CHAPITRE XII.

L'INTERVENTION DU VOLCANISME DANS LA FORMATION

DE L'ÉCORCE LUNAIRE.

_Impossibilité d'exclure complètement les forces internes._--Les

tentatives d'explication du relief lunaire dont nous avons indiqué le

principe émettent toutes, au début, la prétention d'exclure les

phénomènes éruptifs. Mais, dès qu'on leur demande de développer leurs

conséquences ou de rendre compte de certains traits spéciaux, on

s'aperçoit bientôt que le volcanisme y est moins maltraité qu'il n'en a

l'air. On le proscrit au début, mais en définitive on revient à lui.

Qu'est-ce, en effet, qu'une éruption, sinon la création d'un relief sous

l'influence d'un excès de pression interne? Or c'est bien à des actions

de ce genre que M. Stanislas Meunier demande l'érection instantanée d'un

cirque lunaire. Ce sont elles que Faye et M. Alsdorf chargent de

construire d'un seul coup les montagnes centrales, c'est-à-dire des

massifs de 1500m à 2000m de haut. C'est exiger des forces éruptives plus

qu'elles ne sont capables de donner d'après notre expérience terrestre,

car les grands édifices volcaniques sont tous le résultat

d'accumulations séculaires. Pas une seule expérience terrestre ne nous

amène à considérer comme possible l'apparition d'une véritable montagne

comme contre-coup d'un choc ou d'une explosion.

La théorie des tourbillons et la théorie glaciaire sont en réalité les

seules à ne rien emprunter aux volcans. Mais toutes deux présentent des

lacunes capitales en ce qui concerne les montagnes centrales, les

traînées divergentes et les grandes fissures. Et même si l'on s'attache

aux cirques, que l'on se propose plus spécialement d'expliquer, une

analyse plus complète montrera que l'intervention des tourbillons ou des

concrétions de glace est, en définitive, inopérante. Attribuer aux

cyclones les dimensions des mers lunaires, c'est vouloir qu'ils évoluent

au sein d'un fluide presque parfait et dénué de résistance. Dès lors il

devient impossible d'admettre que tous ou même la majorité d'entre eux

aient occupé des emplacements stables. On ne peut plus leur demander

d'édifier des remparts de cirques, de faire surgir en dépit de la

pesanteur des constructions régulières et permanentes de plusieurs

milliers de mètres de hauteur. Cette persistance dans l'action ne cadre

pas avec un tempérament voyageur. Autant que nous pouvons le savoir, les

cyclones détruisent et ne bâtissent pas.

Le concours de longues périodes de temps n'est pas moins nécessaire si

l'on veut faire constituer de hautes montagnes par des condensations

neigeuses successives. Dès lors la répartition de ces dépôts n'aurait pu

se faire d'une manière aussi irrégulière en dépouillant certains

emplacements, toujours les mêmes, au profit d'une bande étroite qui les

entoure. Les chutes de neige atténuent toujours le relief existant, par

cette simple raison que la neige obéit à l'action de la pesanteur plus

aisément que tout autre élément solide de l'écorce. Les remparts des

cirques, s'ils avaient été formés par cette voie, se maintiendraient à

des altitudes très uniformes, au lieu d'être, comme il arrive souvent,

coupés de vallées et de brèches profondes. L'influence de la latitude

aurait dû se faire sentir dans la distribution des neiges, et des

calottes plus épaisses se seraient formées sur les pôles, où le relief

est, au contraire, très accidenté. Enfin l'existence présente d'une

aussi grande quantité de glace sur la Lune supposerait, dans le passé,

une période où d'abondantes condensations liquides se seraient

produites. Elles auraient entraîné comme conséquences fatales des

phénomènes d'érosion et de sédiment dont les traces seraient demeurées

visibles et, en tout cas, l'obstruction des fissures.

La structure du rempart des cirques donne un démenti également net à la

théorie des marées. La fusion des bords d'un orifice, l'épanchement d'un

liquide au dehors, sa solidification par nappes nécessairement très

minces, ne peuvent donner lieu qu'à un relief extrêmement doux, à peine

appréciable. L'effort d'un liquide comprimé peut provoquer la rupture ou

la déchirure de la paroi qui l'enferme, nullement la formation

d'orifices espacés et réguliers, moins encore celle d'un pic de grande

altitude. Si MM. Ebert et Pickering ont réussi à produire ainsi des

bourrelets saillants, il est hors de doute que leur succès est lié à la

petite échelle des expériences. Un liquide sortant en grandes masses ne

peut que s'épancher en larges nappes et non s'accumuler sur certains

points privilégiés. Les marées peuvent avoir leur rôle dans la

distribution générale des mers et des cirques, mais des forces plus

énergiques et plus localisées s'accusent, dans chaque formation

particulière, comme prépondérantes.

C'est encore à la dimension très réduite des objets qu'est lié le succès

partiel de la théorie de l'ébullition. Dans une masse fluide, les gaz

qui viennent se dégager à la surface ne laissent pas d'empreinte. Des

vestiges pourront subsister si la matière est pâteuse et choisie de

telle façon que le point d'ébullition et le point de solidification

soient presque confondus. Mais aucun choix de substances, aucune

application calculée de la chaleur ne peut amener la formation de bulles

dépassant quelques centimètres. Veut-on que les gaz s'échappent d'une

manière intermittente et en masses plus grandes, il faut laisser se

former une croûte solide. Celle-ci cédera sous une pression suffisamment

forte, par fissurement ou explosion, mais les ouvertures formées ne

présenteront plus de ressemblance, même éloignée, avec les cirques

lunaires.

L'explication météorique ou balistique se défend mieux. Elle peut en

effet invoquer à la fois des faits d'observation et des expériences. La

Terre recueille sur son passage des corps nombreux, aérolithes ou

bolides; il est très probable que la Lune en reçoit aussi; il est

possible qu'elle en ait reçu dans le passé beaucoup plus. D'autre part,

les essais de M. Alsdorf montrent qu'avec un choix judicieux et

intentionnel de matières meubles et de projectiles élastiques, la

plupart des accidents lunaires peuvent être imités.

Il semble, d'abord, qu'il y ait disproportion inadmissible entre l'effet

constaté et la cause présumée. Les bolides tombés sur la Terre

n'approchent point de la dimension des cirques. Ils atteignent la

surface avec de très grandes vitesses relatives et sous tous les angles,

au lieu que les orifices réguliers de la Lune ne peuvent être imputés

qu'à des chutes normales. On ne voit pas enfin pourquoi la Lune aurait

eu le monopole de ces énormes empreintes, à l'exclusion de notre globe.

On peut atténuer beaucoup la force apparente de ces objections, ainsi

que l'a montré M. Gilbert dans une intéressante étude[15]. Les

projectiles dont la Lune garde la trace ne seraient point de la même

origine que les aérolithes; ils n'auraient pas davantage été lancés par

la Terre encore incandescente. Ce seraient des satellites de la Terre au

même titre que la Lune, circulant avec elle dans une même orbite et que

l'attraction prépondérante de l'un d'eux aurait, dans le cours des âges,

agglomérés en un seul corps. Dès lors, ils peuvent s'être rejoints avec

de médiocres vitesses relatives, et pour les dernières chutes, les

seules dont nous observions les traces, l'attraction centrale devait

avoir pour conséquence une incidence à peu près normale.

[Note 15: _The Moon's Face, a story of the origin of its features_, by

C.-K. GILBERT (_Bull. phil. Soc. of Washington_, vol. XII, p. 241).]

Cette transformation progressive d'un anneau équatorial en un satellite

unique est expressément proposée par Laplace, à titre d'hypothèse, à la

fin de sa _Mécanique céleste_. Depuis, l'expérience célèbre de Plateau a

montré le passage d'un anneau continu à un certain nombre de satellites

globulaires, jamais, croyons-nous, la réunion de tous ces globules en un

corps unique. Il est remarquable que tous les efforts des géomètres pour

analyser les divers degrés de cette métamorphose ont échoué, et que

divers théoriciens, notamment MM. Kirkwood et Stockwell, ont été amenés

à la considérer comme très invraisemblable. Il n'a pas été prouvé,

cependant, qu'elle fût impossible et le fait que, pour une distance

moyenne donnée du centre attractif, il n'existe en général qu'un seul

satellite ou qu'une seule planète, constitue en faveur de l'hypothèse de

Laplace une présomption favorable dont l'explication météorique doit

bénéficier.

Mais la difficulté la plus grave est ailleurs. On est obligé pour le

succès des expériences de se placer dans des conditions physiques qui ne

peuvent pas être réalisées, même approximativement, sur la Lune.

