UN GRAND POLITIQUE FRANÇAIS

M. Constans, qui fut député, sénateur, plusieurs fois ministre, enfin

ambassadeur à Constantinople, et dont la carrière politique fut l'une

des plus actives et des plus mouvementées parmi celles des hommes de sa

génération, est mort lundi dernier à l'âge de quatre-vingts ans, après

une longue maladie.

[Illustration: M. Constans, photographié il y a quelques années devant

la porte de l'ambassade de France à Constantinople.]

Il était né à Béziers en 1833. D'abord il se consacra au barreau et

plaida un peu à Toulouse où il avait fait ses études. Puis il s'en fut,

en Espagne, s'occuper de commerce et d'industrie. Ce ne fut qu'un

intermède. Il revint, après quelques années, en France et aux études

juridiques. Il professa le droit à Douai, à Dijon, et à Toulouse

jusqu'en 1876, où les électeurs de cette dernière ville l'envoyèrent

siéger à la Chambre. Il y suivit Gambetta dans son opposition au Seize

Mai et fut l'un des 363. De 1879 à 1881, il est sous-secrétaire d'État,

puis ministre de l'Intérieur dans les cabinets de Freycinet et Jules

Ferry. Il contribue à faire adopter le scrutin de liste pour les

élections de 1885. Envoyé en mission à Pékin pour la conclusion du

traité franco-chinois en 1886, il est nommé, quelques mois après,

gouverneur général de l'Indo-Chine. Il démissionna en septembre 1888

pour reprendre sa place au Parlement et trouva la France en pleine

agitation boulangiste. Nul n'a oublié le rôle que M. Constans joua à

cette époque. Appelé au ministère de l'Intérieur, en février 1889, il y

manifesta une vigueur et une activité exceptionnelles, engagea une lutte

sans merci contre le boulangisme dont il triompha aux élections

suivantes. Il rit également arrêter et incarcérer à Clairvaux le duc

d'Orléans.

Démissionnaire le 1er mars 1890, il fut repris quinze jours plus tard

comme ministre de l'Intérieur par M. de Freycinet, chargé de former un

nouveau cabinet. Il se heurta dès lors, dans le Parlement, à une

opposition personnelle très violente, et abandonna le pouvoir, en 1892,

pour n'y plus revenir.

Il était, depuis 1889, sénateur de la Haute-Garonne. En 1898, M.

Delcasse lui fit confier la mission de représenter la France, comme

ambassadeur, à Constantinople. Il y devait occuper pendant dix ans ces

hautes et délicates fonctions, qu'il abandonna après la chute

d'Abdul-Hamid en 1908.

Jusqu'à ses derniers jours, l'ancien ministre avait conservé cette

grande lucidité, ce sens politique et cet esprit alerte qui

caractérisèrent sa personnalité dans la vie politique et dans les divers

postes qu'il occupa.

L'Illustration, No. 3659, 12 Avril 1913 · 第 37 / 39 题