PLEIRANTE, père de Célidée.

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Les vers sont en principe numérotés toutes les 5 lignes, les

numéros omis dans l'original sont également omis dans cette

version.

ASSOCIATION

des

anciens élèves

du Lycée

LOUIS-LE-GRAND

LES

GRANDS ÉCRIVAINS

DE LA FRANCE

NOUVELLES ÉDITIONS

PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION

DE M. AD. REGNIER

Membre de l'Institut

OEUVRES

DE

P. CORNEILLE

TOME II

PARIS.--IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET Cie

Rue de Fleurus, 9

OEUVRES

DE

P. CORNEILLE

NOUVELLE ÉDITION

REVUE SUR LES PLUS ANCIENNES IMPRESSIONS

ET LES AUTOGRAPHES

ET AUGMENTÉE

de morceaux inédits, des variantes, de notices, de notes, d'un lexique

des mots et locutions remarquables, d'un portrait, d'un fac-simile, etc.

PAR M. CH. MARTY-LAVEAUX

TOME DEUXIÈME

PARIS

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

1862

LA

GALERIE DU PALAIS

COMÉDIE

1634

NOTICE.

Cette comédie, qui a eu plus de succès que toutes celles que Corneille

a fait représenter avant _le Cid_[1], est curieuse à divers titres, et

principalement pour l'histoire du théâtre.

D'abord c'est dans cette pièce qu'il a substitué pour la première

fois, comme il en fait lui-même la remarque[2], une suivante à la

nourrice traditionnelle de la vieille comédie qu'il avait fait figurer

dans _Mélite_ et dans _la Veuve_. A partir de ce moment, l'acteur

Alison, dont on ignore le nom véritable, et qui remplissait sous le

masque cet emploi de nourrice, ne joua plus jusqu'à sa retraite que

certains rôles de vieilles femmes ridicules. En jetant les yeux sur la

planche qui se trouve en tête de _la Veuve_, dans les éditions de 1660

et 1664, on est frappé de l'air masculin de la nourrice, et l'on se

demande si le dessinateur n'a pas voulu représenter le visage ou le

masque d'Alison.

Ensuite notre poëte, qui a dit spirituellement dans la préface de

_Clitandre_, en parlant de la scène, dont il abandonne le choix au

lecteur: «Où vous l'aurez une fois placée, elle s'y tiendra,» nous

présente ici, au premier acte et au quatrième, un lieu non-seulement

très-bien déterminé, mais réel, la Galerie du Palais, parfaitement

connue de tous ses auditeurs, qui durent sans aucun doute prendre

grand plaisir à ce spectacle, car aujourd'hui encore ce moyen de

succès, bien qu'on en ait fort abusé, manque rarement son effet.

La lingère nous fournit quelques détails sur l'histoire du costume,

sur les variations de la mode: elle nous apprend, par exemple, combien

les toiles de soie, dédaignées d'abord, furent ensuite recherchées,

et nous dit pourquoi elles le furent. Les conversations du libraire et

de ses acheteurs présentent plus d'intérêt. Il est vrai que bon nombre

de leurs allusions littéraires sont pour nous autant d'énigmes dont il

nous est impossible de découvrir le mot, et qui n'en avaient

probablement pas et n'étaient destinées qu'à faire naître les

conjectures des spectateurs désireux de paraître initiés ou de faire

les entendus; mais nous trouvons parmi ces énigmes quelques

renseignements clairs et précis: nous apprenons, par exemple, que la

vogue avait passé des romans aux pièces de théâtre, et que la

Normandie avait acquis un grand renom par ses productions poétiques.

Cette dernière assertion, venant d'un Rouennais, pourrait paraître un

peu suspecte; mais par bonheur, pour confirmer son témoignage, nous

pouvons invoquer celui d'un Angevin. Dans l'avis _Au lecteur_

d'_Hippolyte_, tragédie publiée en 1635, le sieur de la Pinelière

prétend que beaucoup de gens expérimentés lui auraient conseillé

peut-être de taire son pays «plutôt que de le mettre en gros

caractères au frontispice de son ouvrage;» et il ajoute: «Pour être

estimé autrefois poli dans la Grèce il ne falloit que se dire

d'Athènes, pour avoir la réputation de vaillant il falloit être de

Lacédémone, et maintenant, pour se faire croire excellent poëte, il

faut être né dans la Normandie.» Sur quoi Fontenelle fait observer

qu'il est assez remarquable qu'il y ait eu un temps où l'on se soit

cru obligé de faire ses excuses au public de ne pas être Normand. Au

reste cet engouement du poëte angevin s'explique peut-être par

l'honneur que lui avait fait Corneille de composer une pièce de vers

pour son _Hippolyte_: on la trouvera dans les _Poésies diverses_, où

elle figure pour la première fois.

On peut rapprocher des détails que donne Corneille sur les libraires

et leurs boutiques certains passages des auteurs de son temps. Par

exemple, dans l'avis du libraire au lecteur qui est en tête de

_Philine ou l'Amour contraire_, pastorale du sieur de la Morelle,

publiée en 1630, nous lisons ce qui suit: «S'il y falloit faire un

argument, il faudroit une main de papier entière; joint que la

principale raison pourquoi on n'en fait point, c'est le peu de

curiosité que beaucoup de personnes ont d'en acheter (_des pièces de

théâtre_), après que tout un matin ou une après-dînée ils en ont lu

l'argument sur la boutique d'un libraire, qui leur apprend pour rien

ce qu'ils ne sauroient que pour de l'argent. Chacun aime son profit,

ne t'en étonne pas. Adieu.»

Une vue de la Galerie du Palais, par Abraham Bosse, nous montre les

boutiques d'un libraire, d'un mercier, et d'une lingère. Le

dessinateur s'est complu à multiplier au devant de ces boutiques des

inscriptions par lesquelles il appelle sur lui-même l'attention du

lecteur et qui prouvent que les procédés actuels de la réclame ne sont

pas nouveaux. Le mercier, par exemple, tient un carton sur lequel ou

lit: _éventails de Bosse_, et le libraire est principalement fourni

des livres pour lesquels ce graveur a fait des frontispices. _La

Mariane_ de Tristan qui figure parmi ces ouvrages nous montre que

cette planche est, au plus tôt, de 1637. On lit au bas les vers

suivants qui expliquent et complètent certains passages de la comédie

de Corneille:

Tout ce que l'art humain a jamais inventé

Pour mieux charmer les sens par la galanterie,

Et tout ce qu'ont d'appas la grâce et la beauté

Se découvre à nos yeux dans cette galerie.

Ici les cavaliers les plus aventureux

En lisant les romans s'animent à combattre,

Et de leur passion les amants langoureux

Flattent les mouvements par des vers de théâtre.

Ici faisant semblant d'acheter devant tous

Des gants, des éventails, du ruban, des dentelles,

Les adroits courtisans se donnent rendez-vous,

Et pour se faire aimer galantisent les belles.

Ici quelque lingère, à faute de succès

A vendre abondamment, de colère se pique

Contre les chicaneurs, qui, parlant de procès,

Empêchent les chalands d'aborder sa boutique.

