_Histoire, d'Espagne depuis les premiers temps historiques jusqu'à la
mort de Ferdinand VII_; par M. Rosseeuw-Saint-Hilaire, professeur agrégé
d'histoire à la Faculté des Lettres. Nouvelle édition, revue et
corrigée. Tome 1er. 1 vol. in-8.--Paris, 1844. _Furne_. 5 fr.
Il y a dix ans que M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a commencé ce grand travail
qu'il refait aujourd'hui. La nouvelle édition de son _Histoire
d'Espagne_ formera 10 volumes in-8, qui paraîtront de mois en mois. Le
premier vient d'être mis en vente. Nous y avons remarque d'importantes
améliorations que nous nous empressons de signaler.
Le premier plan de M. Rosseeuw-Saint-Hilaire avait été de sauter à pieds
joints par-dessus les débuts si obscurs des annales de la Péninsule,
pour arriver tout droit à l'invasion gothique, point de départ de
l'Espagne moderne. Mais la nécessité d'étudier au berceau même de la
race ibérique ses moeurs et son caractère, si fidèlement continuées par
la race espagnole, l'a décidé à résumer dans une introduction rapide la
marche des trois dominations successives qui ont passé sur la Péninsule
avant la domination gothique. Les conquêtes phéniciennes et
carthaginoises, si peu et si mal connues, y sont moins racontées que
jugées, en passant, dans leurs résultats généraux, tenant à la conquête
romaine, qui forme à elle seule un ensemble aussi complet que celui de
la monarchie gothique, il a dû lui accorder une place plus étendue, sans
tomber toutefois dans les interminables longueurs des historiens
espagnols. Un aperçu de l'organisation politique et sociale établie par
Rome dans la Péninsule complète ce tableau auquel M.
Rosseeuw-Saint-Hilaire a joint une courte histoire de l'établissement du
christianisme sur ce sol où il a jeté de bonne heure de si profondes
racines.
Outre cette introduction, ce premier volume renferme toute l'histoire de
l'Espagne gothique, divisée en deux livres. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire
prend les Goths à leur origine, nous les montre conquérant l'Espagne 410
ans après Jésus-Christ, y fondant un royaume, se convertissant au
catholicisme, gouvernant leur conquête pendant trois siècles, et enfin
se laissant battre par les Arabes à la fameuse bataille du Guadalete. En
terminant son second livre, le jeune et savant historien dit un dernier
adieu à ce peuple qu'il a suivi des bords de la mer Noire à ceux du
Guadalete. «Nous ne le retrouverons plus dans l'histoire, s'écrie-t-il,
car lorsque nous verrons poindre dans les Asturies une monarchie et un
peuple nouveau, il ne sera plus question des Goths, mais de la monarchie
et du peuple espagnols; il n'y aura plus pour les soldats de Pelago
qu'une foi, qu'un nom, qu'un idiome, qu'un même amour de l'indépendance,
qu'une même haine de l'étranger. Tel sera, jusqu'à la fin du quinzième
siècle, le seul lien commun entre les cinq ou six royaumes qui naîtront
des débris de l'empire gothique, pour tendre pendant huit siècles vers
cette unité qu'ils ne sont pas même bien sûrs d'avoir trouvée
aujourd'hui.»
Le droit occupera une place importante dans cette nouvelle édition de
l'_Histoire d'Espagne_. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a parfaitement compris
que la science de la législation a jusqu'ici été trop séparée de
l'histoire, et que toutes les deux n'ont qu'à gagner à être rapprochées.
Après avoir achevé l'histoire des Goths, il étudie dans toutes ses
parties le _Forum judicum_, ou le code gothique, code essentiellement
théocratique, écrit par et pour le clergé, où l'on parle peu de
l'Église, mais où tout, en fin de compte, aboutit à elle.
Sept appendices curieux sur la langue basque, la langue gothique, les
actes du concile de Braga, le rituel gothique, les institutions des
Ostrogoths, le roi Roderich, la langue espagnole, et un tableau des
législations comparées, forment les pièces justificatives de ce premier
volume, imprimé avec le soin particulier que la librairie Furne apporte
à toutes ses publications, et publie au plus bas prix possible.
_OEuvres choisies de Campanella_, précédées d'une Notice; par madame
Louise Colet. 1 vol. in-18.--Paris. 1844. _Lavigne_. 3 fr. 50.
