Il y a trois jours que j'ai cette lettre toute prête. Je l'écrivis
chez Le Breton, au milieu des douleurs les plus aiguës que ma colique
m'eût encore fait souffrir. Je comptais la porter le soir même chez
Damilaville, mais le mal, le mauvais temps et l'heure m'en empêchèrent.
Le lendemain, j'ai été alité. Hier, on me purgea. Aujourd'hui, jour de
Saint-Simon, me voilà debout, habillé, arrivant ici, et ne ressentant
plus de mon mal qu'une douleur sourde dans le ventre; et, comme la
diarrhée, les clystères, la boisson et la médecine m'ont entièrement
affaibli, je ne marche pas trop ferme. Le repos et les aliments
répareront tout en un moment.
Voilà un second coup de fouet que M. de Pompignan vient de s'attirer
de l'homme de Genève, pour son maussade et impertinent conte qu'il a
intitulé <i>Éloge historique de M. de Bourgogne.</i>[131]
Joignez mes adieux aux vôtres, en quittant Uranie. Puisqu'elle nous a
tous deux quand elle a l'un ou l'autre, en quittant l'un ou l'autre,
elle nous quitte tous deux. Revenez. L'ennui et le malaise m'accablent.
Je passe une partie des nuits à vous parler et à vous écrire, comme
si je ne devais plus vous revoir. Cela n'est pas gai, mais cela est
du moins fort tendre. N'allez pas compter ces instants entre les plus
mauvais. Je sens alors combien vous m'êtes chère, et, par l'effet que
je produis sur vous, je vois combien je suis chéri. Je vous ai dit des
choses très-douces; j'ai vu toute votre sensibilité, et le lendemain
j'espère de vous revoir. <i>Qui amant, ipsi sibi somnia fingunt.</i> Le
prémontré vous expliquera cela tout courant; ce latin est encore à sa
portée. Si cependant il s'était promis de plaire à l'une ou à l'autre,
il prendrait cela pour un persiflage. Voyez, car il faut tout prévenir
et prévoir.