Dans ses _Épîtres_, publiées en 1637, Boisrobert nous montre les

libraires du Palais annonçant à haute voix leurs nouveautés:

Ce qui surtout blesse ma modestie,

Et qui ne peut souffrir de repartie,

C'est que mon nom retentira partout

Dans le Palais de l'un à l'autre bout.

Si je vais là parfois pour mes affaires,

Que deviendrai-je oyant trente libraires

Me clabauder et crier de concert:

«Deçà, messieurs, achetez Boisrobert[3]?»

Dans une _Réponse_ à une autre épître, Conrart complète ainsi ce

tableau[4]:

Fais venir dans ton cabinet

Courbé, Sommaville et Quinet[5],

Et sans barguigner leur délivre

Tes lettres pour en faire un livre,

Qu'ils clabauderont au Palais

Tous les jours au sortir des plaids.

En 1652, Berthod, dans sa _Ville de Paris en vers burlesques_, publiée

chez J. B. Loyson, donne une description de la Galerie du Palais trop

étendue pour que nous la reproduisions ici en entier, mais dont nous

croyons devoir extraire les passages suivants:

.... Les courretieres d'amours

Font mille tours de passe-passe.

Le mal s'y fait de bonne grâce:

Les plus sages y sont trompés.

J'en sais qui furent attrapés

Allant un jour, par raillerie,

Faire un tour de la Galerie

Du Palais, où l'on fait ces coups.

«Çà, Monseu, qu'achèterez-vous?

Dit une belle librairesse.

. . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . .

«Voulez-vous voir la Galatée[6],

La Niobé[7], la Pasithée[8],

_La Mort de César_[9], _Jodelet_[10],

Le _Cinna, le Maître valet_[11],

Tout le recueil des comédies?

Voici de belles tragédies

Qu'on a faites depuis deux jours.

. . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . .

J'ai tout Rablais[12] et l'Agrippa,

Il n'y manque pas un iota....

C'est pour porter à la pochette,

Mais je vous le vends en cachette.»

. . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . .

«Approchez-vous ici, Madame!

Là, voyez donc, venez, venez,

Voici ce qu'il vous faut, tenez!»

Dit un autre marchand, qui crie

Du milieu de la galerie:

«J'ai de beaux masques, de beaux glands,

De beaux mouchoirs, de beaux galands[13]:

Venez ici, Mademoiselle,

J'ai de bellissime dentelle,

Des points coupés[14] qui sont fort beaux,

De beaux étuis, de beaux ciseaux,

De la neige[15] des plus nouvelles;

J'ai des cravates des plus belles,

Un manchon, un bel éventail,

Des pendants d'oreilles d'émail,

Une coëffe de crapaudaille[16],

J'ai de beaux ouvrages de paille.»

. . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . .

Mais écoutons cette marchande:

«Monseu, j'ai de belle Hollande[17],

Des manchettes, de beaux rabats,

De beaux collets, de fort beaux bas.

Achetez-vous quelque chemise?

Voici de belle marchandise!

Venez, Monseu, venez à moi,

Vous aurez bon marché, ma foi!»

En 1663, Montfleury choisit la Galerie du Palais pour y placer son

_Impromptu de l'Hôtel de Condé_[18]. Au commencement de la pièce, de

Villiers et Beauchâteau rencontrent un de leurs amis, qui les arrête

en leur disant:

Qui vous mène au Palais?

BEAUCHATEAU.

Le seul dessein d'y faire

Emplette de ruban qui nous est nécessaire.

LÉANDRE.

Et vous en faut-il tant?

DE VILLIERS.

Comment s'il nous en faut?

Vous pouvez en juger: demain Monsieur Boursaut

Fait jouer sa réponse[19], et j'ai l'honneur d'y faire

Un marquis malaisé qui ne sauroit se taire.

Jugez après cela s'il nous faut des rubans.

Plus loin dans la même pièce se trouve une revue des auteurs du temps

fort analogue à celle de _la Galerie du Palais_. Elle se passe entre

Alis, marchande de livres, et un marquis, que nous n'aurions nulle

envie de quereller sur ses goûts, si au ridicule qu'on lui prête de

préférer Molière à Quinault, à Boursault, à Poisson et même à Boyer,

il ne joignait le tort, plus grave à nos yeux, de ranger aussi

Corneille au nombre de ceux qu'il dédaigne.

En 1682 les comédiens italiens donnèrent _Arlequin, lingère du

Palais_, où l'on trouve une scène qui a quelque ressemblance avec

celle de la dispute de la Lingère et du Mercier[20]. Ici c'est avec un

limonadier que la lingère a maille à partir. Arlequin joue à lui seul

les deux rôles, et vêtu tout à la fois en homme et en femme, il se

retourne avec une grande agilité pour représenter alternativement

chacun des deux personnages. Ce n'est pas le seul souvenir de

Corneille que renferme cette pièce; on y trouve une parodie de la

scène du _Cid_ où Rodrigue se présente chez Chimène[21]. Une note nous

apprend que dans ce morceau Arlequin s'appliquait à imiter le ton et

la démarche de la Champmeslé.

_La Galerie du Palais_, représentée en 1634, ne fut imprimée qu'en

1637, en vertu d'un privilége accordé, «le vingtvniesme iour de

Ianuier l'an de grace mil six cens trente sept,» à Augustin Courbé,

qui y associa François Targa. «Nostre bien amé Augustin Courbé,

Libraire à Paris, nous a fait remonstrer, dit ce privilége, qu'il a

recouuré un manuscrit contenant trois Comedies, sçavoir: _la Galerie

du Palais, ou l'Amie Riualle_, _la Place Royalle, ou l'Amoureux

Extrauagant_, et _la Suiuante_; et une Tragi-Comedie, intitulée _le

Cid_, composées par Monsieur Corneille.» La première de ces pièces

forme un volume in-4º, de 4 feuillets et 143 pages, dont le titre

exact est: LA GALERIE DV PALAIS OV L'AMIE RIVALLE, COMEDIE. _A Paris,

chez Augustin Courbé, Imprimeur et Libraire de Monseigneur frere du

Roy dans la petite Salle du Palais, à la Palme_, M.DC.XXXVII. _Auec

priuilege du Roy._

L'achevé d'imprimer est du 20 février. En 1644 Corneille a supprimé le

sous-titre de cet ouvrage.

FOOTNOTES:

[1] Voyez plus bas, p. 10.

[2] Voyez plus bas, p. 14.

[3] _Épître en forme de préface_, p. 4.

[4] Page 197.

[5] Ce sont les noms de trois libraires du Palais.

[6] Nous ne connaissons sous ce titre que _la Galatée divinement

délivrée_, pastourelle en cinq actes, de Jacques de Fonteny, qui

se trouve dans un volume intitulé _les Ressentiments de Jacques

de Fonteny pour sa Céleste_, 1587; mais il est peu probable que

Berthod ait en vue un ouvrage aussi ancien.

[7] Tragédie, par Frénicle, 1632.

