PIERRE (_Jean-Baptiste Marie_). Le remplaçant et le continuateur de
Boucher, un dessinateur dont les dedans sont un peu vides, mais un
contourneur élégant et joliment maniéré de l'humanité de son temps.
Ses femmes nues sont très désirables avec leur petite gorge drue, leur
corps allongé dans la rondeur, leur derrière en poire, et l'élève de
Natoire n'est point encore trop maladroit au tortillage d'une toilette
d'homme ou de femme de son temps. Ce dessin du «Peintre sicilien»
catalogué plus bas, je me vois toujours l'achetant, au temps des
ventes fastes et secourables aux désargentés, en cette vieille maison
du fond de la rue de Vaugirard, cette maison toute bondée de dessins
et de gravures, et où les lots de choses d'art semblaient ne pouvoir
s'épuiser: la maison de Villenave. Je le payais, mon Pierre, je
crois, quelque chose comme 7 francs, et je l'achetais aux côtés de M.
Reiset, qui, encore plus heureux que moi, acquérait là, pour moins de
cent francs, deux Watteau qui sont aujourd'hui deux des joyaux de la
collection du duc d'Aumale.
--Le gentilhomme Adraste aux genoux de l'esclave grecque dont il
vient d'ébaucher le portrait.
Dessin sur papier blanc à l'encre de Chine, rehaussé de blanc de
gouache.
Signé dans le dos d'une chaise: _Pierre_.
Dans la marge du dessin est écrit: LE SICILIEN. _Eh bien, allez,
oui, j'y consens._