marécageuses; un

vieux pont ruiné et couvert de mousse qui les traverse; des bosquets où

la serpe du jardinier n'a rien coupé, des arbres qui croissent comme il

plaît à la nature; des arbres plantés sans symétrie; des fontaines qui

sortent par les ouvertures qu'elles se sont pratiquées elles-mêmes; un

espace qui n'est pas grand, mais où on ne se reconnaît point; voilà ce

qui me plaît. J'ai vu le petit appartement que Grimm s'est choisi; la

vue rase les basses-cours, passe sur le potager et va s'arrêter au loin

sur un magnifique édifice.

Nous arrivâmes là, Damilaville et moi, à l'heure où l'on se met à

table. Nous dînâmes gaiement et délicatement. Après dîner, nous nous

promenâmes. Damilaville, Grimm et l'abbé Raynal nous précédaient

taisant de la politique. La révolution de Russie embarrassait

surtout l'abbé. Le soir, le docteur Gatti, que l'indisposition de

M. de Saint-Lambert avait appelé à Sainnois, petit village situé

à une demi-lieue de la Briche, vint souper avec nous, et prendre

la quatrième place dans notre voiture. En attendant le souper, on

lut, on joua, on fit de la musique, on causa, on causa beaucoup de

l'affaire des Jésuites qui était toute fraîche. J'osai dire qu'à juger

de ces hommes par leur histoire, c'était une troupe de fanatiques

commandés despotiquement par un chef machiavéliste. L'abbé Raynal,

ex-Jésuite, ne fût pas trop content de ma définition; quoiqu'il

ait imprimé dans un de ses ouvrages que la Société de Jésus était une

épée dont la poignée était à Rome et la pointe partout. Voilà l'esprit

humain; il poursuit dans la prospérité; il perd de vue le méchant dans

l'adversité, et le plaint, quand il n'en a plus rien à redouter. On

se fait un mérite ou de son courage ou de son humanité. Notre vanité

tire parti de tout. Ce n'est pas qu'on ne s'oublie de temps en temps,

et qu'on ne s'amuse à battre les gens à terre; témoin ce mot que l'on

a dit au père Griffet. Après une longue lamentation sur la sévérité

dont on usait envers eux: «On nous chasse, ajoutait-il; nous sortons

dépouillés de nos vêtements, de notre nom et de notre état, d'une

maison où nous étions entourés des cœurs de nos rois.» Quelqu'un

continua: «Mon père, voilà ce que c'est que de s'être un peu trop

pressé d'avoir celui de Louis XV.»

Nous remontâmes dans notre voiture après souper: ce fût le docteur

Gatti qui nous défraya. Il nous entretint des charmes du séjour

d'Italie pour le climat, pour les hommes; les femmes, la peinture, la

musique, l'architecture, les sciences, les mœurs, les beaux-arts, et

même la liberté de penser. Il fit une remarque qui me plut: c'est que

la dévotion d'une femme donnait une pointe à sa passion: «Il faut,

disait-il, qu'elle marche, pour ainsi dire, sur son Dieu, en allant

se jeter entre, les bras de son amant. Jugez avec quelle impétuosité,

quelle fureur, quel déluge elle se répand, quand une fois elle a rompu

cette digue. Sa religion est un sacrifice de plus qu'elle fait à son

amant; et puis elle a cela de commode, cette religion, que ce même

motif qui vous la livre, tant qu'elle est bonne au plaisir, avec ces

transports qui ajoutent tant à sa douceur, vous en délivre quand elle

n'est plus bonne à rien.»

Rien ne tient dans la conversation; il semble que les cahots d'une

voiture, les différents objets qui se présentent en chemin, les

silences plus fréquents achèvent encore de la découdre. On parcourut

les différents endroits de l'Italie. On s'arrêta surtout à Venise; le

moyen de ne pas s'arrêter dans un endroit où le carnaval dure pendant

six mois, où les moines même vont en masque et en domino, et où, sur

une même place, on voit d'un côté, sur des tréteaux, des histrions

qui jouent des farces gaies, mais d'une licence effrénée, et de

l'autre côté, sur d'autres tréteaux, des prêtres qui jouent des

farces d'une autre couleur et s'écrient: «Messieurs, laissez là ces

misérables; ce Polichinelle qui vous assemble là n'est qu'un sot;» et

en montrant le crucifix: «Le vrai Polichinelle, le grand Polichinelle,

le voilà.»

