Mais tout cela, bien que cela m'eût quelquefois contristé et attristé,
n'avait pas effleuré nos coeurs, ni altéré notre amitié; les
intentions étaient sauves, le prodigieux talent grandissait au lieu de
décroître, et des vers où l'amitié s'immortalise, vers généreux que je
retrouve aujourd'hui avec orgueil dans mon coeur, s'élevaient entre
Hugo et moi comme une muraille de diamant contre toute division
possible de nos coeurs, quels que fussent les dissentiments sociaux ou
politiques.
Comment pourrais-je oublier jamais cette ode de 1825, à Lamartine, qui
éleva mon nom plus haut cent fois que la réalité, sur le souffle d'un
tourbillon d'amitié, vent d'équinoxe du printemps, qui prend une
feuille et qui la porte aussi haut qu'un astre?
Ces vers, les voici: qu'on me permette d'ouvrir quelquefois mon écrin,
comme un roi fugitif et découronné, et d'y contempler le plus beau
joyau de ma couronne quand Hugo m'avait fait roi, maintenant que le
sort m'a fait mendiant, mendiant non pour moi, mais pour mes frères!
Ces vers, lisez, encore une fois, les voici; j'oublie, en les
transcrivant, celui pour qui ils furent écrits, mais jamais celui qui
les écrivit: