Nicolas Ivanovitch, _ataman_ (ou chef, des cosaques libres), plus connu
sous l'appellation du cosaque Achinoff, est en ce moment à Paris. Le but
de son voyage n'est pas très défini: ses amis disent qu'il vient pour
«rétablir la vérité» sur l'affaire du bombardement de Sagallo, qui eut
lieu il y a tantôt deux ans dans les circonstance que l'on se rappelle.
Et l'on doit, pour ce qui concerne Achinoff, s'en rapporter à ses amis
et répondants devant la société française. Achinoff, en effet, ignore
absolument notre langue.
C'est un grand et fort gaillard, à la puissante carrure: par un
contraste qui n'est point très rare dans les races slaves, sa vigoureuse
constitution s'allie à une réelle délicatesse de formes dans les
extrémités et les attaches. Il est né en 1856. Tout jeune il fait, dans
les steppes du Terek, l'apprentissage de la vie. En 1883, il fonda dans
le Caucase, on Abkhanie, une colons de 800 cosaques libres: des démêlés
avec l'administration russe lui firent concevoir le projet de tenter une
manière d'expédition au sud de l'Égypte, en Abyssinie, dans un pays où,
lui disaient de vieux tcherkesses qui avaient voyagé, habitaient des
chrétiens. C'est ainsi qu'en 1885, Achinoff va en reconnaissance à
Massaoua et s'abouche avec les potentats dé la région. En juin 1886, les
cosaques libres élisent Achinoff ataman. Il a désormais une autorité
particulière pour demander à Pétersbourg un appui moral et matériel en
vue de son projet d'expédition religieuse et militaire en Abyssinie. Des
pourparlers, des échanges d'ambassade auprès du Négus, occupent ensuite
le temps d'Achinoff. Enfin il part, et c'est alors que se produit
l'incident de Sagallo.
Mme Juliette Adam, directrice de la _Nouvelle Revue_ qui soutient si
vaillamment la cause de l'alliance franco-russe, et qui veut écarter de
toutes les mémoires le souvenir de la malheureuse affaire de Sagallo, a
donné, cette semaine, une grande soirée en l'honneur de l'ataman
Achinoff.