[8] Tragi-comédie, par Pierre de Troterel, sr d'Aves, 1624.

[9] Tragédie par Scudéry, 1636.

[10] _Jodelet, astrologue_, comédie, par Antoine le Métel, sieur

d'Ouville, 1646.

[11] _Jodelet ou le maître valet_, comédie, par Scarron, 1645.

[12] Les inscriptions qui, dans la planche de Bosse, surmontent

la boutique du libraire, portent entre autres titres ceux de

quelques ouvrages fort libres, qui pouvaient bien se vendre au

Palais, mais à coup sûr ne s'y affichaient pas.

[13] Noeuds de rubans.

[14] On lit dans le _Dictionnaire universel_ de Furetière de

1690: «_Point coupé_ étoit autrefois une dentelle à jour qu'on

faisoit en collant du filet sur du quintin, et puis en perçant et

emportant la toile qui étoit entre deux.» Il n'est peut-être pas

inutile d'ajouter que le même lexicographe définit ainsi le

_quintin_: «Toile fort fine et fort claire, dont on fait des

collets et des manchettes.»

[15] «Sorte de dentelle dont on portoit il y a neuf ou dix ans.»

(_Dictionnaire de Richelet_, 1680.)

[16] Crépon, laine légère.

[17] Toile de Hollande.

[18] _L'Impromptu de l'Hôtel de Condé_ est une réponse

d'Antoine-Jacob Montfleury à _l'Impromptu de Versailles_, où son

père et les principaux comédiens de l'Hôtel de Bourgogne avaient

été parodiés par Molière.

[19] _Le Portrait du peintre ou la critique de l'École des

Femmes._

[20] Voyez la scène XII du IVe acte de _la Galerie du Palais_.

[21] Acte III, scène IV.

A MADAME DE LIANCOUR[22].

MADAME,

Je vous demande pardon si je vous fais un mauvais présent; non pas que

j'aye si mauvaise opinion de cette pièce, que je veuille condamner les

applaudissements qu'elle a reçus, mais parce que je ne croirai jamais

qu'un ouvrage de cette nature soit digne de vous être présenté. Aussi

vous supplierai-je très-humblement de ne prendre pas tant garde à la

qualité de la chose, qu'au pouvoir de celui dont elle part: c'est tout

ce que vous peut offrir un homme de ma sorte; et Dieu ne m'ayant pas

fait naître assez considérable pour être utile à votre service, je me

tiendrai trop récompensé d'ailleurs si je puis contribuer en quelque

façon à vos divertissements. De six comédies qui me sont

échappées[23], si celle-ci n'est la meilleure, c'est la plus heureuse,

et toutefois la plus malheureuse en ce point, que n'ayant pas eu

l'honneur d'être vue de vous, il lui manque votre approbation, sans

laquelle sa gloire est encore douteuse, et n'ose s'assurer sur les

acclamations publiques. Elle vous la vient demander, Madame, avec

cette protection qu'autrefois _Mélite_ a trouvée si favorable.

J'espère que votre bonté ne lui refusera pas l'une et l'autre, ou que

si vous désapprouvez sa conduite, du moins vous agréerez mon zèle, et

me permettrez de me dire toute ma vie,

MADAME,

Votre très-humble, très-obéissant,

et très-obligé serviteur,

CORNEILLE.

FOOTNOTES:

[22] Voyez, dans le tome I, la note de la p. 134. Cette épître

dédicatoire se trouve dans les éditions de 1637-1657.

[23] _Mélite, la Veuve, la Galerie du Palais, la Suivante, la

Place Royale_ et _l'Illusion comique_. En 1637, au moment où

Corneille écrivait cette dédicace, il avait en outre fait

_Clitandre_ et _le Cid_, mais c'étaient des _tragi-comédies_.

EXAMEN.

Ce titre[24] seroit tout à fait irrégulier, puisqu'il n'est, fondé que

sur le spectacle du premier acte, où commence l'amour de Dorimant pour

Hippolyte, s'il n'étoit autorisé par l'exemple des anciens, qui

étoient sans doute encore bien plus licencieux, quand ils ne donnoient

à leurs tragédies que le nom des choeurs, qui n'étoient que témoins de

l'action, comme _les Trachiniennes_[25] et _les Phéniciennes_[26].

L'_Ajax_[27] même de Sophocle ne porte pas pour titre _la Mort

d'Ajax_, qui est sa principale action, mais _Ajax porte-fouet_, qui

n'est que l'action du premier acte[28]. Je ne parle point des _Nues_,

des _Guêpes_ et des _Grenouilles_ d'Aristophane; ceci doit suffire

pour montrer que les Grecs, nos premiers maîtres, ne s'attachoient

point à la principale action pour en faire porter le nom à leurs

ouvrages, et qu'ils ne gardoient aucune règle sur cet article. J'ai

donc pris ce titre de _la Galerie du Palais_, parce que la promesse de

ce spectacle extraordinaire, et agréable pour sa naïveté, devoit

exciter vraisemblablement la curiosité des auditeurs; et ç'a été pour

leur plaire plus d'une fois, que j'ai fait paroître ce même spectacle

à la fin du quatrième acte, où il est entièrement inutile, et n'est

renoué avec celui du premier que par des valets[29] qui viennent

prendre dans les boutiques ce que leurs maîtres y avoient acheté, ou

voir si les marchands ont reçu les nippes qu'ils attendoient. Cette

espèce de renouement lui étoit nécessaire, afin qu'il eût quelque

liaison qui lui fît trouver sa place, et qu'il ne fût pas tout à fait

hors d'oeuvre. La rencontre que j'y fais faire d'Aronte[30] et de

Florice est ce qui le fixe particulièrement en ce lieu-là; et sans cet

incident, il eût été aussi propre à la fin du second et du

troisième[31], qu'en la place qu'il occupe. Sans cet agrément, la

pièce auroit été très-régulière pour l'unité du lieu[32] et la liaison

des scènes, qui n'est interrompue que par là. Célidée et Hippolyte

sont deux voisines dont les demeures ne sont séparées que par le

travers d'une rue, et ne sont pas d'une condition trop élevée pour

souffrir que leurs amants les entretiennent à leur porte. Il est vrai

que ce qu'elles y disent seroit mieux dit dans une chambre ou dans une

salle, et même ce n'est[33] que pour se faire voir aux spectateurs

qu'elles quittent cette porte où elles devroient être retranchées, et

viennent parler au milieu de la scène; mais c'est un accommodement de

théâtre qu'il faut souffrir pour trouver cette rigoureuse unité de

lieu qu'exigent les grands réguliers. Il sort un peu de l'exacte

vraisemblance et de la bienséance même; mais il est presque impossible

d'en user autrement; et les[34] spectateurs y sont si accoutumés,

qu'ils n'y trouvent rien qui les blesse. Les anciens, sur les exemples

desquels on a formé les règles, se donnoient cette liberté. Ils

choisissoient pour le lieu de leurs comédies, et même de leurs

tragédies, une place publique; mais je m'assure qu'à les bien

examiner, il y a plus de la moitié de ce qu'ils font dire qui seroit

mieux dit dans la maison qu'en cette place. Je n'en produirai qu'un

exemple, sur qui le lecteur en pourra trouver d'autres.