Quelqu'un nous raconta, ce fut, je crois, le docteur Gatti, deux

traits fort différents, mais qui vous feront plaisir. Il faut que vous

sachiez que les sénateurs sont les esclaves les plus malheureux de leur

grandeur; ils ne peuvent s'entretenir avec aucun étranger sous peine de

la vie, à moins qu'ils n'aillent s'accuser eux-mêmes et dire qu'ils ont

par hasard trouvé un Français, un Anglais, un Allemand, à qui ils ont

dit un mot. Entrer dans la maison d'un ambassadeur, de quelque cour que

ce soit, est un crime capital.

Un sénateur aimait une femme de son rang dont il était aimé. Tous les

soirs, sur le minuit, il sortait enveloppé dans son manteau, seul, sans

domestique, et allait passer une ou deux heures avec elle. Il fallait

pour arriver chez son amie faire un circuit, ou traverser l'hôtel de

l'ambassadeur de France. L'amour ne voit point de danger, et l'amour

heureux compte les moments perdus. Notre sénateur amoureux ne balança

pas à prendre le plus court chemin. Il traversa plusieurs fois l'hôtel

de l'ambassadeur français. Enfin il fut aperçu, dénoncé et pris. On

l'interroge. D'un mot il pouvait perdre l'honneur et exposer la vie de

celle qu'il aimait, et conserver la sienne: il se tut et fait décapité.

Cela est bien; mais était-il permis aussi à la femme qui l'aimait de

garder le silence?

Voici le second trait que je vous ai promis. Le président de

Montesquieu et milord Chesterfield se rencontrèrent, frisant l'un et

l'autre le voyage d'Italie. Ces hommes étaient faits pour se lier

promptement; aussi la liaison entre eux fut-elle bientôt faite. Ils

allaient toujours disputant sur les prérogatives des deux nations. Le

lord accordait au président que les Français avaient plus d'esprit que

les Anglais, mais qu'en revanche ils n'avaient pas le sens commun. Le

président convenait du fait, mais il n'y avait pas de comparaison à

faire entre l'esprit et le bon sens. Il y avait déjà plusieurs jours

que la dispute durait; ils étaient à Venise. Le président se répandait

beaucoup, allait partout, voyait tout, interrogeait, causait, et le

soir tenait registre des observations qu'il avait faites. Il

y avait une heure ou deux qu'il était rentré et qu'il était à son

occupation ordinaire, lorsqu'un inconnu se fit annoncer. C'était

un Français assez mal vêtu, qui lui dit: «Monsieur, je suis votre

compatriote. Il y a vingt ans que je vis ici; mais j'ai toujours

gardé de l'amitié pour les Français; et je me suis cru quelquefois

trop heureux de trouver l'occasion de les servir, comme je l'ai

aujourd'hui avec vous. On peut tout faire dans ce pays, excepté se

mêler des affaires d'État. Un mot inconsidéré sur le gouvernement coûte

la tête, et vous en avez déjà tenu plus de mille. Les Inquisiteurs

d'État ont les yeux ouverts sur votre conduite, on vous épie, on

suit tous vos pas, on tient note de tous vos projets; on ne doute

point que vous n'écriviez. Je sais de science certaine qu'on doit

peut-être aujourd'hui, peut-être demain, faire chez vous une visite.

Voyez, monsieur, si en effet vous avez écrit, et songez qu'une ligne

innocente, mais mal interprétée, vous coûterait la vie. Voilà tout

ce que j'ai à vous dire. J'ai l'honneur de vous saluer. Si vous me

rencontrez dans les rues, je vous demande pour toute récompense d'un

service que je crois de quelque importance de ne me pas reconnaître,

et si par hasard il était trop tard pour vous sauver, et qu'on vous

prît, de ne me pas dénoncer.» Cela dit, mon homme disparut et laissa

le président de Montesquieu dans la plus grande consternation. Son

premier mouvement fut d'aller bien vite à son secrétaire, de prendre

les papiers et de les jeter dans le feu. À peine cela fut-il fait

que milord Chesterfield rentra. Il n'eut pas de peine à reconnaître

le trouble terrible de son ami; il s'informa de ce qui pouvait lui

être arrivé. Le président lui rend compte de la visite qu'il avait

eue, des papiers brûlés et de l'ordre qu'il avait donné de tenir

prête sa chaise de poste pour trois heures du matin; car son dessein

était de s'éloigner sans délai d'un séjour où un moment de plus ou

de moins pouvait lui être si funeste. Milord Chesterfield l'écouta

tranquillement, et lui dit: «Voilà qui est bien, mon cher président;

mais remettons-nous pour un instant, et examinons ensemble votre

aventure à tête reposée.--Vous vous moquez, lui dit le président. Il

est impossible que ma tête se repose où elle ne tient qu'à un fil--Mais

qu'est-ce que cet homme qui vient si généreusement s'exposer au

plus grand péril pour vous en garantir? Cela n'est pas naturel

Français tant qu'il vous plaira, l'amour de la patrie ne fait point

faire de ces démarches périlleuses, et surtout en faveur d'un inconnu.

