Une curieuse figure, qui marquera dans l'histoire de la photographie,
vient de disparaître: M. Louis Pierson, le doyen de cet art qu'il vit
naître et qu'il contribua à développer, s'est éteint, la semaine
dernière, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.
[Illustration: M. Louis Pierson.]
Lorrain d'origine, il était arrivé à Paris en 1836, trois ans avant la
découverte sensationnelle de Daguerre; d'esprit curieux, vite passionné
par des recherches dont le champ s'ouvrait si vaste et si fécond, il
devint l'un des meilleurs élèves de l'inventeur et s'attacha à
simplifier la technique photographique, alors si délicate et compliquée.
Encouragé par ces premiers succès, il installait bientôt rue de la Paix,
puis boulevard des Capucines, un atelier où défilèrent toutes les
notabilités parisiennes du second Empire.
Après la guerre, à laquelle il prit part: vaillamment, une nouvelle
carrière s'offrit à son activité. Des liens de famille venaient d'unir
sa célèbre maison à celle qu'avait fondée en Alsace son contemporain
Adolphe Braun; aidé de ses deux gendres, MM. Gaston Braun et Léon
Clément, il dirigea pendant trente ans le grand atelier d'art auquel on
doit les premières reproductions des oeuvres conservées dans les
principaux musées du monde.
Cette existence de labeur ininterrompu avait conduit M. Louis Pierson
jusqu'à une vieillesse avancée: elle lui a permis d'assister aux progrès
surprenants de la photographie, dont il avait connu les débuts
incertains. Et ce dut être, pour lui, une douce satisfaction.