Ainsi, que la surface choquée soit liquide ou instantanément liquéfiée

par le choc ou simplement pâteuse, on n'obtiendra comme résultat final

qu'un relief nul ou insignifiant. Si le projectile pénètre dans une

croûte résistante, on obtient un trou, mais pas de bourrelet saillant,

point de fond plat ni de montagne centrale. Pour allier ces deux

derniers caractères, il faut recourir à l'artifice de M. Alsdorf,

c'est-à-dire étendre une couche de poudre sur une planche à la fois

élastique et résistante. En supposant, contre toute vraisemblance, que

la nature réalise cette combinaison, on verra sans peine que le succès

n'est possible qu'à petite échelle. Si l'on attribue au projectile les

dimensions des cirques lunaires et la vitesse due à la seule attraction

de la Lune, il ne peut plus être question pour lui de rebondissement; il

y aura fatalement écrasement ou pénétration. Il ne reste pour ériger le

bourrelet et la montagne centrale que le rejaillissement de gaz

consécutif au choc. Mais cette cause, essentiellement superficielle et

de très courte durée, est incapable du travail qu'on lui demande. Le gaz

dispose pour s'échapper du très large orifice créé par le projectile. Sa

détente est instantanée et il ne peut entraîner de grandes masses

solides comme s'il était comprimé par un orifice étroit.

Mais, du moment que l'on est obligé de revenir aux forces intérieures

pour expliquer la structure des cirques, on se demande quel avantage on

trouve à faire exciter ces forces par un agent extérieur. A s'en tenir

aux leçons que la Terre nous donne, il est indéniable que l'énergie

expansive de l'intérieur du globe est la seule force qui réussisse à

combattre efficacement le poids de l'écorce et à créer des reliefs

durables. Avant de recourir à des influences problématiques, à des

catastrophes inouïes, n'est-il pas sage de se demander si cette cause,

d'une réalité et d'une puissance incontestables, n'a pas été à même de

produire sur notre satellite d'autres effets encore?

D'après cela, des géologues comme Poulett Scrope, des astronomes à la

suite de Nasmyth et Carpenter, ont admis que chaque cirque pouvait être

un cratère de volcan formé par explosion. L'origine de ces explosions,

se produisant à la fois sur plusieurs milliers de kilomètres carrés, ne

serait pas l'accumulation souterraine des gaz et des vapeurs, puisque la

Lune est privée d'atmosphère. Ce serait l'expansion subite que la lave,

de même que l'eau, éprouve en se solidifiant. Dans ce système chaque

cirque devient un cratère de volcan, le rempart est formé par

l'accumulation des scories et des cendres retombées en pluie, l'auréole

est un ensemble de fissures qui rayonnent du centre ébranlé, la montagne

centrale est un cône secondaire, surgi lors d'un réveil tardif de

l'énergie éruptive.

Sous cette forme, la théorie volcanique n'a plus aujourd'hui de

partisans. Il est douteux que les laves se dilatent en se solidifiant;

aucun effet mécanique réellement observé ne se rattache à cette

expansion. Tout au plus pourrait-elle fissurer l'écorce, mais non en

faire sauter une portion étendue, épaisse de plusieurs milliers de

mètres. Ce n'est pas seulement un déplacement qu'il s'agit de produire,

mais une destruction, car le bourrelet est loin, en général, de

représenter le volume de la cavité, et cette disproportion est d'autant

plus forte que l'on considère des cirques plus grands. La structure du

rempart n'accuse point, quand elle est visible, un refoulement à

l'extérieur, mais au contraire un affaissement progressif vers le

centre. Les petits orifices, dont les détails échappent, sont les seuls

pour lesquels l'origine explosive semble pouvoir être admise.

On s'est flatté de trouver un meilleur point de comparaison en

s'adressant à une classe particulière de volcans. Ce sont les bassins

effondrés, qui n'ont jamais servi, dans leur ensemble, de bouches

d'éruption, mais dont le fond est parfois rempli de lave et se hérisse

de petits volcans secondaires. Ainsi, l'île de la Réunion présente dans

sa partie supérieure trois bassins contigus résultant, d'après M.

Vélain, de l'affaissement d'une même voûte. Le piton Bory, également

situé dans l'île de la Réunion, n'est pas non plus sans ressemblance

avec quelques enceintes lunaires. Il est à noter, toutefois, que le cône

central dépasse les bords de la cassure, ce qui n'arrive point sur la

Lune.

Il existe enfin, dans les îles Sandwich, sur le flanc d'un énorme

volcan, un bassin d'effondrement, le Kilauea, long de 5km et qui, à

certaines époques, se remplit de lave incandescente. Cette lave y

séjourne parfois assez longtemps pour se solidifier en partie et laisse

ensuite, en se retirant, des gradins adhérents aux parois. D'après le

géologue Dana, qui en a fait une étude approfondie, c'est ce type de

volcan terrestre qui seul doit être rapproché des cirques.

