IX.

Après ce naïf préambule, on s'entretient de la justice; cette partie

de l'entretien est, dans sa forme, aussi hérissée d'ambages, aussi

touffue de vaines paroles, aussi sophistique de forme que les

dialogues cités tout à l'heure par nous, en exemple des abus de la

dialectique.

Ce verbiage impatiente Thrasymaque, un des interlocuteurs.

«Plusieurs fois, pendant notre entretien, Thrasymaque s'était efforcé

de prendre la parole pour nous contredire. Ceux qui étaient auprès de

lui l'avaient retenu, voulant nous entendre jusqu'à la fin. Mais,

lorsque la discussion s'arrêta, et que j'eus prononcé ces dernières

paroles, il ne put se contenir plus longtemps, et, prenant son élan

comme une bête sauvage, il vint à nous comme pour nous mettre en

pièces. La frayeur nous saisit, Polémarque et moi. Élevant ensuite une

voix forte au milieu de la compagnie:

«--Socrate, me dit-il, que signifie tout ce verbiage? et à quoi bon ce

puéril échange de mutuelles concessions?

«Veux-tu savoir sincèrement ce que c'est que la justice?

«Ne te borne pas à interroger les gens, et à faire vanité de réfuter

ensuite leurs réponses, quand tu sais bien qu'il est plus aisé

d'interroger que de répondre; réponds à ton tour, et dis-nous ce que

c'est que la justice. Et ne va pas me dire que c'est ce qui convient,

ce qui est utile, ce qui est avantageux, ce qui est lucratif, ce qui

est profitable; fais une réponse nette et précise, parce que je ne

suis pas homme à me payer de ces niaiseries.

«À ces mots, épouvanté, je le regardai en tremblant, et je crois que

j'aurais perdu la parole s'il m'avait regardé le premier; mais j'avais

déjà jeté les yeux sur lui, au moment où sa colère éclata par ce

discours. Je fus donc en état de lui répondre, et lui dis avec un peu

moins de frayeur:--Ô Thrasymaque, ne t'emporte pas contre nous.»

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 125 / 228 题