Au moment où nous écrivons ces lignes, un orage vient de fondre sur
Paris. Le tonnerre a grondé et la grêle s'est précipitée à grains serrés
sur les paisibles promeneurs du dimanche, sur les curieux avides de voir
l'industrie dans ses magnifiques développements. La pluie n'a pas
respecté ce palais de bois et de carton élevé, en quelques mois, pour
les besoins du moment, et en a montré tous les vices de construction aux
dépens des produits exposés et des visiteurs, qui, entrés à pied sec,
ont eu besoin de manoeuvres nautiques pour regagner l'asphalte des
contre-allées.
Cette digression nous a un peu écarté de notre compte rendu; mais nous
ne la regarderons pas comme inutile, si elle amène quelque amélioration
dans le sort des visiteurs, sinon cette année, au moins aux expositions
qui se succéderont.
La galerie des tissus, dont nous donnons aujourd'hui une vue à nos
lecteurs, est une des plus intéressantes de l'exposition, et, cependant,
une des plus abandonnées: on y passe, on ne s'y arrête pas; et, quand on
a jeté un coup d'oeil distrait sur ces cases si bien fournies, et un
regard émerveillé sur les robes brodées en ailes de mouche, en parde ou
en papier, on se dirige vite vers des produits qui parlent davantage aux
yeux et à l'imagination. C'est qu'en effet, pour s'arrêter avec intérêt
devant cette réunion si riche et si admirable d'étoffes de toutes
couleurs, de tissus de formes si variées, pour reconnaître et analyser
le progrès incessant de cette branche capitale de l'industrie française,
il faut, ou avoir vécu dans les fabriques et connaître par soi-même le
mérite de la difficulté vaincue, savoir où en était la fabrication des
étoffes il y a un demi-siècle, et apprécier son mouvement admirable et
de tous les jours, ou bien se rendre compte, comme tous ceux qui
s'occupent des questions économiques, de la proportion dans laquelle
cette fabrication alimente le commerce extérieur, et, au point de vue de
la politique intérieure, du nombre immense de bras qu'elle emploie dans
presque toutes les parties de la France. Voilà pourquoi le roi et les
ministres s'arrêtent avec tant de complaisance dans cette vaste galerie,
pourquoi ils prodiguent aux fabricants les encouragements, et consacrent
plusieurs séances à l'examen de leurs produits.
La fabrication des étoffes s'était péniblement traînée de chute en
chute, et n'était pour ainsi dire soutenue que par le besoin
indispensable qu'on en a, jusqu'au jour où l'on appliqua les machines,
soit à la confection des matières premières ou des fils, soit à la
confection des tissus, soit enfin à leur impression. Faire une revue des
tissus serait donc donner l'histoire des diverses machines qui sont
maintenant en usage dans toutes les fabriques. Mais ce sujet nous
entraînerait trop loin et hors de notre cadre; nous nous bornerons à en
indiquer quelques unes dans le courant de notre compte rendu, préférant
donner un aperçu de la production des matières premières.
Les matières premières dont sont composées toutes les étoffes sont la
laine, le lin, le chanvre, le coton et la soie.
Il y a trente ans, la France était encore tributaire de l'Espagne et de
l'Angleterre, pour la plus grande partie de ses lainages. Les troupeaux
français ne produisaient que de la laine courte; et l'agriculteur,
malgré tous ses soins ne pouvait arriver à naturaliser en France les
magnifiques troupeaux mérinos qui avaient fait, dans un autre temps, la
fortune des éleveurs espagnols, et qui, plus récemment, étaient devenus
pour l'Angleterre une des branches de commerce les plus étendues. Mais
sous la restauration la production de la laine et la fabrication des
étoffes dont elle est la base, prirent une grande extension. La France,
qui jusque-là était pauvre en laine lisse ou propre au _peigne,_ et ne
fournissait que de la laine _courte_ ou _cardée_, commença à produire, à
force de soins et de talents, des laines peignée. Dès 1819, Ternaux
exposait un tissu _mérinos_ de belle qualité, composé d'une chaîne en
laine peignée et d'une trame en laine cardée. Mais cette laine était
chère, et la fabrication de l'étoffe se faisait à la main; double
inconvénient pour le prix d'une part, et d'autre part, parce que
l'étoffe ainsi fabriquée était sujette à se barrer à la teinture. Mais
ce second inconvénient a disparu depuis que les trames sont filées à la
mécanique. L'alliance de la trame et de la chaîne permit de varier, pour
ainsi dire, à l'infini la matière des étoffes. Ainsi, avec une trame en
laine lisse et une chaîne en coton, on obtint l'étoffe appelée _poil de
chèvre_: avec une trame en laine lisse et une chaîne en soie, la
_popeline_; avec une trame en laine cardée et une chaîne en coton, la
_circassienne_, etc.