Cette concession n'a pas désarmé les adversaires du volcanisme. Les

bassins effondrés sont, à leur gré, encore trop petits; ils sont,

d'ailleurs, irréguliers dans leurs contours, ils manquent de remparts

saillants et, sauf l'exception peut-être unique du piton Bory, de

montagnes centrales. Enfin rien, dans leurs abords, ne ressemble au

phénomène des traînées divergentes.

Plus récemment, le professeur Suess est venu apporter aux idées de Dana

le complément d'observations faites sur les creusets des métallurgistes.

Chaque cirque est pour lui un emplacement ramené à l'état liquide par un

flux de chaleur interne. Les montagnes situées en bordure sont des

scories charriées par les courants et accumulées sur le rivage. Les

variations de niveau se sont accomplies moins sous l'influence des

marées que par le dégagement des gaz dissous et emprisonnés. Les petits

orifices formés en dernier lieu sont des bouches d'explosion, et l'on ne

voit pas quel agent, autre que la vapeur d'eau, a pu les produire. Comme

dans la théorie de Nasmyth, les auréoles sont des fissures rayonnantes,

et le changement de couleur du sol sur leur trajet est la conséquence

d'émanations locales, semblables aux fumerolles des volcans italiens.

A notre avis, le système du professeur Suess restitue une place

légitime, mais encore insuffisante, à l'expansion des vapeurs et des gaz

comprimés. Qu'elle soit intervenue sous une forme ou sous une autre, il

n'y a pas de motif raisonnable d'en douter. L'absence actuelle

d'atmosphère peut être le résultat d'une évolution récente, ainsi que

nous l'avons vu au Chapitre IX. La Lune, moitié moins dense que la

Terre, est formée de matériaux légers. Les gaz et les vapeurs ont dû s'y

trouver en grande proportion. Ils ont été, plus aisément que sur la

Terre, enfermés dans l'écorce par cette simple raison qu'un globe plus

petit subit un refroidissement plus rapide.

Voici donc cette force, qui tend à soulever les couches superficielles,

en conflit avec la pesanteur qui travaille à les maintenir. Des deux

adversaires en présence, lequel va l'emporter? Sur la Terre, l'issue du

combat n'est pas douteuse. Les matières éruptives, impuissantes à

soulever les couches solides, s'insinuent péniblement dans les fissures.

Ce n'est guère qu'au moment d'arriver au jour qu'elles font sauter,

qu'elles pulvérisent parfois le dernier obstacle opposé. Sur notre

satellite, les conditions de la lutte sont bien différentes. La force

expansive des vapeurs reste tout entière, il est même probable qu'elle

est augmentée. La pesanteur, au contraire, est réduite à la sixième

partie de sa valeur. Il y a donc des chances sérieuses pour que, pendant

une certaine période au moins, la force éruptive l'emporte, et pour que

l'écorce lunaire se soulève par intumescences.

Quelles formes prendront ces ampoules? Ce seront des portions de sphère,

par la raison bien simple que la sphère est, entre toutes les figures,

celle qui comprend sous une surface donnée la plus grande capacité.

Ainsi, en demeurant sphérique, la croûte réalise, au prix de la moindre

extension possible, l'augmentation de volume qui lui est demandée. Ces

calottes sphériques, de plus petit rayon que la surface lunaire, la

couperont suivant des cercles, et nous obtenons ainsi une raison

plausible de la régularité du contour des cirques.

Quelle étendue chacune de ces intumescences va-t-elle recouvrir? Celle

où se manifeste à la fois un fort accroissement de pression interne.

Nous avons, à cet égard, une indication utile dans l'allure habituelle

des volcans terrestres. Il est commun, en effet, de voir entrer

simultanément en éruption les divers cratères d'une même région, à des

distances de 200km, 300km, 500km et davantage. Récemment encore, la

catastrophe de la Martinique était le signal d'un réveil d'activité sur

les rivages de la mer des Antilles, dans l'Amérique centrale et jusque

dans la République de l'Équateur. Ce sont là des périmètres où les

cirques lunaires peuvent tenir à l'aise.

