Hugo, certes, était bien loin de songer alors à reprendre en
sous-oeuvre une révolution sociale, pendant que nous étions occupés,
au risque de notre popularité, de notre fortune et de notre vie, à en
restreindre et à en régulariser une autre.
Il publia, quelques semaines après, une profession de foi
conservatrice, où le courage parlait la langue de la raison au
peuple. Ses fils travaillaient dans mon cabinet, aux Affaires
étrangères; j'étais fier du nom, et, en lisant dans les journaux ce
programme de la république de propriété, d'ordre et de vraie liberté
signé Hugo, je me félicitais qu'un si puissant esprit s'engageât dans
l'armée où je servais moi-même la cause des améliorations populaires
possibles, contre les démagogues de la rue, ces rêveurs de sang et de
guerre, et contre les utopistes, ces démagogues de l'idée. Une telle
éloquence était une grande force que Dieu nous prêtait pour imposer à
la multitude.
On sait, ou on ne sait pas comment tout cela, si bon et si consolant
sous l'Assemblée constituante, c'est-à-dire sous la France
représentée, s'est brouillé sous l'Assemblée législative,
représentation des partis qui ne sont plus la France, mais le fantôme
de la France de 1793.
Puis le coup d'État, trop appelé par la panique de la France, est
venu, puis la confusion des langues, puis les exils, puis les
amnisties, puis des pamphlets que nous déplorons, puis des poésies
vengeresses, dont nous n'admirons que la verve, diatribes du génie
qui stigmatisent des noms propres, que la colère peut écrire d'une
main, mais que l'autre main doit raturer: car, en politique, on peut
combattre, jamais insulter!
Puis les MISÉRABLES, dont nous allons vous parler, critique excessive,
radicale et quelquefois injuste d'une société qui porte l'homme à haïr
ce qui le sauve, l'ordre social, et à délirer pour ce qui le perd: le
rêve antisocial de l'_idéal indéfini_!