XXIII.

Quand les années turbulentes de 1848 sonnèrent comme un tocsin

d'espérance jusqu'au fond des monastères, elles étonnèrent d'abord,

puis elles éblouirent de grands mirages le coeur d'Adolphe Dumas. Je

le vis réapparaître plein de piété populaire et d'extase mystique à

côté de moi, crédule aux saintes idées d'un grand pas fait en avant

vers Dieu par les peuples, confiant dans la lune de miel de la

liberté, sans crime et sans tache; somnambule de la liberté, il levait

les bras en haut et cherchait l'horizon de la République!

Je n'espérais pas tant de la constance du peuple, et cependant je ne

craignais pas tant de son inconstance. Je tâchais de tempérer son

ivresse mystique, de peur que l'excès d'illusion n'amenât l'excès de

découragement. Il combattait héroïquement les factieux de l'inconnu,

qui ne savaient ce qu'ils voulaient, et qui, ne se contentant pas de

la liberté, précipitaient la République dans le délire et dans la

guerre.

Les factieux furent vaincus par la République; mais ils fournirent aux

faibles et aux ambitieux un prétexte de la maudire, elle, qui les

avait couverts de son courage et de sa vie!

Il fut faible, et chercha le salut de sa patrie dans un nom qui

représentait la force des soldats, cette raison suprême des peuples à

qui la raison manque. Son enthousiasme changea d'objet, il vit le dieu

des armées dans ces choses; mais il n'abandonna jamais ceux de ses

amis qui avaient combattu sous le drapeau de la République

conservatrice, et il ne cessa ni de les aimer, ni de les honorer dans

ses regrets.

Ce fut ainsi que nous restâmes unis, moi, réfugié dans le travail,

lui, abrité dans son hospice. Il n'y avait point d'intérêt et par

conséquent point de bassesse dans son sentiment pour l'Empire. Il ne

voyait plus dans les peuples qu'un troupeau qui veut que la raison

s'impose par l'épée, au lieu de se soumettre à la houlette de ses

pasteurs.

Que lui répondre, après cette grande abdication de la France? Nous ne

parlions plus politique; nous parlions littérature, poésie, amitié,

choses éternelles.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 73 / 228 题