D'après une gravure allemande conservée dans la collection Dubois de
l'Étang. Voici la traduction de son titre:
Véritable représentation d'une parade de la garde française à Mannheim
au mois d'octobre 1795.
(Fac-similé réduit au tiers de l'original.)
Cette planche est excessivement ennemie. On ne doit pas prendre son
titre au pied de la lettre. Le dessinateur allemand, que je tiens
d'ailleurs pour sincère, a pris le moment non de la parade proprement
dite, mais du rassemblement qui la précède.
Logés chez les bourgeois de la ville, les soldats arrivent petit à petit
et se portent sur le front de l'alignement indiqué par les trois
officiers qui viennent de mettre le sabre à la main.
Dans cette troupe figurent, selon l'usage, des détachements de tous les
corps de passage dans la place et certainement aussi des soldats isolés,
éclopés, utilisés pour le service. De là, un coup d'oeil fortement
bigarré que l'artiste aura exagéré encore pour offrir des modèles de
chaque espèce.
Les quatre petits tambours qui se font la main à l'extrême droite
suffiraient à montrer que le commandement ne s'est pas fait encore
entendre. Ce sont des enfants dont le plus âgé n'a pas atteint sa
douzième année. Derrière eux, le tambour-major charme son attente par
quelques moulinets de fantaisie.
Les officiers, vus au dos, ont une ample capote grise ou brune, sur
laquelle tranche seul le hausse-col, insigne du commandement.
Les soldats semblent tous appartenir soit aux bataillons des
volontaires, soit aux _légions_ rurales dont il est question dans notre
supplément. On remarque, en effet, en seconde ligne, des bonnets
fourrés, des chapeaux de paysans; on voit se dresser une des piques qui
figuraient encore dans l'armement de ces non combattants. L'un d'eux,
sapeur primitif, tient la hache sur l'épaule et la pipe à la bouche. Son
voisin porte un pantalon à la turque, et paraît vouloir dissimuler sous
une couverture blanche les désastres de son uniforme. Tous n'ont pu
dissimuler ainsi leurs tenues en lambeaux. Beaucoup de chaussures sont
avariées; un jeune soldat a les pieds complètement nus.
En revanche, ce qui ne manque nulle part, c'est la cuiller: chacun porte
à la boutonnière, au chapeau ou au bonnet ce précieux ustensile.
Quelques bidons et marmites se remarquent aussi, çà et là; les pains
sont troués pour le passage d'une corde qui les retient au côté, à moins
qu'ils ne soient passés à la baïonnette. Un quartier de viande est même
ainsi exhibé à côté du porteur de pique. Il est à remarquer qu'il n'y a
pas ici un seul des panaches qui abondent dans nos planches précédentes.
Mais nous sommes en 1795 et les Français qui viennent d'entrer à
Mannheim ont fait une campagne fort rude. Leurs habits bleus ne sont pas
seulement usés par la victoire, ils sont surtout troués et déchirés par
les marches et les bivouacs des nuits d'hiver. De là ce coup d'oeil
étrange, qui dépasse encore, il faut bien l'avouer, tout ce qu'on
pouvait supposer de l'aspect des troupes républicaines. Mais la pauvreté
de leur aspect ne peut que grandir encore le souvenir de leur courage et
de leur patriotisme.
[Illustration: XX]