Pendant les vingt-sept années qu'il passa dans les prisons des
Espagnols, Campanella écrivit, lorsque ses bourreaux cessaient de le
torturer, un nombre considérable de traités de logique, de physique, de
morale, de métaphysique et de politique Si hardies et si nouvelles
qu'elles fussent alors, les vérités qu'il proclamait n'ont plus qu'un
intérêt historique. Notre siècle les a toutes dépassées; aussi les dix
volumes in-folio du moine dominicain de Cosenza restent-ils enfouis sous
les rayons des bibliothèques publiques, et ne sont-ils lus maintenant, à
de rares intervalles, que par un très-petit nombre d'esprits curieux et
méditatifs. Mais Campanella n'a pas été seulement un philosophe, un
savant et un homme d'État, il a cultivé la poésie. Or le propre des
productions de l'imagination, des oeuvres de sentiment, est de ne point
vieillir. Si l'esprit humain se perfectionne, le coeur reste toujours le
même. Nos connaissances se sont étendues et tendent à s'étendre chaque
jour. Mais les plus grands poètes de l'antiquité et du moyen âge n'ont
pas encore été et ne seront peut-être jamais surpassés par les poètes
modernes.
Persuadée sans doute de cette incontestable vérité, madame Louise Colet
a cru devoir traduire en français quelques-unes des poésies de
Campanella et une partie de sa correspondance. A ce choix de fragments
elle a ajouté la _Cité du Soleil_, écrite en latin, et traduite
également en français par M. Jules Rosset.
«Dans ses poésies, Campanella semble, dit-elle, avoir réuni sa
philosophie, sa politique et sa morale. Jamais son esprit ne s'est
élevé plus haut, jamais son regard n'a porté plus avant. Dans quelques
sonnets, et surtout dans ses admirables _Canzone_, il fait un sombre et
pathétique tableau des malheurs du temps et de son propre martyre. Il
parle tour à tour au peuple et aux puissants le langage qui doit les
éclairer; il pressent les révolutions; il les provoque, dans sa juste et
sainte colère, et il cherche à les guider dans sa sagesse. Sa pensée
indomptable éclate dans des vers d'une concision dantesque, et parfois
aussi, il faut le dire, se perd dans les obscurités de la métaphysique.
Nous avons courageusement lutté avec cette énergique poésie, prodigue
d'idées, avare de mots. Nous ne pensons pas avoir vaincu toutes les
difficultés; mais nous espérons qu'on trouvera du moins dans notre
traduction le sens inaltérablement beau de l'original.»
A la suite des poésies et des lettres, madame Louise Colet a réuni les
jugements de divers philosophes et historiens sur Campanella. Enfin,
grâce à l'obligeance de M. Feuillet de Conches, possesseur d'une lettre
autographe du moine de Stilo, elle a pu offrir à ses lecteurs un _fac
simile_ de cette écriture si rare.
Ce petit volume s'ouvre par une Notice un peu trop romanesque sur
Campanella; mais madame Louise Colet nous affirme, dès le début, que
malgré le tour étrange de ce travail, chaque description de lieu, chaque
fait historique, chaque date, chaque détail sont scrupuleusement vrais.
Nous sommes trop poli pour en douter.
_OEuvres de Turgot_, nouvelle édition classée par ordre de matières,
avec les notes de Dupont de Nemours, augmentée de lettres inédites, des
questions sur le commerce, et d'observations et de notes nouvelles; par
MM. Eug. Daire et H. Dussard; et précédée d'une notice sur la vie et les
ouvrages de Turgot, par M. Eug. Daire. 2 beaux volumes grand in-8, de
800 pages chacun, avec un portrait de Turgot gravé sur acier. 20 fr.
Paris, 1844. _Guillaumin._
Nous répéterons à nos lecteurs ce que disait dernièrement M. Passy à ses
collègues de l'Académie des sciences morales et politiques: «Nous ne
vous entretiendrons ni de Turgot ni de ses nombreux écrits. Ce n'est pas
ici qu'il faut rappeler quelle fut la noble vie de Turgot et combien ses
travaux ont de prix et jettent de lumière sur l'état et le mouvement des
sciences économiques en France pendant la seconde moitié du siècle
dernier. Ce que nous avons à signaler, c'est le merite éminent de
l'édition nouvelle. Les _Oeuvres de Turgot_ entraient de plein droit et
devaient occuper une grande place dans la belle _collection des
principaux économistes_, dont M. Guillaumin est l'habile éditeur.»
