Ce ne fut ni ce jour-là, ni le lendemain, ni le surlendemain que madame
Fourcy vit finir sa détention; malgré les aveux et les explications de
Robert, l'affaire était en effet plus compliquée que M. Charlemont ne
l'avait cru tout d'abord, car s'il y a un article du code pénal qui dit
que les soustractions commises par les enfants au préjudice de leurs
père ou mère ne peuvent donner lieu qu'à des réparations civiles, la fin
du même article dit aussi que ceux qui auraient recelé ou appliqué à
leur profit tout ou partie de ce qui aurait été soustrait seront punis
comme coupables de vol.
Il fallut manoeuvrer adroitement, arranger les choses, changer le
caractère du vol, faire agir des influences toutes-puissantes pour
arracher sa mise en liberté.
Ce fut M. Charlemont qui mena toute cette affaire, et bien qu'il trouvât
que madame Fourcy était très justement en prison et qu'on agirait
sagement en l'y laissant toujours, il ne négligea rien pour l'en
faire sortir au plus vite, montrant un zèle et une activité vraiment
extraordinaires chez un homme qui n'avait jamais eu souci que de ses
plaisirs.
Enfin le juge d'instruction ayant rendu une ordonnance portant qu'il n'y
avait lieu à suivre contre la dame Fourcy, le procureur de la République
ordonna qu'elle fût mise en liberté si elle n'était retenue pour autre
cause.
Fourcy avait demandé à M. Charlemont de faire connaître ses résolutions
à sa femme et celui-ci avait consenti à se charger de cette mission,
ainsi qu'à régler tout ce qui avait rapport à la séparation; aussitôt
qu'il la sut libre et installée dans son appartement de Paris, il se
présenta donc chez elle, après toutefois qu'il l'eût fait prévenir de sa
visite.
Si cette entrevue était cruelle pour madame Fourcy, pour lui elle était
difficile, car il devait oublier qu'il avait devant lui la femme qui
avait perdu son fils et déshonoré son nom, pour ne penser qu'à son
pauvre Jacques et aux intérêts sacrés qu'il lui avait confiés.
Ils restèrent un moment en face l'un de l'autre sans parler.
Ce fut madame Fourcy qui commença:
--Je ne dirai pas que je suis heureuse de vous voir, et cependant la
vérité est que, malgré mon trouble, je profite de l'occasion qui m'est
offerte de traiter avec vous cette déplorable affaire des trois cent
mille francs que M. Robert m'a prêtés, et que je vous rendrai aussitôt
que je pourrai négocier certaines valeurs qui étaient le gage de cet
emprunt.
--Ah! c'était un emprunt, dit M. Charlemont.
--Et que voudriez-vous que ce fût?
--Ce qu'a été le collier; mais je ne suis pas ici pour discuter cette
question des trois cent mille francs, pas plus que celle du collier,
j'y suis pour vous apporter les intentions de votre mari, que vous
connaissez déjà en partie et rien que pour cela, ne nous égarons donc
pas: ces intentions, les voici: séparation amiable, c'est-à-dire sans
intervention de la justice; liquidation de la communauté avec vente de
la maison de Nogent et reprise par vous du mobilier qui la garnit, ainsi
que de celui qui se trouve dans votre appartement; enfin, engagement
formel de votre part de ne jamais chercher à revoir ni votre mari ni vos
enfants.
--Pour ce qui est affaires je me soumettrai à tout ce que mon mari
voudra; mais quant à ne pas le revoir, je ne prendrai jamais cet
engagement, car mon plus ardent désir, mon espérance est au contraire
de le revoir un jour, et si je ne vais pas en ce moment me jeter à ses
genoux, c'est uniquement pour ne pas retarder cette réconciliation
en essayant précisément de la brusquer; le temps agira; je mets ma
confiance en lui; quant à mes enfants, je prendrai encore bien moins
l'engagement qu'on veut m'imposer; c'est à eux seuls de décider s'ils
veulent ou ne veulent pas revoir leur mère: pour moi, leur réponse est
certaine, et je ne vous cache pas que c'est sur eux que je compte pour
ramener mon mari et lui faire reprendre sa position à Paris, près de
vous et dans le monde, qu'un coup de désespoir, c'est-à-dire de folie,
lui fait abandonner.
Elle prononça ces derniers mots simplement, mais cependant en les
soulignant de manière à bien dire à M. Charlemont: «Si vous tenez à
votre Jacques, voilà le moyen de l'avoir.»