Les principaux centres de fabrication des draps sont Elbeuf, Sedan,
Louviers, Reims, Abbeville et le Midi; et quels progrès n'aurions-nous
pas encore à signaler dans cette fabrication, depuis que la science et
la mécanique ont prêté leur appui à l'industrie? Ainsi la _tondeuse_ de
John Collier fait toute une révolution dans la préparation, dans le
fini, si nous pouvons nous exprimer ainsi, dans l'aspect des draps.
L'apprêt à la vapeur leur donne un aspect plus agréable, dispose les
fibres laineuses dans un ordre plus régulier. D'un autre côté, la chimie
arrive avec son arsenal de produits propres à la coloration des étoffes.
Un de nos premiers savants, M. Chevreuil, fait servir à la fabrication
générale les étoffes suivies qu'il a faites aux Gobelins. MM. Merle et
Malartie font des essais pour substituer la teinture au bleu de Prusse à
l'indigo, et affranchir ainsi la France d'un tribut considérable.
Mais, le croirait-on? ce qui met des bornes au progrès dans cette
fabrication, c'est que tous ou presque tous nous nous servons de nos
tailleurs comme intermédiaires entre les fabricants et nous. Nous
n'avons ni la finesse, ni la solidité, ni le bon teint que nous payons?
Les tailleurs ne tiennent pas à avoir des draps superfins, parce que le
prix des habillements est tel, qu'ils ne peuvent plus l'élever.
Louviers et Elbeuf se sont de tout temps disputé la suprématie qui,
depuis déjà longues années, penche du côte de cette dernière ville. Sa
position au bord de la Seine, sa proximité de Rouen, sont des avantages
que Louviers voulait contre-balancer au moyen de ce fameux embranchement
de chemin de fer qui a déjà amené quatre fois à la porte de la chambre
des députés le représentant de ses intérêts.
Quant à Sedan, il a dignement soutenu sa vieille réputation. Ses draps
nous et de hautes couleurs, ses satins, ses cachemires sont, comme
toujours, ce qu'on a fait de meilleur en ce genre. La liste des
exposants de Sedan, à la tête desquels se trouve le ministre actuel du
commerce, est nombreuse, quelques-uns, et entre autres M. E. de
Montagnac, ne se sont pas bornés à la sévère couleur noire: ce dernier a
exposé un assortiment complet de nouveautés pour pantalons, dont le
tissu nous a paru réunir régularité, finesse, élasticité et solidité.
C'est un heureux début pour un nouvel exposant.
Après les draps, une des branches les plus importantes de l'industrie
des laines est la fabrication des tapis. Ici nous retrouvons l'homme
qui, depuis longtemps, est à la tête de cette industrie, M.
Sallandrouze, dont les magnifiques produits ne le cèdent pas cette
année, pour la vivacité des couleurs et la grâce des dessus, à ce qu'ils
étaient aux expositions précédentes. Entre ses mains et entre celles des
Chenavard et des Couder, le métier est devenu un art, et le bon marche
auquel ils sont arrivés, par une distribution intelligente du travail,
rend les tapis accessibles à toutes les fortunes; et l'on sait que c'est
là, dans nos idées, le _criterium_ du progrès d'une industrie. Nous
aimons à constater que, sous ce point de vue, l'usage des tapis jaspés,
moquettes, veloutées, tend à se généraliser, et que les dessins, même
pour les qualités inférieures, sont de bon goût, et le mélange des
couleurs intelligent. En général, rien de heurté dans les lignes, rien
de criant pour l'oeil, telles sont les qualités remarquables des tapis
que nous avons vus à l'exposition, exception faite de la bonté de la
matière première. Nous donnons le dessin d'un de ceux dont nous avons le
plus admiré la composition et la nuance habile des couleurs. Il sort de
la manufacture d'Aubusson. C'est une portière style Pompadour dont le
dessin est dû à un habile artiste, M. Jullien.