Jusqu'à ce jour, en effet, il n'avait existé qu'une seule édition à peu
près complète des oeuvres du célèbre ministre de Louis XVI. Cette
édition, publiée par Dupont de Nemours, contenait neuf volumes. Le
classement irrationnel des matières offrait en outre de graves
inconvénients qui ont été évités avec soin dans l'édition nouvelle. Au
lieu de l'ordre chronologique, M. Eug. Daire a eu l'heureuse idée
d'adopter l'ordre des matières proprement dit, de sorte que le lecteur
puisse suivre les idées de l'auteur sur chaque sujet dans leur marche et
dans leur développement sans être condamné à de longues et pénibles
recherches. De plus, il publie pour la première fois des documents
précieux, entre autres des lettres inédites et le procès-verbal du lit
de justice tenu à Versailles le 12 mai 1776, pour l'enregistrement des
édits sur l'abolition de la corvée et des jurandes, monument curieux de
l'histoire économique et politique des derniers temps de l'ancien
régime. Enfin aux notes de Dupont de Nemours en ont été jointes de
nouvelles, rédigées tout exprès par MM. Daire et Dossard. Les
changements accomplis depuis un demi-siècle sont tels que certains
passages des oeuvre de Turgot ne pourraient plus être compris s'ils
n'étaient pas expliqués, car il ne reste maintenant aucune trace des
faits auxquels ils se rapportent.
Cette nouvelle édition est précédée d'une notice sur Turgot, par M. E.
Daire. Ce n'est pas seulement l'histoire de Turgot et de ses ouvrages,
c'est celle des dernières années du dix-huitième siècle. Après avoir lu
cette intéressante notice, on comprend mieux que jamais l'urgente
nécessité de la révolution française. Le grand ministre qui seul
défendait l'intérêt général entre la coalition des intérêts privés
s'était vu sacrifié par le roi aux clameurs de l'égoïsme. Louis XVI
voulait sincèrement le bonheur du peuple; mais il renvoya le seul homme
capable de soutenir son autorité chancelante. Le 12 mai 1776, Turgot
quitta le ministère. «Ce fut, a dit avec raison un historien
contemporain, une des époques les plus fatales pour la France.» Presque
toutes les reformes que Turgot avait opérées disparurent sous ses
successeurs. Mais ce qu'ils n'eurent pas la puissance d'anéantir, ce lut
l'esprit qui les avait dictées et qui devait, malgré tous leurs efforts,
fonder en France le principe de l'égalité civile, acheté par nos pères
au prix de sacrifices sanglants, que le génie du ministre de Louis XVI
avait prévus et voulait leur épargner. L'étude approfondie de cette
époque mémorable contient encore d'utiles enseignements pour la nôtre.
Les hommes d'État qui gouvernent la France pourraient lire avec profit
les oeuvres de Turgot et la notice de M. Eugène Daire. Ils y puiseraient
une foule de leçons que nous ne saurions trop les engager à méditer.
_Histoire des Expéditions maritimes des Normands et de leur
établissement en France au dixième siècle_; par M. Depping; ouvrage
couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Nouvelle
édition entièrement refondue. Un vol. in-18.--Paris, 1844. _Didier_. 3
fr. 50 c.
En 1820, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à Paris, mit au
concours, pour le sujet d'un prix, la question des causes qui ont motivé
les nombreuses émigrations des peuples connus sous le nom de Normands,
et l'histoire de leurs établissements en France. Jusqu'à ce jour, en
effet, les expéditions de ce peuple n'avaient guère de mises en rapport
avec l'histoire des pays qu'ils ravagèrent et où ils séjournèrent. M.
Depping concourut, et il remporta le prix. Son ouvrage, couronné en
1822, ne fut imprime qu'en 1826. A peine eut-il paru, son auteur
commença à sentir, comme il le déclare lui-même, tout ce qui y manquait;
des documents inédits parurent successivement; d'autres sociétés
savantes, stimulées par l'exemple de l'Académie des Inscriptions,
provoquèrent de nouvelles recherches sur quelques parties de cet
intéressant sujet. De là résulta pour M Depping l'obligation de
soumettre les sources historiques à un nouvel examen. Malgré l'accueil
bienveillant fait à son premier ouvrage, qui a été traduit dans
plusieurs langues du Nord, il l'a refait en grande partie, et il le
présente aujourd'hui au public comme un ouvrage presque nouveau. Nous ne
doutons pas que ses désirs ne soient satisfaits, et que le public ne
reconnaisse les soins qu'il a pris pour rendre son travail plus digne de
ses suffrages.
La loterie au profil de l'oeuvre du Mont-Carmel sera tirée le lundi 1er
juillet, à une heure précise, au palais du Luxembourg, et sera précédée
d'un concert auquel veulent bien concourir les artistes les plus
distingués. Le Comité a l'honneur d'annoncer qu'on sera admis sur la
présentation d'un billet de loterie ou du récépissé d'un lot, qui ne
donneront droit qu'à une entrée personnelle.
On pourra trouver encore des billets à l'entrée de la salle et à celle
de l'exposition.
Mademoiselle Taglioni.
[Illustration: Le pas de l'Ombre.]
[Illustration.]
Modes.
