LES THÉÂTRES

Pour le spectacle d'ouverture de la Comédie des Champs-Elysées, théâtre

confortable et ravissant, M. Léon Poirier a voulu offrir aux Parisiens

une oeuvre d'un auteur dramatique en vogue: il s'est adressé à M. Henry

Kistemaeckers, qui lui a donné _l'Exilée,_ dont nous avons montré une

scène du premier acte, dans notre précédent numéro. C'est une aventure

d'amour où la politique se mêle. Elle se déroule dans un petit royaume

imaginaire dont les moeurs sont demeurées féodales. Un jeune Français,

le précepteur des princes, y introduit les idées nouvelles que la

princesse héritière accueille avec autant de faveur que celui qui les

défend, tandis que son entourage les repousse. C'est le conflit de deux

races et de deux civilisations auquel s'ajoute l'éternel conflit de

l'amour. Mais, en définitive, après avoir rêvé de s'évader vers la vie,

la princesse désillusionnée et douloureuse, reste «exilée» dans sa Cour

du passé. On a beaucoup applaudi les scènes ingénieuses et fortes

généreusement prodiguées en ces quatre actes. Mme Brandès a donné une

haute allure à la princesse. Les autres rôles sont tenus par des

artistes tels que MM. Dumény, Louis Gauthier, Arquillière, Beaulieu;

Mlle Monna Delza et Mme Juliette Darcourt. C'est assez dire l'excellence

de l'interprétation.

Le théâtre Michel vient de représenter de son côté une nouvelle oeuvre

de M. Pierre Frondaie, _Blanche Câline_. Cette pièce, d'une jolie tenue

dramatique, assez risquée dans quelques scènes, présente un type furieux

de jeune femme partagée entre l'amour qu'elle éprouve pour un joli

garçon, paresseux, amoral, d'une veulerie qui ne va pas sans quelque

bassesse, et l'affection confiante que lui inspire un homme plus âgé,

célèbre, et qui ne lui demande rien que d'être heureuse. Les caractères

sont adroitement dessinés, l'action est rapide, le dialogue bien mené.

Cette pièce, fort bien défendue par MM. Dubosc, Lefaur, Maupré, Mme

Lucienne Guett, a achevé de mettre en lumière une comédienne charmante,

Mme Michelle, au talent primesautier, fait de sincérité, de grâce naïve

et de fraîche émotion.

MM. Bip et Bousquet ont accompli une manière de miracle: ils ont relevé

le niveau de la Revue, ce genre de production théâtrale qui jusqu'ici ne

se piquait guère de littérature et dont l'esprit, assez souvent,

paraissait frelaté. Il faut aller voir représenter au théâtre Femina,

leur revue _Eh!... Eh!..._ On constatera, dès les premières scènes,

qu'il y a quelque chose de changé--et d'heureusement changé--dans le

royaume des revuistes.

L'Illustration, No. 3659, 12 Avril 1913 · 第 27 / 39 题