JEAURAT[66].

[66] Jeaurat, né le 8 février 1699, mourait le 14 décembre

1789, âgé de plus de 90 ans.

LAGRENÉE. L'état des tableaux faits par Lagrenée l'aîné, le journal

sur lequel il les notait, au fur et à mesure de leur composition, en

y joignant les prix de vente et les noms des acquéreurs: journal que

j'ai donné intégralement dans ma seconde édition des «Portraits intimes

du XVIIIe siècle».

Mme LEBRUN. «Précis historique de la vie de la citoyenne Lebrun,

peintre, par le citoyen Lebrun. An deuxième de la République une et

indivisible.» Rare brochure de la Révolution où le mari venge sa

femme des calomnies courant le monde, et affirme que le portrait du

ministre Calonne n'a été payé que 3,600 livres en billets de la Caisse

d'escompte, renfermés dans une tabatière, qui valait au plus 1,200

livres.

Les Mémoires de Mme Vigée-Lebrun, publiés en 1835, ont eu un

teinturier, mais ils ont été mis seulement en bon français, d'après des

notes vraiment rédigées par l'artiste, et, à ce sujet, je suis heureux

de donner une lettre inédite que je possède, et qui nous montre Mme

Lebrun s'entretenant, en 1825, avec Aimé Martin, de la composition de

ces mémoires:

Ce 23 novembre 1825.

_Enfin, mon bien bon, j'ai commencé ce que vous m'aviez tant

redemandé depuis plusieurs années. Vous savez combien j'ai

d'aversion pour faire ce que vous appelez mes mémoires. Car il

faut bien, malgré tous les événements dont j'ai été spectatrice,

que je parle de moi. Ce moi est si ennuyeux pour les autres que,

vrai sous ce rapport, j'y avais renoncé; mais M. de Gasperini,

qui comme vous m'a pressé de les écrire, m'y a déterminé en me

disant_: «Eh bien, Madame, si vous ne les faites pas vous même,

on les fera après vous, et Dieu sait comme on les écrira!»

_J'ai compris cette raison, ayant été souvent si méconnue, si

calomniée, et je me suis décidée, depuis quelques mois, à noter

ce dont je me rappelle dans tous les temps, dans tous les lieux.

Vous n'y trouverez ni styl_ (sic)[67] _ni phrases, ni périodes.

Je trace seulement les faits avec simplicité et vérité, comme on

écrit une lettre à son amie._

[67] La lettre est pleine de fautes d'orthographe, comme

presque toutes les lettres d'artiste que je donne.

_Vous avez déjà très bien exposé, dans votre notice, quelques

principaux événements de ma vie. On a pu croire par le beau côté

que j'ai été la femme la plus heureuse. Eh bien, mon ami, ces

hommages, ces distinctions si honorables, si flatteuses, ont

été traversés par des peines bien cruelles, causées par ce qui

m'était le plus proche et le plus cher! Aussi c'est ce qui m'a

souvent fait penser qu'il ne faut envier le sort de personne,

même de ceux que l'on croit les plus heureux. Je ne mets pas au

rang de ces peines de cœur, les traits envenimés de la calomnie

qui m'a toujours poursuivie. Je les ai dédaignés parce qu'ils

n'étaient dictés que par des gens qui ne m'avaient jamais connue.

Malgré l'intérêt que je porterai sur les événements remarquables,

que ma position dans le monde m'a mis à même de voir de près,

ainsi que les personnages les plus distingués de l'Europe que

j'ai bien connus, je crains que mes mémoires ne paraissent fades

en comparaison de tous ceux que l'on fait aujourd'hui. Vous

saurés que je loge à présent, rue Neuve-des-Capucines, n° 9._

_Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de votre chère et

aimable compagne._

_Venez me voir en attendant que je plante la crémaière_ (sic)

_qui sera lorsque je serai tout à fait arranjée_ (sic).

_Je suis toujours les samedis soirs, mais en très petit comité._»

LE CLERC. Un mémoire de ce peintre adressé à François de Neufchateau,

le 21 fructidor an VI, et dans lequel il demande la place de professeur

à la cinquième école centrale de la Seine, nous donne un petit morceau

de la biographie de cet artiste qui n'en a pas:

... J'étais salarié par l'ancien gouvernement comme attaché par

lui à la manufacture d'Aubusson; j'étois chargé de faire les

tableaux formant une tenture, qu'elle en recevoit tous les deux

ans.....

La Révolution ayant détruit cet ordre de choses, j'ai perdu mon

emploi, et avec lui, le fruit de quinze ans de travaux dans

différents genres de peintures propres à être exécutées dans

cette fabrique, que j'avois fait pour parvenir à en obtenir

l'agrément.

