IV.

«Ô reine! je me jette à tes pieds, que tu sois déesse ou mortelle: si

tu es l'une de ces divinités qui résident dans le ciel immense, je ne

saurais te comparer, pour la taille, la forme et la beauté, qu'à

Diane, la fille du grand Jupiter; et si tu es l'une de ces mortelles

qui habitent sur la terre, ô trois fois bienheureux ton père et ta

mère vénérables; trois fois bienheureux tes frères!

«Certes, leur coeur, grâce à toi, s'épanouit sans cesse de joie quand

ils voient une telle fleur entrer dans le choeur des danses; mais plus

heureux encore que tous les autres au fond de son âme celui qui,

l'emportant par les dons du mariage, t'amènera dans sa demeure. Jamais

de mes yeux je n'aperçus une personne semblable, ni parmi les hommes,

ni parmi les femmes, et une respectueuse admiration me saisit à ton

aspect.

«Ainsi jadis, à Délos, auprès de l'autel d'Apollon, j'ai vu la tige

grandissante d'un jeune palmier. Suivi d'un peuple nombreux, j'avais

fait ce voyage qui devait m'apporter bien des malheurs. À la vue de

cet arbre, je demeurai longtemps stupéfait, car jamais la terre n'en

produisit de pareil. Femme, c'est ainsi que je te contemple, t'admire

et que j'ai tremblé de toucher tes genoux, car j'éprouve des douleurs

cruelles. Hier était le vingtième jour où je fuyais sur une mer

ténébreuse, et toujours le flot et de violents orages m'ont emporté

depuis mon départ de l'île d'Ogygie. Enfin, maintenant une divinité me

jette ici pour y subir peut-être de nouvelles infortunes; car je pense

qu'elles ne vont pas cesser, mais bien plutôt que les dieux les

multiplieront encore.

«Ô reine, sois compatissante; après tant de souffrances que je viens

de subir, tu es la première que j'approche, et je ne connais aucun

autre des hommes qui habitent la ville ou le pays. Montre-moi donc la

cité.

«Donne-moi, pour m'en entourer, quelque haillon ou quelque enveloppe

du linge si tu en as apporté en venant ici, et que les dieux

t'accordent tout ce que peut souhaiter ton âme; qu'ils te donnent un

mari, une maison, et la concorde si précieuse; car rien n'est plus

désirable et meilleur qu'un ménage où l'époux et l'épouse mettent en

commun leurs pensées pour le diriger. C'est un vif chagrin pour leurs

ennemis, pour leurs amis une grande joie, et pour eux-mêmes surtout

une bonne renommée.»

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 45 / 228 题