Après ces excursions toujours rétrospectives sur la politique et ses
belles années, M. de Marcellus revint à sa chère Grèce. Il décrivit
et traduisit ses chants populaires.
Après M. Fauriel, il y avait encore à glaner. Ce qui fait l'intérêt et
le charme de ces chants, c'est moins le chant lui-même que le cadre
qui les enserre. Ce cadre est presque toujours une scène de l'Odyssée
de jeunesse de M. de Marcellus, voguant ou chevauchant sur les mers ou
sur les montagnes du Péloponèse. Il savait le grec ancien comme
Homère, il savait le grec moderne comme un klephte. C'était l'époque
héroïque de l'indépendance hellénique. L'Europe était folle
d'hellénisme.
On oublie que des siècles ont remué ces lieux et ces peuples, et qu'il
peut en sortir des peuples nouveaux à force de vieillesse, mais jamais
d'anciens peuples. On se figure qu'on va ressusciter Miltiade ou
Thémistocle dans la personne d'un corsaire ou d'un berger des mers ou
des montagnes; que Démosthène et Cicéron vont succéder immédiatement
au pape.
On oublie que deux mille ans ont passé, et que des millions de
barbares ont été colonisés avec leurs moeurs nouvelles pendant des
siècles et des siècles en Italie et en Grèce. De là, le mécompte de
tous ces rêves pour refaire le passé sans éléments, au lieu
d'améliorer le présent avec ses éléments propres. Mais alors la Grèce
fanatisait l'Europe; on n'était ni chrétien ni musulman, on était
Grec, comme aujourd'hui on n'est ni catholique ni carbonaro, on est
Piémontais. Les oppositions ont des engouements comme les poëtes; il
faut se hâter de les saisir pendant qu'ils passionnent à froid les
orateurs et les journalistes, car ces engouements passent vite et ne
reviennent pas de même.