Les cases les plus brillantes de l'exposition sont, sans contredit,
celles des exposants de châles de toute nature, et nous avons reconnu
que les châles communs y faisaient tout autant d'effet que les châles
les plus riches et les plus soignés. C'est une industrie qui ne date que
d'hier, et qui cependant a pris son rang parmi les plus importantes et
les plus suivies. C'est qu'elle répond à un besoin de luxe et de
_confort_ qui, des classes opulentes, a atteint d'abord la bourgeoisie
aisée pour descendre jusqu'aux fortunes les plus médiocres. Un châle est
une des premières nécessités de la vie; et les fabricants ont dû arriver
à confectionner les plus merveilleux tissus à des prix qui étonneraient
l'Indien passant dans sa cabane la moitié de sa vie à faire de ses mains
un véritable cachemire. De 1819 à 1827, un homme dont on retrouve le nom
partout où il est question de tissus, Ternaux, arriva à produire, à
filer et à tisser le duvet de cachemire, ce produit délicat extrait des
toisons des chèvres du Thibet. Et encore on a commencé par le travail à
la main, pour y substituer à la longue le travail mécanique. On imita la
méthode indienne ou le procédé de l'_espoutinage_. Dans ce procédé, la
main de l'homme fait tout, confectionne le tissu, passe les nuance et
varie le couleurs. «C'est, dit un publiciste, la perfection de
l'ignorance en mécanique, la merveille de l'enfance de l'art.» Ce
procédé grossier présente cependant un avantage que n'ont encore pu
atteindre les machines, c'est que le châle dont chaque fil est assujetti
isolement ne peut se _débrocher_. La méthode actuelle est le _tance_.
Les fils formant les dessus du tissu sont fixés d'abord par un noeud, et
ensuite découpés. Le tissu est moins solide, mais un châle qui, venu de
l'Inde, vaudrait trois à quatre mille francs, se fait en France pour
quatre cents francs au plus.
Si nous n'avons pas imité les Indiens dans leur manière de travailler,
le goût, la mode ont forcé nos fabricants à se servir de leurs dessins
uniformes et un peu monotones. Le _genre_ indien a d'ailleurs donné
naissance à des produits de qualité meilleure, et qui ont contribué, par
leur bon marché, à répandre ce goût dans les classes les moins aisées.
Ainsi, M. Ajax, à Lyon a confectionné des châles ressemblant aux
indiens, avec des déchets de soie mêlés à de la laine ou du coton. A
Nîmes on fait des châles _bourre de soie_, les _lacaux_, les _thibets_,
etc.
Une réaction s'est cependant opérée, dans ces derniers temps, dans les
formes de dessins. On se rappelle le magnifique châle _ispahar_ dessiné
par M. Couder, qui a figuré à l'exposition de 1834. Cet habile artiste a
découvert, par un travail de patience et en décomposant les dessins
indiens, que si les contours en étaient constamment anguleux, sans
présenter aucune forme arrondie, cela tenait à l'imperfection et à la
grossièreté de leur mode de travail. En partant de cette découverte, il
a donné de véritables dessins indiens, mais à contours doux et non
heurtés, tels que nos moyens de fabrication perfectionnée nous
permettent de les obtenir, et nous a sortis enfin de ces éternelles
palmes croisées dans tous les axes.
Le fabrication des châles est concentrée à Paris, à Lyon et à Nîmes.
Paris marche en première ligne, grâce au goût de ses artistes et de la
clientèle qu'il approvisionne. Parmi ceux qui tiennent cette année une
place honorable à l'exposition, nous citerons MM. de Boas, qui
fabriquent à la fois deux châles jumeaux, l'un blanc et rouge, l'autre
rouge et blanc. D'après ce que nous avons dit de la méthode du _tance_
qui finit par _découpure_, on concevra la possibilité de cette
innovation économique. M. Frédéric Hébert garde le rang élevé où il
s'était placé dans les expositions précédentes. MM Gaussin, qui ont
demandé leurs dessins à M. Couder; M. Forestier, qui s'est adressé à M.
