--Regarde ta cousine Germaine, c'est moi qui ai fait ce mariage,
qu'as-tu à lui reprocher? Du Marty est un vrai gentleman, Germaine est
très heureuse.
--C'est possible, concéda Hélène, je n'en sais rien. Pour moi, je ne
voudrais pas d'un mariage si rapidement conclu. Un tel acte, qui
transforme une vie, ne doit pas être accompli à la légère. Je veux
savoir qui j'épouse, l'étudier. Son passé, son présent, peuvent-ils me
répondre de l'avenir? Pourquoi les hommes seuls jouissent-ils d'un
pareil privilège? Pourquoi les femmes seraient-elles moins soucieuses
d'une connaissance d'où dépend le bonheur de leur vie?
--Mon enfant! s'écria Mme Dugast alarmée.
--Je sais, dit Hélène, une fierté dans ses yeux purs. Je ne demande pas
l'impossible. Une jeune fille a cependant le droit de vouloir estimer,
avant d'aimer. En France, avant ses fiançailles, on ne peut parler
librement à un homme, le rencontrer, sortir seule avec lui, sans
qu'aussitôt on ne soit compromise, perdue. C'est absurde! En Angleterre,
en Allemagne, en Amérique, la jeune fille est autrement libre. Son
honneur s'en trouve-t-il plus mal? Nous sommes à la merci de conventions
barbares. Voyons, père, vous qui êtes si juste, toi, maman, ça ne te
révolte pas? Moi, une telle inégalité m'indigne. Rien ne me paraît plus
beau que le mariage, l'union de deux êtres pour la richesse et la
pauvreté, la maladie et la santé, la vie et la mort. Encore faut-il un
partage identique, une confiance réciproque, absolue. La femme a, comme
l'homme, des droits sacrés à l'amour.