_L'Andrienne_ de Térence commence par le vieillard Simon, qui revient

du marché avec des valets chargés de ce qu'il vient d'acheter pour les

noces de son fils; il leur commande d'entrer dans sa maison avec leur

charge, et retient avec lui Sosie, pour lui apprendre que ces noces ne

sont que des noces feintes, à dessein de voir ce qu'en dira son fils,

qu'il croit engagé dans une autre affection, dont il lui conte

l'histoire. Je ne pense pas qu'aucun me dénie qu'il seroit mieux dans

sa salle à lui faire confidence de ce secret que dans une rue. Dans la

seconde scène, il menace Davus de le maltraiter, s'il fait aucune

fourbe pour troubler ces noces: il le menaceroit plus à propos dans sa

maison qu'en public; et la seule raison qui le fait parler devant son

logis, c'est afin que ce Davus, demeuré seul, puisse voir Mysis sortir

de chez Glycère, et qu'il se fasse une liaison d'oeil entre ces deux

scènes; ce qui ne regarde pas l'action présente de cette première, qui

se passeroit mieux dans la maison, mais une action future qu'ils ne

prévoient point, et qui est plutôt du dessein du poëte, qui force un

peu la vraisemblance pour observer les règles de son art, que du choix

des acteurs qui ont à parler, qui ne seroient pas où les met le poëte,

s'il n'étoit question que de dire ce qu'il leur fait dire. Je laisse

aux curieux à examiner le reste de cette comédie de Térence; et je

veux croire qu'à moins que d'avoir l'esprit fort préoccupé d'un

sentiment contraire, ils demeureront d'accord de ce que je dis.

Quant à la durée de cette pièce, elle est dans le même ordre que la

précédente, c'est-à-dire dans cinq jours consécutifs. Le style en est

plus fort et plus dégagé des pointes dont j'ai parlé[35], qui s'y

trouveront assez rares. Le personnage de nourrice, qui est de la

vieille comédie, et que le manque d'actrices sur nos théâtres y avoit

conservé jusqu'alors, afin qu'un homme le pût représenter sous le

masque, se trouve ici métamorphosé en celui de suivante, qu'une femme

représente sur son visage. Le caractère des deux amantes a quelque

chose de choquant, en ce qu'elles sont toutes deux amoureuses d'hommes

qui ne le sont point d'elles, et Célidée particulièrement s'emporte

jusqu'à s'offrir elle-même. On la pourroit excuser sur le violent

dépit qu'elle a de s'être vue méprisée par son amant, qui en sa

présence même a conté des fleurettes à une autre; et j'aurois de plus

à dire que nous ne mettons pas sur la scène des personnages si

parfaits, qu'ils ne soient sujets à des défauts et aux foiblesses

qu'impriment les passions; mais je veux bien avouer que cela va trop

avant, et passe trop la bienséance et la modestie du sexe, bien

qu'absolument il ne soit pas condamnable. En récompense, le cinquième

acte est moins traînant que celui des précédentes, et conclut deux

mariages sans laisser aucun mécontent; ce qui n'arrive pas dans

celles-là.

FOOTNOTES:

[24] Il faut se rappeler qu'on lit en tête des examens du premier

volume de l'édition de 1682: _Examen des poëmes contenus en cette

première partie_, et en tête de chacun le titre de la pièce

seulement; ici par exemple: _La Galerie du Palais_. Voyez tome I,

p. 137, note 1.

[25] Ce titre, choisi par Sophocle, fait seulement connaître que

la scène est à Trachine, au pied du mont Oeta, mais il n'indique

en aucune manière que la pièce a pour sujet la mort d'Hercule.

[26] Ces Phéniciennes sont des jeunes filles venues de Tyr à

Thèbes. Au moment où elles vont pour se rendre de cette dernière

ville à Delphes afin d'y être consacrées au culte d'Apollon,

elles sont retenues par l'arrivée de l'armée que Polynice fait

avancer contre Étéocle, et assistent ainsi malgré elles à la

lutte des deux frères.

[27] VAR. (édit. de 1660): Ajax (_au lieu de_ l'Ajax).

[28] Nous savons par l'argument grec de cette tragédie que

d'abord elle était simplement intitulée _Ajax_ et que Dicéarque

l'appelait _la Mort d'Ajax_. L'époque où l'on a jugé à propos

d'ajouter au nom d'Ajax l'épithète de _porte-fouet_, sans doute

pour distinguer cette pièce d'un autre _Ajax_, dit _le Locrien_,

du même poëte, est tout à fait incertaine; cette désignation est

tirée de la scène où Ajax, transporté de fureur, frappe de vils

animaux en croyant se venger d'Ulysse.

[29] VAR. (édit. de 1660): et n'est que renoué avec celui du

premier par des valets.

[30] VAR. (édit. de 1660): La rencontre que j'y fais d'Aronte.

[31] VAR. (édit. de 1660-1668): ou du troisième.

[32] VAR. (édit. de 1660-1668): de lieu.

[33] VAR. (édit. de 1660 et 1663): ou dans une salle. Ce

n'est....

[34] VAR. (édit. de 1660): _ces_, qui est très-vraisemblablement

une faute d'impression.

[35] Dans les Examens de _Clitandre_ et de _la Veuve_, tome I, p.

270 et 397.

ACTEURS.

PLEIRANTE, père de Célidée.

LYSANDRE, amant de Célidée.

DORIMANT, amoureux d'Hippolyte.

CHRYSANTE, mère d'Hippolyte.

CÉLIDÉE, fille de Pleirante[36].

HIPPOLYTE, fille de Chrysante[37].

ARONTE, écuyer de Lysandre.

CLÉANTE, écuyer de Dorimant.

FLORICE, suivante d'Hippolyte.

Le LIBRAIRE du Palais.

Le MERCIER du Palais.

La LINGÈRE du Palais.

La scène est à Paris.

LA

GALERIE DU PALAIS.

COMÉDIE.

ACTE I.

SCÈNE PREMIÈRE.

ARONTE, FLORICE.

ARONTE.

Enfin je ne le puis: que veux-tu que j'y fasse[38]?

Pour tout autre sujet mon maître n'est que glace;

Elle est trop dans son coeur; on ne l'en peut chasser,

Et c'est folie à nous que de plus y penser.

J'ai beau devant les yeux lui remettre Hippolyte, 5

Parler de ses attraits, élever son mérite,

Sa grâce, son esprit, sa naissance, son bien;

Je n'avance non plus qu'à ne lui dire rien[39]:

L'amour, dont malgré moi son âme est possédée,

Fait qu'il en voit autant, ou plus, en Célidée. 10

FLORICE.

Ne quittons pas pourtant: à la longue on fait tout.

La gloire suit la peine: espérons jusqu'au bout.

Je veux que Célidée ait charmé son courage,

L'amour le plus parfait n'est pas un mariage;

Fort souvent moins que rien cause un grand changement,

Et les occasions naissent en un moment.