Cet homme n'est pas votre ami?--Non.--Il était mal vêtu?--Oui, fort

mal--Vous a-t-il demandé de l'argent, un petit écu pour prix de son

avis?--Oh! pas une obole.--Cela est encore plus extraordinaire. Mais

d'où sait-il tout ce qu'il vous a dit?--Ma foi, je n'en sais rien...

Des Inquisiteurs, d'eux-mêmes.--Outre que ce Conseil est le plus secret

qu'il y ait au monde, cet homme n'est pas fait pour en approcher.--Mais

c'est peut-être un des espions qu'ils emploient.--À d'autres! On

prendra pour espion un étranger, et cet espion sera vêtu comme un

gueux, en faisant une profession assez vile pour être bien payée, et

cet espion trahira ses maîtres pour vous, au hasard d'être étranglé

si l'on vous prend et que vous le défériez; si vous vous sauvez et

que l'on soupçonne qu'il vous ait averti! Chanson que tout cela, mon

ami--Mais qu'est-ce donc que ce peut être?--Je le cherche, mais

inutilement.»

Après avoir l'un et l'autre épuisé toutes les conjectures possibles, et

le président persistant à déloger au plus vite, et cela pour le plus

sûr, milord Chesterfield, après s'être un peu promené, s'être frotté le

front comme un homme à qui il vient quelque pensée profonde, s'arrêta

tout court et dit: «Président, attendez, mon ami, il me vient une

idée. Mais... si... par hasard... cet homme...--Eh bien! cet homme?--Si

cet homme... oui, cela pourrait bien être, cela est même, je n'en doute

plus.--Mais qu'est-ce que cet homme? Si vous le savez, dépêchez-vous

vite de me l'apprendre.--Si je le sais! oh! oui, je crois le savoir à

présent... Si cet homme vous avait été envoyé par...--Épargnez, s'il

vous plaît!--Par un homme qui est malin quelquefois, par un certain

milord Chesterfield qui aurait voulu vous prouver par expérience qu'une

once de sens commun vaut mieux que cent livres d'esprit, car avec du

sens commun...--Ah! scélérat, s'écria le président, quel tour vous

m'avez joué! Et mon manuscrit! mon manuscrit que j'ai brûlé!»

Le président ne put jamais pardonner au lord cette plaisanterie. Il

avait ordonné qu'on tint sa chaise prête, il monta dedans et partit la

nuit même, sans dire adieu à son compagnon de voyage. Moi, je me serais

jeté à son cou, je l'aurais embrassé cent fois, et je lui aurais

dit: Ah! mon ami, vous m'avez prouvé qu'il y avait en Angleterre des

gens d'esprit, et je trouverai peut-être l'occasion une autre fois de

vous prouver qu'il y a en France des gens de bon sens. Je vous conte

cette histoire à la hâte, mettez à mon récit toutes les grâces qui y

manquent, et puis, quand vous le referez à d'autres, il sera charmant.

Adieu, mes amies, je vous embrasse de tout mon cœur. Que je serais

heureux si je pouvais vous dédommager un instant des longues et

cruelles alarmes que vous avez eues! Je vous aime toutes deux à la

folie. Amant de l'une ou de l'autre, il est certain qu'il m'eût fallu

l'autre pour amie.

J'écris cette lettre ce soir. Demain elle sera chez Damilaville,

où j'espère trouver des papiers que je vous enverrai, et qui vous

prouveront qu'il y a des hommes au monde plus malheureux que nous

tous, et qu'un sage regarderait la mort comme un instant heureux où

l'on échappe au vice et à la misère, qui nous poursuivent sans cesse

et qui nous atteindraient sûrement si une vie de quelques siècles leur

en laissait le temps. Chère sœur, n'allez pas abuser de ces derniers

mots pour vous autoriser dans les mépris injustes que vous faites d'un

bien qui ne vous appartient pas, et qui est engagé à d'autres par cent

pactes plus sacrés les uns que les autres. Est-ce que mon amie et moi

nous n'avons pas quelque hypothèque sur cet effet? Adieu, adieu, je

vous embrasse bien tendrement. Je finis par ne plus plaisanter sur une

matière sérieuse. Adieu.