Luittet, ont aussi des châles remarquables. MM. Houcey Julien et Marcel,
coordonnateurs de la maison Hellennasse, ont exposé un châle en
cachemire pur, complètement blanc, broché sans envers en fleurs
naturelles, avec tiges, feuilles et même une portion du sol. C'est une
des belles pièces de l'exposition. Et, toutes ces merveilles sont dues
au métier Jacquart, qui, si longtemps dédaigné, est maintenant employé
partout, auquel chacun cherche à apporter chaque jour des
perfectionnements, et qui, il faut bien le dire, se prête admirablement
à toutes les fantaisies de la mode et des artistes, avec les
améliorations qu'il a subies depuis qu'il est sorti du cerveau de son
immortel inventeur.
La fabrication des tissus de lin et de chanvre est arrivée à un degré de
perfectionnement quant à la qualité, qui ne laisse plus de marge au
progrès qu'au point de vue du bon marché. Dans ces branches d'industrie,
la mécanique aussi est venue apporter ses immenses ressources. Le métier
à filer le lin a fait une révolution complète depuis quelques années. Ce
métier est dû à un Français, M. de Girard, homme de génie qui n'a
cependant pas a se louer de sa patrie. Napoléon, qui procédait
sommairement en tout, et à qui on ne reprochera jamais de n'avoir pas su
encourager l'industrie nationale, Napoléon avait promis un million à
l'inventeur d'un métier à filer le lin, M. de Girard se mit à l'oeuvre
et parvint à résoudre le problème; mai» Napoléon était sur son rocher,
et la restauration ne tint pas les promesses faites. M. de Girard dut
alors aller demander à l'Autriche le pain que lui refusait son pays. Le
métier nous est revenu plus tard, mais sous une étiquette anglaise.
Le coton donne aujourd'hui des produits qui n'ont rien à envier pour la
perfection à la production anglaise. On évalue à 100 millions la valeur
du coton brut filé en France, et à pareille somme la valeur que lui
donne la main-d'oeuvre, et sur cette somme, on en compte le tiers ou
environ 30 millions pour les ouvriers. Le progrès est manifeste dans les
calicots, percales, jacomas, mousselines et damasses. Les fabriques de
Saint-Quentin, de Mulhouse, d'Alençon et de Tarare se font remarquer par
leurs bazins, leurs tricots et leurs organdis. C'est sur les cotonnades
que s'exercent en grand l'industrie des impressions. Rouen se distingue
par ses impressions sur les étoffes communes, et Mulhouse sur les
étoffes plus riches.
Pour l'impression, tous les progrès sont dus à une machine inventée en
1821, par M. Perrot, et à laquelle l'inventeur donna le nom de
_perrotine_, nom que la reconnaissance publique lui a conservé. Avant
cette invention, les couleurs se mettaient à la main, et étaient par
conséquent longues et coûteuses à appliquer. M. Perrot a fait faire avec
une précision mathématique par une machine les impressions les plus
délicates, avec économie de temps et d'argent, il sans nécessiter de
plus grandes dépenses de dessin que dans le système ordinaire. Les
organes de la perrotine sont admirables de simplicité, et leurs
mouvements intelligents; on peut, avec cette machine, poser sur l'étoffe
depuis une jusqu'il six couleurs à la fois, sans que l'une empiète sur
l'autre, et en conservant la délicatesse des nuances et la pureté des
lignes et des contours. La planche sur laquelle on imprime est plate,
comme dans le système ordinaire. L'impression au moyen de cylindre eût
peut-être offert plus d'avantages, mais la gravure sur un rouleau est
beaucoup plus chère.
Quelques chiffres fournis par la société industrielle de Mulhouse vont
prouver le progrès que l'introduction de cette machine dans la
fabrication a amené en peu de temps; et pourtant, à Mulhouse, elle a été
longtemps rejetée, comme convenant peu au genre de dessins d'impression:
en 1839, il n'y avait encore que quatre un cinq de ces machines; en
1843, il en était tout autrement, et les résultats en étaient
extraordinaires.
En 1827, il y avait à Mulhouse 16 fabriques d'indienne occupant 6860
ouvriers, et produisant annuellement 96,480,350 mètres d'étoffes
imprimées.