ARONTE.

Je les prendrai toujours quand je les verrai naître.

FLORICE.

Hippolyte, en ce cas, saura le reconnoître[40].

ARONTE.

Tout ce que j'en prétends, c'est un entier secret[41].

Adieu: je vais trouver Célidée à regret. 20

FLORICE.

De la part de ton maître?

ARONTE.

Oui.

FLORICE.

Si j'ai bonne vue,

La voilà que son père amène vers la rue.

Tirons-nous à quartier; nous jouerons mieux nos jeux[42],

S'ils n'aperçoivent point que nous parlions nous deux.

SCÈNE II.

PLEIRANTE, CÉLIDÉE.

PLEIRANTE.

Ne pense plus, ma fille, à me cacher ta flamme; 25

N'en conçois point de honte, et n'en crains point de blâme:

Le sujet qui l'allume a des perfections

Dignes de posséder tes inclinations;

Et pour mieux te montrer le fond de mon courage,

J'aime autant son esprit que tu fais son visage. 30

Confesse donc, ma fille, et crois qu'un si beau feu

Veut être mieux traité que par un désaveu.

CÉLIDÉE.

Monsieur, il est tout vrai, son ardeur légitime

A tant gagné sur moi que j'en fais de l'estime:

J'honore son mérite, et n'ai pu m'empêcher 35

De prendre du plaisir à m'en voir rechercher;

J'aime son entretien, je chéris sa présence;

Mais cela n'est enfin qu'un peu de complaisance[43],

Qu'un mouvement léger qui passe en moins d'un jour.

Vos seuls commandements produiront mon amour, 40

Et votre volonté, de la mienne suivie....

PLEIRANTE.

Favorisant ses voeux, seconde ton envie.

Aime, aime ton Lysandre; et puisque je consens

Et que je t'autorise à ces feux innocents,

Donne-lui hardiment une entière assurance 45

Qu'un mariage heureux suivra son espérance:

Engage-lui ta foi. Mais j'aperçois venir

Quelqu'un qui de sa part te vient entretenir.

Ma fille, adieu: les yeux d'un homme de mon âge

Peut-être empêcheroient la moitié du message. 50

CÉLIDÉE.

Il ne vient rien de lui qu'il faille vous celer.

PLEIRANTE.

Mais tu seras sans moi plus libre à lui parler;

Et ta civilité, sans doute un peu forcée,

Me fait un compliment qui trahit ta pensée.

SCÈNE III.

CÉLIDÉE, ARONTE.

CÉLIDÉE.

Que fait ton maître, Aronte?

ARONTE.

Il m'envoie aujourd'hui 55

Voir ce que sa maîtresse a résolu de lui,

Et comment vous voulez qu'il passe la journée.

CÉLIDÉE.

Je serai chez Daphnis toute l'après-dînée,

Et s'il m'aime, je crois que nous l'y pourrons voir.

Autrement....

ARONTE.

Ne pensez qu'à l'y bien recevoir. 60

CÉLIDÉE.

S'il y manque, il verra sa paresse punie.

Nous y devons dîner fort bonne compagnie:

J'y mène, du quartier, Hippolyte et Cloris.

ARONTE.

Après elles et vous il n'est rien dans Paris[44],

Et je n'en sache point, pour belles qu'on les nomme, 65

Qui puissent attirer les yeux d'un honnête homme.

CÉLIDÉE.

Je ne suis pas d'humeur bien propre à t'écouter,

Et ne prends pas plaisir à m'entendre flatter[45].

Sans que ton bel esprit tâche plus d'y paroître,

Mêle-toi de porter ma réponse à ton maître[46]. 70

ARONTE, seul.

Quelle superbe humeur! quel arrogant maintien!

Si mon maître me croit, vous ne tenez plus rien;

Il changera d'objet, ou j'y perdrai ma peine:

Aussi bien son amour ne vous rend que trop vaine[47].

SCÈNE IV.

LA LINGÈRE, LE LIBRAIRE[48].

(On tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le

Mercier, chacun dans sa boutique[49].)

LA LINGÈRE.

Vous avez fort la presse à ce livre nouveau; 75

C'est pour vous faire riche.

LE LIBRAIRE.

On le trouve si beau[50],

Que c'est pour mon profit le meilleur qui se voie.

Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie[51]!

LA LINGÈRE.

De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu,

A présent Dieu nous aime, on y court comme au feu; 80

Je n'en saurois fournir autant qu'on m'en demande:

Elle sied mieux aussi que celle de Hollande,

Découvre moins le fard dont un visage est peint,

Et donne, ce me semble, un plus grand lustre au teint[52].

Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique, 85

Pour être trop étroite, empêche ma pratique;

A peine y puis-je avoir deux chalands à la fois:

Je veux changer de place avant qu'il soit un mois;

J'aime mieux en payer le double et davantage,

Et voir ma marchandise en un bel-étalage[53]. 90

LE LIBRAIRE.

Vous avez bien raison; mais à ce que j'entends....

Monsieur, vous plaît-il voir quelques livres du temps?

SCÈNE V.

DORIMANT, CLÉANTE, LE LIBRAIRE.

DORIMANT.

Montrez-m'en quelques-uns.

LE LIBRAIRE.

Voici ceux de la mode.

DORIMANT.

Otez-moi cet auteur, son nom seul m'incommode;

C'est un impertinent, ou je n'y connois rien. 95

LE LIBRAIRE.

Ses oeuvres toutefois se vendent assez bien.

DORIMANT.

Quantité d'ignorants ne songent qu'à la rime.

LE LIBRAIRE.

Monsieur, en voici deux dont on fait grande estime:

Considérez ce trait, on le trouve divin.

DORIMANT.

Il n'est que mal traduit du cavalier Marin[54]; 100

Sa veine, au demeurant, me semble assez hardie.

LE LIBRAIRE.

Ce fut son coup d'essai que cette comédie.

DORIMANT.

Cela n'est pas tant mal pour un commencement;

La plupart de ses vers coulent fort doucement:

Qu'il a de mignardise à décrire un visage! 105

SCÈNE VI.

HIPPOLYTE, FLORICE, DORIMANT, CLÉANTE, LE LIBRAIRE, LA LINGÈRE.

HIPPOLYTE[55].

Madame, montrez-nous quelques collets d'ouvrage[56].

LA LINGÈRE.

Je vous en vais montrer de toutes les façons.

DORIMANT, au Libraire[57].

Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons[58].

LA LINGÈRE, à Hippolyte[59].

Voilà du point d'esprit[60], de Gênes, et d'Espagne.

HIPPOLYTE.

Ceci n'est guère bon qu'à des gens de campagne. 110

LA LINGÈRE.

Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris[61]....

HIPPOLYTE.

Ne les vantez point tant, et dites-nous le prix.

LA LINGÈRE.

Quand vous aurez choisi.

HIPPOLYTE.

Que t'en semble, Florice?

FLORICE.

Ceux-là sont assez beaux, mais de mauvais service;

En moins de trois savons on ne les connoît plus. 115

HIPPOLYTE[62].

Celui-ci, qu'en dis-tu[63]?

