Quand les années turbulentes de 1848 sonnèrent comme un tocsin
d'espérance jusqu'au fond des monastères, elles étonnèrent d'abord,
puis elles éblouirent de grands mirages le coeur d'Adolphe Dumas. Je
le vis réapparaître plein de piété populaire et d'extase mystique à
côté de moi, crédule aux saintes idées d'un grand pas fait en avant
vers Dieu par les peuples, confiant dans la lune de miel de la
liberté, sans crime et sans tache; somnambule de la liberté, il levait
les bras en haut et cherchait l'horizon de la République!
Je n'espérais pas tant de la constance du peuple, et cependant je ne
craignais pas tant de son inconstance. Je tâchais de tempérer son
ivresse mystique, de peur que l'excès d'illusion n'amenât l'excès de
découragement. Il combattait héroïquement les factieux de l'inconnu,
qui ne savaient ce qu'ils voulaient, et qui, ne se contentant pas de
la liberté, précipitaient la République dans le délire et dans la
guerre.
Les factieux furent vaincus par la République; mais ils fournirent aux
faibles et aux ambitieux un prétexte de la maudire, elle, qui les
avait couverts de son courage et de sa vie!
Il fut faible, et chercha le salut de sa patrie dans un nom qui
représentait la force des soldats, cette raison suprême des peuples à
qui la raison manque. Son enthousiasme changea d'objet, il vit le dieu
des armées dans ces choses; mais il n'abandonna jamais ceux de ses
amis qui avaient combattu sous le drapeau de la République
conservatrice, et il ne cessa ni de les aimer, ni de les honorer dans
ses regrets.
Ce fut ainsi que nous restâmes unis, moi, réfugié dans le travail,
lui, abrité dans son hospice. Il n'y avait point d'intérêt et par
conséquent point de bassesse dans son sentiment pour l'Empire. Il ne
voyait plus dans les peuples qu'un troupeau qui veut que la raison
s'impose par l'épée, au lieu de se soumettre à la houlette de ses
pasteurs.
Que lui répondre, après cette grande abdication de la France? Nous ne
parlions plus politique; nous parlions littérature, poésie, amitié,
choses éternelles.