Comme peintre d'histoire, j'ai constamment exercé l'étude du

dessein. Depuis vingt-cinq ans, plus de six cents feuilles de

principes et d'études ont été gravées dans le goût du crayon,

d'après mes ouvrages. Et le débit continuel qui s'en fait, tant

en France que dans tous les États de l'Europe, où l'on cultive

les beaux-arts, constate d'une manière certaine leur utilité

publique: voilà les titres que je présentois à l'appui de ma

demande, et auxquels je joignois les portes que la Révolution

m'a fait éprouver, notamment celles que je fis sous le règne du

vandalisme, lorsque mon atelier fut dévasté, et une quantité

d'objets précieux et utiles à mon art furent détruits, sans que

j'aie obtenu aucune part des secours distribués alors, en vertu

d'un décret de la Convention, aux sçavants et aux artistes qui

ont souffert de la Révolution.

Si le besoin pressant d'être employé m'a fait, il y a deux ans,

vivement solliciter une place, ma détresse n'a pu qu'augmenter

depuis ce laps de temps: j'ai une femme et deux enfants qui,

ayant embrassé mon état, sont dans le cours de leurs études, et

par conséquent à ma charge.

LE CLERC[68],

Peintre, rue des Noyers, n° 30.

[68] Le Clerc a mis son portrait en tête d'un cahier de

principes de dessins. Il est représenté dans une gravure au

lavis, dessinant sous le jour d'une fenêtre, dans le cadre d'un

œil-de-bœuf, en bas duquel sont entassés une palette, une

toile sur un chevalet, une tête en plâtre, des cartons, des

livres de dessin à l'usage des commençants.

LEMOYNE. «Vie ou éloge historique de Jean-Baptiste Lemoyne, ancien

Directeur et Recteur de l'Académie royale de peinture et de sculpture

par Dandré-Bardon, Paris, 1779»; rare brochure, ainsi que celles dont

Dandré-Bardon est l'auteur.

MALBESTE. Nous publions ici le traité passé par ce graveur avec le

libraire Lamy pour la gravure de «la Revue de la maison du Roi,

par Moreau», traité qui, avec le petit motif gravé en spécimen,

avec les échelonnements des payements, avec la gratification en cas

d'exactitude, avec le nombre d'épreuves d'eaux-fortes avant la lettre

et d'épreuves ordinaires accordées à l'artiste, peut être considéré

comme un type et comme un modèle des traités passés, en ce temps, entre

un éditeur et un graveur.

Nous, Pierre-Michel Lamy, libraire demeurant à Paris, quai des

Augustins, voulant faire graver sur cuivre, un dessein fait par

Moreau le jeune, représentant «la Revue faite par le Roy des

troupes de sa maison à la plaine des Sablons»; nous, Georges

Malbeste, graveur, demeurant aussi à Paris, rue Saint-Martin,

n° 242, demandant cet ouvrage, et ayant fait un petit groupe[69]

d'après ledit dessein, pour servir au sieur Lamy à juger de mon

talent, dans cet état, nous dits Lamy et Malbeste soussignés,

avons fait le traité et convention, cy après écrits.

[69] La petite gravure de l'homme du premier plan auquel le

vent enlève son chapeau.

1° Moi, dit Malbeste, promets audit sieur Lamy et m'oblige envers

lui de graver exactement ledit dessein, de même format que la

planche de la Revue du Roy, gravée par Lepaon, de commencer

tout de suite les travaux de la dite gravure, et de ne pas

entreprendre d'autres ouvrages de gravure pour y travailler avant

que celle-cy ne soit finie, m'engageant encore à ne rien épargner

pour la perfection de la dite gravure, afin qu'elle soit au moins

aussi bien faite que le petit groupe, que j'ai fait d'après ledit

dessein, reconnaissant avoir reçu de mondit sieur Lamy tant le

susdit dessein que la planche de cuivre sur laquelle je dois

faire la gravure.