FLORICE.

L'ouvrage en est confus,

Bien que l'invention de près soit assez belle.

Voici bien votre fait, n'étoit que la dentelle[64]

Est fort mal assortie avec le passement;

Cet autre n'a de beau que le couronnement. 120

LA LINGÈRE.

Si vous pouviez avoir deux jours de patience[65],

Il m'en vient, mais qui sont dans la même excellence.

(Dorimant parle au Libraire à l'oreille[66].)

FLORICE.

Il vaudroit mieux attendre.

HIPPOLYTE.

Eh bien! nous attendrons;

Dites-nous au plus tard quel jour nous reviendrons.

LA LINGÈRE.

Mercredi j'en attends de certaines nouvelles. 125

Cependant vous faut-il quelques autres dentelles?

HIPPOLYTE.

J'en ai ce qu'il m'en faut pour ma provision.

LE LIBRAIRE, à Dorimant[67].

J'en vais subtilement prendre l'occasion.

La connois-tu, voisine?

LA LINGÈRE.

Oui, quelque peu de vue:

Quant au reste, elle m'est tout à fait inconnue. 130

(Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre, et lui parle à

l'oreille[68].)

Ce cavalier sans doute y trouve plus d'appas

Que dans tous vos auteurs?

CLÉANTE[69].

Je n'y manquerai pas.

DORIMANT[70].

Si tu ne me vois là, je serai dans la salle[71].

(Il prend un livre sur la boutique du Libraire[72].)

Je connois celui-ci; sa veine est fort égale;

Il ne fait point de vers qu'on ne trouve charmants. 135

Mais on ne parle plus qu'on fasse de romans;

J'ai vu que notre peuple en étoit idolâtre.

LE LIBRAIRE.

La mode est à présent des pièces de théâtre.

DORIMANT.

De vrai, chacun s'en pique; et tel y met la main,

Qui n'eut jamais l'esprit d'ajuster un quatrain. 140

SCÈNE VII.

LYSANDRE, DORIMANT, LE LIBRAIRE, LE MERCIER.

LYSANDRE.

Je te prends sur le livre.

DORIMANT.

Eh bien! qu'en veux-tu dire?

Tant d'excellents esprits, qui se mêlent d'écrire,

Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir.

LYSANDRE.

Y trouves-tu toujours une heure de plaisir?

Beaucoup font bien des vers, et peu la comédie[73]. 145

DORIMANT.

Ton goût, je m'en assure, est pour la Normandie[74]?

LYSANDRE.

Sans rien spécifier, peu méritent de voir[75];

Souvent leur entreprise excède leur pouvoir[76],

Et tel parle d'amour sans aucune pratique.

DORIMANT.

On n'y sait guère alors que la vieille rubrique: 150

Faute de le connoître, on l'habille en fureur;

Et loin d'en faire envie, on nous en fait horreur.

Lui seul de ses effets a droit de nous instruire;

Notre plume à lui seul doit se laisser conduire:

Pour en bien discourir, il faut l'avoir bien fait; 155

Un bon poëte ne vient que d'un amant parfait.

LYSANDRE.

Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses

Que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.

Tant de sorte[77] d'appas, de doux saisissements,

D'agréables langueurs et de ravissements, 160

Jusques où d'un bel oeil peut s'étendre l'empire,

Et mille autres secrets que l'on ne sauroit dire

(Quoi que tous nos rimeurs en mettent par écrit),

Ne se surent jamais par un effort d'esprit;

Et je n'ai jamais vu de cervelles bien faites 165

Qui traitassent l'amour à la façon des poëtes.

C'est tout un autre jeu. Le style d'un sonnet

Est fort extravagant dedans un cabinet;

Il y faut bien louer la beauté qu'on adore,

Sans mépriser Vénus, sans médire de Flore, 170

Sans que l'éclat des lis, des roses, d'un beau jour,

Ait rien à démêler avecque notre amour.

O pauvre comédie, objet de tant de veines,

Si tu n'es qu'un portrait des actions humaines,

On te tire souvent sur un original 175

A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal!

DORIMANT.

Laissons la muse en paix, de grâce, à la pareille[78].

Chacun fait ce qu'il peut, et ce n'est pas merveille

Si, comme avec bon droit on perd bien un procès,

Souvent un bon ouvrage a de foibles succès. 180

Le jugement de l'homme ou plutôt son caprice

Pour quantité d'esprits n'a que de l'injustice.

J'en admire beaucoup dont on fait peu d'état;

Leurs fautes, tout au pis, ne sont pas coups d'État:

La plus grande est toujours de peu de conséquence. 185

LE LIBRAIRE.

Vous plairoit-il de voir des pièces d'éloquence[79]?

LYSANDRE, ayant regardé le titre d'un livre que le Libraire lui

présente[80].

J'en lus hier la moitié; mais son vol est si haut,

Que presque à tous moments je me trouve en défaut.

DORIMANT.

Voici quelques auteurs dont j'aime l'industrie.

Mettez ces trois à part, mon maître, je vous prie; 190

Tantôt un de mes gens vous les[81] viendra payer.

LYSANDRE, se retirant d'auprès les boutiques[82].

Le reste du matin, où veux-tu l'employer?

LE MERCIER.

Voyez deçà, messieurs; vous plaît-il rien du nôtre?

Voyez, je vous ferai meilleur marché qu'un autre,

Des gants, des baudriers, des rubans, des castors. 195

SCÈNE VIII.

DORIMANT, LYSANDRE.

DORIMANT.

Je ne saurois encor te suivre, si tu sors:

Faisons un tour de salle, attendant mon Cléante.

LYSANDRE.

Qui te retient ici?

DORIMANT.

L'histoire en est plaisante:

Tantôt, comme j'étois sur le livre occupé[83],

Tout proche on est venu choisir du point coupé[84]. 200

LYSANDRE.

Qui?

DORIMANT.

C'est la question; mais il faut s'en remettre[85]

A ce qu'à mes regards sa coiffe a pu permettre[86].

Je n'ai rien vu d'égal: mon Cléante la suit,

Et ne reviendra point qu'il n'en soit bien instruit[87],

Qu'il n'en sache le nom, le rang et la demeure. 205

LYSANDRE.

Ami, le coeur t'en dit.

DORIMANT.

Nullement, ou je meure;

Voyant je ne sais quoi de rare en sa beauté,

J'ai voulu contenter ma curiosité.

LYSANDRE.

Ta curiosité deviendra bientôt flamme:

C'est par là que l'amour se glisse dans une âme. 210

A la première vue, un objet qui nous plaît[88]

N'inspire qu'un desir de savoir quel il est[89];

On en veut aussitôt apprendre davantage[90],

Voir si son entretien répond à son visage,

S'il est civil ou rude, importun ou charmeur, 215

Éprouver son esprit, connoître son humeur:

De là cet examen se tourne en complaisance;

On cherche si souvent le bien de sa présence,

Qu'on en fait habitude, et qu'au point d'en sortir

Quelque regret commence à se faire sentir: 220

On revient tout rêveur; et notre âme blessée,

Sans prendre garde à rien, cajole sa pensée.

