Pendant une semaine, à la fin du mois dernier, les dépêches quotidiennes
des États-Unis nous ont apporté le lamentable compte rendu des désastres
causés dans les régions du Centre et de l'Est par des cyclones suivis
d'inondations, particulièrement redoutables en ces vastes contrées
qu'arrosent des fleuves immenses, au cours impétueux, le Mississipi et
ses affluents. Les premières photographies de ces sinistres commencent à
arriver en Europe: mieux que les brèves informations transmises par le
télégraphe, elles font apparaître en toute sa rigueur la catastrophe, et
attestent les cruelles fantaisies du fléau.
[Illustration: Le cadavre d'une victime du cyclone d'Omaha, transporté
par la tornade dans les branches d'un arbre brisé de Bemis Park.]
C'est l'une d'elles que montre le cliché reproduit ci-dessous; il fut
pris à Omaha, dans le Nébraska, où s'exercèrent les premiers ravages. Le
dimanche 23 mars, une tornade d'une force inouïe s'abattait sur la
ville, détruisant sur son passage des centaines de maisons, renversant
un établissement de cinématographe, dont les spectateurs restaient
ensevelis sous les décombres. Un passant, qui se promenait dans un
jardin public, fut subitement emporté par la bourrasque, saisi comme un
fétu de paille, et vint s'écraser sur un arbre, qui lui-même avait subi
les violences de l'ouragan: déchiqueté, tordu, il accueillit entre ses
branches le corps inanimé, qui demeura là, reposant dans la paix du
dernier sommeil.
Le cyclone qui dévasta Omaha et plusieurs villes de l'Illinois et de
l'Indiana ne fut que le prélude à une catastrophe plus grande encore.
Les pluies torrentielles tombées pendant plusieurs jours amenèrent une
crue soudaine et générale, et bientôt l'Ohio, la Pennsylvanie, la
Virginie, le Kentucky, furent atteints par l'inondation. A Pittsburg, à
Wheeling, à Columbus, à Dayton surtout, la montée des eaux, coïncidant
avec de furieuses tempêtes de neige, provoqua de véritables désastres.
La plupart des habitants durent fuir leurs maisons submergées; et, en
outre des dégâts matériels, évalués à des sommes considérables, on eut à
déplorer de nombreux accidents mortels.
Le fléau disparut aussi rapidement qu'il était venu, laissant
malheureusement derrière lui des ruines qu'il faudra bien du temps pour
réparer. Du moins les Américains ont-ils eu, en ces heures de deuil, le
réconfort des sympathies de l'Europe. Dès le premier jour, M. Raymond
Poincaré avait tenu à exprimer celles de la France, par télégramme, à M.
Woodrow Wilson.
INDISCRÉTIONS SUR LE SALON, par Henriot.