XI.

Le ministère Polignac, préambule d'une révolution certaine, rappela M.

de Chateaubriand à Paris. M. de Marcellus est nommé quelques jours

après son secrétaire d'État par le prince de Polignac. M. de Marcellus

hésite quelques jours entre son dévouement de royaliste, son ambition

naturelle, et son jugement très-sain sur l'inopportunité du défi de

Charles X à la France alors libérale. Il va consulter M. de

Chateaubriand comme l'oracle dans le désert, à l'hospice de la rue

d'Enfer, où il s'était relégué. M. de Chateaubriand lui prophétisa la

catastrophe prochaine et certaine. Marcellus refusa courageusement ces

fonctions. Ce fut un bel acte de conscience et de foi dans sa

politique de modération.

Pendant ces hésitations, le prince de Polignac, qui m'aimait, pense à

moi; il m'écrit, me conjure de venir à Paris, m'offre avec instance

la direction des Affaires étrangères; je n'hésite pas à refuser.--Il

insiste sur un entretien; j'arrive à Paris, je cause à coeur ouvert

avec lui, il est moins sincère avec moi qu'avec M. de Marcellus, il

nie imperturbablement la pensée du coup d'État.

«Je le crois, puisque vous le dites, mon Prince, lui dis-je, vous ne

le voulez pas, mais la logique et votre situation le veulent! Je suis

royaliste, je suis jeune, je ne veux à aucun prix dater d'un coup

d'État malheureux dans la politique, et commencer par une révolution

où les Bourbons périront.»

Je fus nommé ministre à Athènes, et je m'éloignai!... M. de Marcellus

expia longtemps son refus.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 18 / 228 题