Paris a voulu fêter le retour de la gracieuse sylphide, et les
représentations de Marie Taglioni ont donné aux toilettes du soir
l'occasion de jeter pour cette saison leur dernier éclat. Les femmes se
sont parées de leurs plus jolies robes, de leurs plus beaux bijoux et
des fleurs les plus fraîches.
Les robes de tarlatane à deux grands volants qui couvrent la jupe
entièrement, puisque le second part de la ceinture, et qui ont plutôt
l'air de deux jupes posées sur une troisième; les robes à deux et trois
jupes et les hauts volants de dentelle posés presque à plat sur cette
mousseline si claire, étaient en majorité.
Quelques robes de pékins glacés ou pékins à petites rayures garnies de
rubans à la Pompadour venaient varier un peu l'aspect uniforme de ces
blanches toilettes par trop sylphides.
Pour la coiffure, on porte toujours beaucoup de fleurs naturelles et de
vieux bijoux. En général, les coiffures en cheveux sont très-simples. Le
règne des coiffeurs est passé, l'art s'en va. Les grands artistes en
sont réduits à se rappeler leurs triomphes d'autrefois.
Ce n'est pas seulement à notre époque, comme on les en accuse, que les
coiffeurs ont pris le titre d'artistes. Nous voyons au bas des gravures
de modes publiées par un sieur Depain, au commencement de la révolution:
«_Le sieur Demain continue d'enseigner l'art de coiffer._» Mais alors
les coiffeurs méritaient vraiment ce titre. Que d'art ne fallait-il pas
pour établir sur la tête ces édifices tout chargés de plumes, de fleurs
et de rubans! _la coiffure à l'espoir, coiffure à la nation, coiffure
aux charmes de la liberté_; cette dernière, qui ne laissait guère la
liberté des mouvements, semblait l'emblème de celle dont on jouissait
alors.
Depuis ce temps, la coiffure a subi bien des transformations. De
changements en changements, elle est arrivée à sa plus simple
expression.
Maintenant que tout est dit sur les bals et les spectacles, on s'occupe
des préparatifs de départ pour la campagne. Les coutils de fil à rayures
espacées sur fond blanc en couleurs fraîches, telles que bleu, vert et
rouille, font des redingotes simples et jolies; les corsages sont
montants, justes, et sans autre ornement qu'une rangée de boutons
d'ivoire ou de nacre.
On fait aussi beaucoup de robes à revers qui laissent voir dessous un
fichu de batiste plissé, à petit col brodé, garni de valenciennes. Les
manches sont à la religieuse avec revers, dessous de manches en batiste,
et entre-deux brodés. Les écharpes algériennes et les chapeaux de paille
ouvragés compléteront très-bien ces parures champêtres.
Il se pose plus de biais sur les robes de soie que de volants. Ces biais
sont presque toujours de coupes à grandes dents, dites gueules de loup,
et bordés d'un plissé de ruban, d'une passementerie ou d'un effilé.
Beaucoup de robes de barège et de robes d'organdi ou tarlatane de
couleur ont des volants festonnés; les corsages sont alors à revers
festonnés comme les volants.
La lingerie est très-riche dans ce moment. Aux charmants petits bonnets
du matin, aux fichus, aux sous-manches, peignoirs, etc., viennent encore
se joindre de délicieux canezous, qui rehaussent l'élégance des
toilettes d'été. On ne porte pas de pèlerine, le canezou l'a détrônée;
il règne seul dans les modes de la saison. Les plus jolis se font à
entre-deux de tulle et bouillon de mousseline.
Alexandrine, non contente des succès que lui ont valu ses capotes du
printemps en crêpe, ses chapeaux en paille de riz, ornés de marabouts
ombrés, ses capotes en rubans nuancés, garnies de fleurs ou de crêpe
doublé d'Angleterre, et tant d'autres coquetteries qui ajoutent tous les
jours à sa célébrité, prépare encore de nouvelles coiffures, de
nouvelles séductions.
On fait, pour la prochaine saison des eaux, des robes tarlatanes brodées
en paille, d'autres au point de chaînette de couleurs. C'est aussi pour
ces réunions que les vieux bijoux sont très-recherchés. Le fichu du
matin ou le canezou ne saurait être attaché autrement que par une petite
épingle en grenat ou en chrysoprase entourée de marcassite. A la
ceinture il faut une châtelaine. Une ou deux grosses bagues sont
également indispensables. Et l'on ne peut se passer d'épingles pour la
coiffure, de bracelets, d'échelles de corsage en grosses coques de
perles entourées de marcassites, et enfin de chaînes, toujours de
marcassite, car ces chaînes trouvent partout à se placer, soit retenues
par des épingles semblables dans les cheveux, soit suspendues à
l'épingle du corsage.
Rébus.