Vous voilà tout à fait tranquille; c'est quelque chose. Non, je ne

me suis pas aperçu que votre silence tombât précisément au temps de

l'arrivée de notre chère sœur; mais je vois que vous en avez fait

vous-même la réflexion, que vous vous êtes souvenue des reproches

que vous avez mérités plusieurs années de suite, et que cette année

vous les auriez esquivés sans en être moins coupable. Eh! mon amie,

le mal n'est pas d'écrire deux ou trois jours plus tard, ni d'écrire

froidement; il y a mille raisons qui occasionnent ces alternatives dans

ceux qui s'aiment le plus tendrement. C'est lorsqu'elles sont l'effet

de quelque préférence accordée à un autre qu'elles offensent. Sans

l'incertitude qui vous a servi d'excuse, vous ne m'auriez pas moins

oublié; un autre n'en aurait pas moins occupé votre âme tout entière

pendant cinq ou six jours; mais je ne m'en serais pas aperçu. On

affecte, quand on veut, une chaleur, un intérêt qu'on n'a pas.

Je ne vous écrivis aucune lettre fâché. Je fis comme je ferai dans

la suite. J'accuserai la difficulté d'envoyer à Vitry, et tous les

contre-temps qui peuvent empêcher vos lettres de partir à temps, et,

parties à temps, d'arriver à temps.

Morphyse est assez disposée dans les occasions importantes à me rendre

justice; toutes les fois qu'une affaire exige de la confiance, et

que j'y peux quelque chose, elle me préfère. Avec tout cela elle me

mortifie, elle me rend la vie longue et pénible. La conduite qu'elle

tient ne répond guère à l'estime qu'elle m'accorde. Si j'ai quelques

instants heureux, je les lui arrache. Si mon projet me réussit!...

Mais il ne faut pas vous parler de cela; vous n'approuveriez pas mes

idées, quoiqu'elles soient fondées sur un principe très-raisonnable.

C'est celui qu'à quarante ans passés, une fille a ses amis, ses

connaissances, qui peuvent très-bien n'être pas les amis, les

connaissances de sa mère.

Vous faites sur Gras précisément les mêmes observations que je faisais

sur vous et sur notre chère sœur. Je vous aime tous les jours de plus

en plus, de toutes sortes de vertus que je vous découvre; et je vois

avec satisfaction que la vie d'un bon domestique a son juste prix à vos

yeux; le temps, qui dépare les autres, vous embellit.

Je compte peu sur le secours de votre beau-frère; c'est une offre de

service dont il aura toute la bonne grâce, et de Villeneuve toute la

mauvaise.

Si je pouvais! Mais il faudra voir. Je serai pauvre pendant les années

qui suivront: que m'importe? Vous m'entendez; adieu encore une fois.

Je prends vos deux mains et je les baise, l'une en dedans, et c'est la

vôtre; l'autre en dessus, c'est celle de notre chère sœur.

J'espère que M. Vialet ne vous refusera pas ce que je lui demande.

Aussitôt que vous aurez sa réponse, faites-m'en part.

Cette lettre serait déjà à l'hôtel de Clermont-Tonnerre; mais j'attends

deux maudits papiers de Voltaire sur les Calas; ils seront suivis d'une

consultation d'avocats, d'un mémoire, de la requête en cassation; vous

aurez tout.

Il y a quelques jours qu'on donna à Duclos-Delisle un paquet

énorme à contre-signer pour madame votre mère. Il était à

l'adresse d'un Pouiltot de Vitry. Y a-t-il à Vitry quelqu'un de ce

nom-là?

Mais nos papiers de Calas ne viennent point. Damilaville n'est pas

à son bureau; il les aurait eus peut-être, et il aurait réparé la

négligence du colporteur qui m'en avait promis deux exemplaires pour ce

matin à neuf heures. Ce sera pour jeudi prochain.

Je vous écris ces dernières lignes sur le quai des Miramionnes, d'où je

m'étais proposé d'aller dîner rue Royale; mais le temps est bien vilain

et il y a bien loin.

Lettres à Mademoiselle de Volland · 第 95 / 189 题