Ayant rêvé le jour, la nuit à tous propos

On sent je ne sais quoi qui trouble le repos[91];

Un sommeil inquiet, sur de confus nuages 225

Élève incessamment de flatteuses images,

Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits

Que le réveil admire et ne dédit jamais:

Tout le coeur court en hâte après de si doux guides;

Et le moindre larcin que font ses voeux timides 230

Arrête le larron et le met dans les fers.

DORIMANT.

Ainsi tu fus épris de celle que tu sers?

LYSANDRE.

C'est un autre discours; à présent je ne touche

Qu'aux ruses de l'amour contre un esprit farouche,

Qu'il faut apprivoiser presque insensiblement[92], 235

Et contre ses froideurs combattre finement.

Des naturels plus doux....

SCÈNE IX.

DORIMANT, LYSANDRE, CLÉANTE.

DORIMANT.

Eh bien! elle s'appelle?

CLÉANTE.

Ne m'informez de rien[93] qui touche cette belle.

Trois filous rencontrés vers le milieu du pont[94]

Chacun l'épée au poing, m'ont voulu faire affront, 240

Et sans quelques amis qui m'ont tiré de peine,

Contre eux ma résistance eût peut-être été vaine.

Ils ont tourné le dos, me voyant secouru;

Mais ce que je suivois tandis est disparu.

DORIMANT.

Les traîtres! trois contre un! t'attaquer! te surprendre!

Quels insolents vers moi s'osent ainsi méprendre[95]?

CLÉANTE.

Je ne connois qu'un d'eux, et c'est là le retour

De quelques tours de main qu'il reçut l'autre jour[96],

Lorsque, m'ayant tenu quelques propos d'ivrogne,

Nous eûmes prise ensemble à l'hôtel de Bourgogne[97]. 250

DORIMANT.

Qu'on le trouve où qu'il soit; qu'une grêle de bois

Assemble sur lui seul le châtiment des trois;

Et que sous l'étrivière il puisse tôt connoître[98],

Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître!

LYSANDRE.

J'aime à te voir ainsi décharger ton courroux; 255

Mais voudrois-tu parler franchement entre nous?

DORIMANT.

Quoi! tu doutes encor de ma juste colère?

LYSANDRE.

En ce qui le regarde, elle n'est que légère:

En vain pour son sujet tu fais l'intéressé,

Il a paré des coups dont ton coeur est blessé. 260

Cet accident fâcheux te vole une maîtresse:

Confesse ingénument, c'est là ce qui te presse.

DORIMANT.

Pourquoi te confesser ce que tu vois assez?

Au point de se former, mes desseins renversés,

Et mon desir trompé, poussent dans ces contraintes, 265

Sous de faux mouvements, de véritables plaintes.

LYSANDRE.

Ce desir, à vrai dire, est un amour naissant

Qui ne sait où se prendre, et demeure impuissant;

Il s'égare et se perd dans cette incertitude;

Et renaissant toujours de ton inquiétude, 270

Il te montre un objet d'autant plus souhaité,

Que plus sa connoissance a de difficulté.

C'est par là que ton feu davantage s'allume:

Moins on l'a pu connoître, et plus on en présume[99];

Notre ardeur curieuse en augmente le prix. 275

DORIMANT.

Que tu sais, cher ami, lire dans les esprits!

Et que pour bien juger d'une secrète flamme,

Tu pénètres avant dans les ressorts d'une âme!

LYSANDRE.

Ce n'est pas encor tout, je veux te secourir[100].

DORIMANT.

Oh! que je ne suis pas en état de guérir! 280

L'amour use sur moi de trop de tyrannie.

LYSANDRE.

Souffre que je te mène en une compagnie

Où l'objet de mes voeux m'a donné rendez-vous;

Les divertissements t'y sembleront si doux,

Ton âme en un moment en sera si charmée, 285

Que, tous ses déplaisirs dissipés en fumée,

On gagnera sur toi fort aisément ce point

D'oublier un objet que tu ne connois point[101].

Mais garde-toi surtout d'une jeune voisine

Que ma maîtresse y mène; elle est et belle et fine, 290

Et sait si dextrement ménager ses attraits,

Qu'il n'est pas bien aisé d'en éviter les traits.

DORIMANT.

Au hasard, fais de moi tout ce que bon te semble.

LYSANDRE.

Donc, en attendant l'heure, allons dîner ensemble.

SCÈNE X.

HIPPOLYTE, FLORICE.

HIPPOLYTE.

Tu me railles toujours.

FLORICE.

S'il ne vous veut du bien, 295

Dites assurément que je n'y connois rien.

Je le considérois tantôt chez ce libraire;

Ses regards de sur vous ne pouvoient se distraire,

Et son maintien étoit dans une émotion

Qui m'instruisoit assez de son affection. 300

Il vouloit vous parler, et n'osoit l'entreprendre.

HIPPOLYTE.

Toi, ne me parle point, ou parle de Lysandre.

C'est le seul dont la vue excita mon ardeur.

FLORICE.

Et le seul qui pour vous n'a que de la froideur.

Célidée est son âme, et tout autre visage 305

N'a point d'assez beaux traits pour toucher son courage;

Son brasier est trop grand, rien ne peut l'amortir.

En vain son écuyer tâche à l'en divertir,

En vain, jusques aux cieux portant votre louange,

Il tâche à lui jeter quelque amorce du change[102], 310

Et lui dit jusque-là que dans votre entretien

Vous témoignez souvent de lui vouloir du bien:

Tout cela n'est qu'autant de paroles perdues.

HIPPOLYTE.

Faute d'être sans doute assez bien entendues[103]!

FLORICE.

Ne le présumez pas, il faut avoir recours 315

A de plus hauts secrets qu'à ces foibles discours.

Je fus fine autrefois, et depuis mon veuvage

Ma ruse chaque jour s'est accrue avec l'âge;

Je me connois en monde, et sais mille ressorts

Pour débaucher une âme et brouiller des accords. 320

HIPPOLYTE.

Dis promptement, de grâce[104].

FLORICE.

A présent l'heure presse,

Et je ne vous saurois donner qu'un mot d'adresse:

Cette voisine et vous.... Mais déjà la voici.

SCÈNE XI.

CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.

CÉLIDÉE.

A force de tarder, tu m'as mise en souci:

Il est temps, et Daphnis par un page me mande 325

Que pour faire servir on n'attend que ma bande;

Le carrosse est tout prêt: allons, veux-tu venir?

HIPPOLYTE.

Lysandre après dîner t'y vient entretenir?

CÉLIDÉE.

S'il osoit y manquer, je te donne promesse

Qu'il pourroit bien ailleurs chercher une maîtresse. 330

FIN DU PREMIER ACTE.

FOOTNOTES:

[36] VAR. (édit. de 1648): fille de Pleirante et maîtresse de

Lysandre.

[37] VAR. (édit. de 1648): fille de Chrysante, aimée de Dorimant

et amoureuse de Lysandre.

[38] _Var._ Mais puisque je ne peux, que veux-tu que j'y fasse?