[Illustration: Métier à tapisserie, par mademoiselle Chanson.]
En 1843, 11 fabriques occupaient 5,996 ouvriers, et produisaient 44,520
pièces d'étoffe d'une longueur ensemble de 275,670,000 mètres, ou
environ trois fois plus qu'en 1827.
En 1827, un ouvrier produisait annuelle ment 1,391 mètres d'étoffes
imprimées.
En 1843 il en fournit 4,597 mètres.
La maison Schlumberger et Koechlin, de Mulhouse, est une de celles qui
se font le plus remarquer par la beauté de ses tissus et de ses
impressions, et en particulier par ses étoffes pour meubles et tentures.
Nous voici arrivé à l'une des branches de l'industrie française sur
laquelle nous voudrions nous étendre longuement, car elle intéresse
principalement et presque exclusivement la seconde ville du royaume,
celle dont le reste de la France entend quelquefois les cris de détresse
mêlés aux horreurs de la guerre civile: nous voulons parler de la
fabrication des étoffes de soie et des rubans. Notre commerce extérieur
est en grande partie alimenté par les produits des fabriques de Lyon et
de Saint-Étienne. Dans les cinq années qui ont précédé 1839, le chiffre
des exportations est de 80 millions pour les soieries et de 30 millions
pour les rubans, en tout 110 millions, non compris la valeur des tissus
mélangés de soie, de la bonneterie, passementerie, soies à coudre, et un
grand nombre d'articles de mode. Depuis, ce commerce a éprouvé des
fluctuations qui ont été bien fatales à l'industrie lyonnaise; la valeur
moyenne de son commerce d'exportation a été, dans les cinq dernières
années, de 158 millions, et celle de tout le commerce français de 480
millions: c'est donc un sur un peu plus de trois et demi. Dans le prix
des soieries, la matière première entre pour les deux tiers, le reste
représente les bénéfices et la main-d'oeuvre. Qu'on juge, d'après cela,
des désastres que peut amener la diminution de l'exportation: ainsi, de
1841 à 1842, il y eut une différence de 5 millions au détriment de la
fabrique lyonnaise; c'est donc le tiers, ou 16 millions, qui a fait
défaut pour la plus grande partie aux malheureux ouvriers en soie.
Nous ne nous arrêterons pas à signaler les noms de tous ceux qui nous
ont paru mériter, par la beauté de leurs produits, les encouragements du
gouvernement et les applaudissements de la foule. Les exposants de
rubans se font surtout remarquer par le goût et la richesse de leurs
nuances. Nous citerons seulement la maison Faure frère, de
Saint-Étienne, qui, en 1839, obtint la médaille d'or, et qui expose des
rubans façonnés au moyen d'un battant-brocheur de l'invention de M.
Boivin, habile mécanicien de Saint-Étienne. Ce battant-brocheur permet
de faire cinq à six rubans sur le même métier au lieu d'un seul. C'est
là un progrès qui tend indubitablement à faire baisser les prix et à
pourvoir à une fabrication considérable.
Nous voudrions pouvoir envoyer nos lecteurs dans la galerie des tissus;
mais aujourd'hui plus que jamais, cela leur est interdit; des cordes en
écartent les curieux; c'est là que l'orage a fait ses dégâts; les riches
étoffes aux couleurs éclatantes, les fines soieries, les lingeries
précieuses, ont plus ou moins souffert de la légèreté des constructions,
combinée avec la violence de la grêle.
Après avoir passé en revue les hauts produits du lainage, qu'on nous
permette d'offrir à nos lectrices un métier à tapisserie, invention
nouvelle d'une demoiselle qui, frappée des mouvements du métier
ordinaire, qu'on devait monter et démonter et faire mouvoir dans tous
les sens, à l'aide de lourdes vis, disgracieusement placée» dans de
jolies mains, a imaginé un mécanisme aussi ingénieux que simple qui
permet de monter et démonter, tendre et détendre avec facilité l'étoffe
dans tous les sens. Par un autre procédé, ce métier présente un support
pour le modèle et un cadre à quadrillé pour reproduire et nuancer un
dessin donné. Cet appareil est dû à mademoiselle Chanson.