Le ministère Polignac, préambule d'une révolution certaine, rappela M.
de Chateaubriand à Paris. M. de Marcellus est nommé quelques jours
après son secrétaire d'État par le prince de Polignac. M. de Marcellus
hésite quelques jours entre son dévouement de royaliste, son ambition
naturelle, et son jugement très-sain sur l'inopportunité du défi de
Charles X à la France alors libérale. Il va consulter M. de
Chateaubriand comme l'oracle dans le désert, à l'hospice de la rue
d'Enfer, où il s'était relégué. M. de Chateaubriand lui prophétisa la
catastrophe prochaine et certaine. Marcellus refusa courageusement ces
fonctions. Ce fut un bel acte de conscience et de foi dans sa
politique de modération.
Pendant ces hésitations, le prince de Polignac, qui m'aimait, pense à
moi; il m'écrit, me conjure de venir à Paris, m'offre avec instance
la direction des Affaires étrangères; je n'hésite pas à refuser.--Il
insiste sur un entretien; j'arrive à Paris, je cause à coeur ouvert
avec lui, il est moins sincère avec moi qu'avec M. de Marcellus, il
nie imperturbablement la pensée du coup d'État.
«Je le crois, puisque vous le dites, mon Prince, lui dis-je, vous ne
le voulez pas, mais la logique et votre situation le veulent! Je suis
royaliste, je suis jeune, je ne veux à aucun prix dater d'un coup
d'État malheureux dans la politique, et commencer par une révolution
où les Bourbons périront.»
Je fus nommé ministre à Athènes, et je m'éloignai!... M. de Marcellus
expia longtemps son refus.