Mais l'édifice ainsi construit n'est pas stable. Un jour ou l'autre des

fissures s'y dessinent. Des cônes volcaniques s'élèvent au point le plus

faible, c'est-à-dire vers le sommet de l'intumescence. Le moment vient

où la pression intérieure diminue, et la pesanteur, qui ne perd jamais

ses droits, abaisse le centre du dôme. Cet affaissement, propagé par

zones concentriques, finit par ne laisser debout que l'assise inférieure

de la voûte, celle qui forme aujourd'hui le rempart. Les gradins

intérieurs représentent les bordures affaissées en dernier lieu, et que

leur situation en porte-à-faux vouait à la destruction. L'examen de ces

terrasses montre leurs éboulements successifs vers le centre, jamais les

refoulements centrifuges qu'auraient opérés des projectiles ou les

concrétions qui seraient l'oevre des marées.

Le mouvement de descente du centre sera le plus souvent assez lent pour

respecter le relief antérieur et pour laisser au massif volcanique une

certaine prééminence sur ce qui l'entoure. Qu'un épanchement se produise

et les cônes d'éruption en émergeront comme des îles, sans relation

visible avec le rempart.

L'énergie intérieure est sujette à récidive. Elle pourra se manifester

encore par la formation de nouveaux cirques sur l'emplacement consolidé

du premier, plus tard par des explosions semblables à celles des volcans

terrestres. Ces explosions auront pour siège soit la montagne centrale,

soit des orifices semés sur les crevasses de rupture, et bien souvent

trop petits pour être observés.

Les auréoles et les traînées divergentes sont des cendres émises par ces

cataclysmes et disséminées par des courants atmosphériques variables. Ce

ne sont point des crevasses ni des éclaboussures, dont la propagation ne

saurait être aussi rectiligne ni aussi indépendante du relief. L'étendue

qu'embrasse un même étoilement n'est pas telle qu'on ne puisse en

retrouver des exemples dans l'histoire des volcans terrestres. Ainsi, il

est avéré que l'éruption du Timboro en 1815, celle du Coseguina en 1835

ont couvert de débris des espaces plus vastes que la France ou

l'Allemagne. Des éruptions islandaises ont été suivies de pluies de

cendres jusqu'à Stockholm, à 1700km de distance. Ces dépôts ont

seulement trouvé sur la Lune des conditions plus favorables à leur

conservation.

Voici, à ce sujet, un rapprochement qui ne doit pas être passé sous

silence. Nous avons vu que certains systèmes de traînées, par exemple

celui de Tycho, ne montrent pas leur teinte blanche caractéristique dans

le voisinage immédiat du cirque central. Ils y sont remplacés par une

couronne sombre. Or la même circonstance se présente pour le manteau de

cendres déposé autour de certains cratères terrestres. Ce manteau

disparaît dans le voisinage immédiat du volcan sous une couche plus

sombre de matériaux moins divisés, pierre ponce ou blocs de lave. Le

fait se vérifie par exemple sur les volcans du Guatemala, dont une Carte

est donnée dans le bel Ouvrage du professeur Suess: _La face de la

Terre_.

En résumé, les cirques ne sont pas pour nous des cratères de volcans,

mais des régions volcaniques soulevées, puis affaissées. Si l'on se

place à ce point de vue, on sera dispensé, pour expliquer les formations

lunaires, d'imaginer des bolides gigantesques, de faire construire des

montagnes par des bulles de gaz, des cyclones et des marées. Il suffira

d'admettre que, dans l'inévitable conflit entre la pesanteur, d'une

part, et l'expansion des vapeurs, de l'autre, la seconde force a pris

momentanément le dessus. Et cette hypothèse n'est pas inventée pour le

besoin de la cause, elle est suggérée par les données les plus certaines

de la Mécanique céleste et de la Physique.

Mais, dira-t-on, ces intumescences, données comme le chapitre

préliminaire de la formation d'un cirque, pourquoi ne nous les

montre-t-on pas? Sans doute parce que les dômes ainsi créés manquaient

de stabilité; parce que les conditions qui leur ont permis de se former

ne se rencontrent plus. La croûte épaissie, le dégagement des gaz plus

avancé, ne laissent plus les soulèvements se produire, pas plus dans le

monde lunaire que dans le nôtre.

Il serait inexact, cependant, de dire que l'on n'aperçoit sur notre

satellite aucune forme convexe régulière. Il y en a deux, entre autres,

dans le voisinage d'Arago, qui sont d'une observation facile (_fig.

35_). Ces deux ampoules mesurent à peu près 40km de largeur. Que leur

centre vienne à s'effondrer, et deux nouveaux cirques, de dimension

moyenne, se seront formés sous nos yeux. En attendant, il semble que

l'on doive regarder ces rares témoins d'un âge disparu avec un peu de

cette vénération que les archéologues ressentent en face des médailles

antiques.

La terre et la lune: forme extérieure et structure interne · 第 21 / 54 题