2° Le prix des ouvrages ainsi que des retouches à faire, s'il y

écheoit, pour la perfection de la gravure dudit dessein, a été

fait et convenu entre nous à trois mille trois cents livres,

payables par moi, dit Lamy, en neuf payemens, dont le _premier_

de deux cent soixante-quinze livres a été fait à l'instant, moi,

dit Malbeste, reconnaissant avoir reçu du mondit sieur Lamy, la

dite somme de deux cent soixante-quinze livres dont je le tiens

quitte, et à l'égard du _second_ terme de payement de pareille

somme de deux cent soixante-quinze livres, il sera fait, lorsque

la première opération de gravure de la dite planche à l'eau-forte

sera à moitié faite, ce que moi, Malbeste, promets avoir fait

d'ici à la mi-mars prochain. Le _troisième_ payement de cinq cent

cinquante livres, aussitôt que la gravure de la dite planche à

l'eau-forte sera finie, ce que moi, dit Malbeste, promets avoir

fait dans le mois de juin prochain. Le _quatrième_ payement de

deux cent soixante-quinze livres sera exigible, lorsque les

cieux de ladite planche seront à moitié faits, ce qui sera dans

le mois de septembre prochain. Le _cinquième_ payement, aussi

de deux cent soixante quinze livres, échoira lorsque les cieux

de ladite planche seront finis: ce qui sera dans le mois de

décembre de l'année prochaine. Le _sixième_ payement, encore de

deux cent soixante-quinze livres, lorsque les figures de ladite

planche seront faites à la moitié, ce qui sera à la moitié de

février mil sept cent quatre-vingt-sept. Le _septième_ payement,

de même de deux cent soixante-quinze livres, sera fait lorsque la

gravure des dites figures sera achevée, ce qui sera dans le mois

de mars mil sept cent quatre-vingt-sept. Le _huitième_ payement,

pareillement de deux cent soixante-quinze livres, lorsque la

planche sera aux premières épreuves, ce que moi Malbeste, promets

pour la fin du mois d'avril mil sept cent quatre-vingt-sept. Le

_neuvième_ et dernier terme de payement de huit cent vingt-cinq

livres sera fait _lorsque tous les ouvrages à faire pour ladite

gravure seront finis et que moi, Malbeste, rendrai ladite planche

dûement gravée, ainsi que les susdits desseins, ce que je promets

pour la fin de juin mil sept cent quatre-vingt-sept_.

Déclarant réciproquement que, par l'indication des époques

de payement ci-dessus, pour tout ce qui reste dû du prix de

ladite gravure, nous n'entendons que déterminer la proportion

convenue entre nous de la progression des payements à celle

de l'avancement de l'ouvrage, de manière à n'exiger aucune

autre avance, et conséquemment que sans attendre les époques

cy-dessus énoncées, si moi, dit Malbeste, parviens à les

anticiper en avançant les ouvrages, les divers payements du prix

me seront faits aussitôt que je seray parvenu aux différents

degrés cy-dessus; je serai tenu d'attendre, pour exiger le

payement, jusqu'à ce que j'aie complété la partie de l'ouvrage

correspondante, sans pouvoir l'exiger plus tôt, et, à cet effet,

de donner connaissance de l'état des travaux à mondit sieur Lamy.

3° Indépendamment des termes de payement cy-dessus stipulés,

auxquels moi, dit Lamy, promets de satisfaire à leur échéance, je

m'engage en outre de payer par forme de gratification audit sieur

Malbeste, s'il me rend ladite planche bien et dûement gravée,

finie et prête à en tirer des épreuves, pour être mises en vente

d'ici au dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, une somme

de trois cents livres, que je lui payerai en même temps que

celle de huit cent vingt-cinq livres du dernier terme cy-dessus

stipulé, laquelle promesse, qui est convenue conditionnelle, sera

comme non avenue et de nulle valeur, si ladite planche n'était

pas gravée, finie et rendue ledit jour dernier mai mil sept

cent quatre-vingt-sept, et, au contraire, dans le cas, où moi,

dit Malbeste, n'aurai pas fini et rendu ladite planche d'icy

au dernier juin mil sept cent quatre-vingt-sept, je m'engage à

souffrir par forme d'indemnité, une diminution de trois cent

livres sur le montant du prix cy-dessus stipulé de trois mille

trois cent livres, au moyen de quoi le dernier terme de payement

ne sera plus dans ce cas, que de cinq cent vingt-cinq livres au

lieu de huit cent vingt-cinq.

4° Il est réservé à moi, dit Malbeste, douze estampes à

l'eau-forte, douze au fini avant la lettre et six idem avec la

lettre, dont le papier sera fourni et les frais d'impression

payés par moi, dit Lamy, promettant expressément moi, dit

Malbeste, de ne faire tirer aucune épreuve de la dite planche

par aucun autre imprimeur que M. Dubu, promettant aussi de n'en

faire tirer que deux épreuves à chacun des différents degrés

de perfection de la dite planche, et à mesure que la gravure

avancera.

Tout ce qui est écrit cy-dessus a été convenu entre nous sous

notre promesse réciproque de l'exécuter de bonne foy, à peine de

tous dépens, dommages et intérêts. Fait double à Paris, le douze

décembre mil sept cent quatre-vingt-cinq.

La maison d'un artiste, Tome 1 · 第 411 / 443 题