C'est ainsi qu'il arriva à ses derniers moments, résigné, pieux, plein
de cette joie intérieure que l'homme étendu sur le fumier de Job
trouve dans l'entretien perpétuel et solitaire avec son invisible ami.
Relisons ici les derniers mots de Jules Janin, qui paraît l'avoir
connu et aimé autant que nous.
«Disons hardiment que c'était là une belle et douce nature, un esprit
bienveillant, un vrai courage, habile à supporter la mauvaise fortune,
un laborieux, rude à la peine et fécond à ses risques et périls. L'an
passé encore, en allant de son lit à sa table de travail, il était
tombé et s'était brisé l'autre jambe. Et maintenant le voilà mort,
sans récompense et sans bruit, non loin de cette ville de Dieppe qu'il
aimait, au pied d'une grande falaise, au bruit de l'Océan solitaire
qui murmure autour de son cercueil.
«Ce qui nous revient de ses derniers moments, dans une cabane de
pêcheur, sur un lit d'emprunt, sous la misère de l'abandon, serait
chose lamentable. On dirait que cet infortuné avait voulu pousser à
bout, par son exemple, un témoignage inouï des douleurs de la poésie
abandonnée à ses propres forces. Pauvre, errant, oublié, négligé, sans
doute il a manqué de confiance en ses amis, en sa famille qui lui fut
toujours bonne et propice... Il n'a pas manqué de confiance, à coup
sûr, dans le Père qui est aux cieux!
«Nous, cependant, avertis par ces défaillances, par ces muets
désespoirs, par cette ambition inavouée, honorons ce courage, et
remplaçant par nos meilleures sympathies ces tristes funérailles d'un
poëte si malheureux, prions pour lui, veillons sur nous.»