(1637)

[39] _Var._ Je n'avance non plus qu'en ne lui disant rien.

(1637-57)

[40] _Var._ Hippolyte, en ce cas, le saura reconnoître. (1637-57)

[41] _Var._ Tout ce que j'en prétends n'est qu'un entier secret.

(1637-64)

[42] _Var._ Aronte, éloigne-toi, nous jouerons mieux nos jeux,

S'ils ne se doutent point que nous parlions nous deux. (1637-57)

[43] _Var._ Mais cela n'est aussi qu'un peu de complaisance.

(1637-57)

[44] _Var._ Elles et vous dehors, il n'est rien dans Paris.

(1637-57)

[45] _Var._ Je veux des gens mieux faits que toi pour me flatter.

(1637-57)

[46] _Var._ Mêle-toi de porter mon message à ton maître.

(1637-60)

[47] _Var._ Son amour aussi bien ne vous rend que trop vaine.

(1637-57)

[48] _Var._ LE LIBRAIRE DU PALAIS. (1637)

[49] Ces deux lignes manquent dans les éditions de 1637-57; dans

l'édition de 1663 il y a _leur boutique_, pour _sa boutique_;

celle de 1664 a la variante que voici: _la Lingère tire un

rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le Mercier,

chacun dans leur boutique._

[50] _Var._ On le trouve assez beau,

Et c'est pour mon profit le meilleur qui se voie. (1637-57)

[51] «_Toile de soie_ est une toile très-claire, faite de soie,

dont elles (_les dames_) se font des mouchoirs de cou qui

n'empêchent point qu'on ne voie leur gorge à travers.»

(_Dictionnaire de Furetière_, 1690.)

[52] _Var._ Et moins blanche, elle donne un plus grand lustre au

teint. (1637-57)

[53] _Var._ Et voir ma marchandise en plus bel étalage. (1637-68)

[54] Jean-Baptiste Marino, né à Naples le 18 octobre 1569 et mort

dans la même ville le 21 mai 1625, est aussi célèbre par

l'ingénieuse élégance que par la mollesse et la fadeur de son

style, désigné par ses compatriotes mêmes sous le nom de

_marinesco_. Appelé en France par Marie de Médicis, il dédia, en

1623, à Louis XIII, alors âgé de vingt-deux ans, son poëme

d'_Adonis_.--Il est fort difficile de savoir lequel de ses

contemporains Corneille a en vue ici. On serait tenté de croire

qu'il s'agit de Scudéry, car on lit dans la _Lettre du

désintéressé au sieur Mairet_ (p. 4): «Je ne blâme pas Monsieur

de Scudéry de savoir si bien son cavalier Marin;» mais à l'époque

où Corneille écrivait _la Galerie du Palais_, il était en

très-bonne intelligence avec Scudéry.

[55] _Var._ HIPPOLYTE, _à la Lingère_. (1648)

[56] _D'ouvrage_, c'est-à-dire _ouvrés_, _travaillés_.

[57] _Var._ DORIMANT, _au Libraire, regardant Hippolyte_. (1648)

[58] _Var._ Ceci vaut mieux le voir que toutes vos chansons.

(1637-57)

[59] _Var._ LA LINGÈRE, _ouvrant une boîte_. (1637-60)

[60] _L'Encyclopédie_ définit le _point d'esprit_ en termes

techniques de la manière suivante: «_Le point d'esprit_ se monte

sur cinq fils de long et cinq de travers, en laissant à chaque

fois deux fils qui font une croix. Les cinq fils en tout sens

sont embrassés d'un point noué.»

[61] _Var._ [Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris,]

Je veux perdre la boîte. FLOR. On est fort souvent pris

A ces sortes de points, si l'on n'a quelque fille

Qui sache à tous moments y repasser l'aiguille;

En moins de trois savons, rien n'y tient presque plus.

HIPP. Cestui-ci, qu'en dis-tu? (1637-57)

[62] _Var._ HIPPOLYTE, _à Florice_. (1648)

[63] _Var._ Celui-là, qu'en dis-tu? (1660-64)

[64] _Var._ Voilà bien votre fait, n'étoit que la dentelle.

(1637-57)

[65] _Var._ Si vous pouvez avoir trois jours de patience. (1637 et 52-57)

_Var._ Si vous pouviez avoir trois jours de patience. (1644 et 48)

[66] Ce jeu de scène n'est pas indiqué ici dans les éditions de

1637-60. Voyez la variante qui suit.

[67] _Var._ LE LIBRAIRE, _à qui Dorimant avoit parlé à l'oreille,

tandis qu'Hippolyte voyoit des ouvrages._ (1637-60)

[68] _Var._ _Ici Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre_,

etc. (1637, en marge.)--Dans les éditions de 1644-60, ce jeu de

scène n'est pas indiqué à cette place. Voyez la variante qui

suit.

[69] _Var._ CLÉANTE, _à qui Dorimant a parlé à l'oreille au

milieu du théâtre._ (1644-60)

[70] _Var._ DORIMANT, _à Cléante._ (1644-60)

[71] La salle des Pas perdus, qu'on appelait alors d'ordinaire

_la Grand'Salle_:

Entre ces vieux appuis dont l'affreuse Grand'Salle

Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale,

Est un pilier fameux, des plaideurs respecté,

Et toujours de Normands à midi fréquenté.

(Boileau, _le Lutrin_, chant V, v. 33.)

[72] _Var._ _Il s'en retourne sur la boutique du Libraire et

prend un livre._ (1637, en marge.)--Les éditions de 1644-60

portent: _Au Libraire, prenant un livre sur sa boutique_.

[73] _Var._ Beaucoup font bien des vers, mais peu la comédie.

(1637-68)

[74] Voyez ci-dessus, p. 4.

[75] C'est-à-dire peu méritent qu'on les voie, qu'on les regarde.

Il faut remarquer que toutes les éditions antérieures à 1682

portent: «peu méritent le voir.»

[76] _Var._ Beaucoup, dont l'entreprise excède le pouvoir,

Veulent parler d'amour sans aucune pratique. (1637-57)

[77] Ce mot est ainsi au singulier dans toutes les éditions

données par Corneille (1637-82). L'édition de 1692 le met au

pluriel.

[78] C'est-à-dire «à condition qu'elle nous rendra la pareille, à

charge de revanche.» Voyez le _Lexique_.

[79] _Var._ Vous plaît-il point de voir des pièces d'éloquence?

(1637-57)

[80] _Var._ _Il regarde le titre du livre que_, etc. (1663, en

marge.)

[81] L'édition de 1682 donne _le_, par erreur; il y a _les_ dans

toutes les autres.

[82] _Var._ LYSANDRE, _se retirant avec Dorimant d'auprès les

boutiques_. (1637)--_Ils se retirent d'auprès les boutiques._

(1663, en marge.)

[83] _Var._ Tantôt, comme j'étois dans le livre occupé. (1637-57)

[84] Voyez ci-dessus, p. 7, note 6.

[85] _Var._ C'est la question; mais s'il faut s'en remettre.

(1637-68)

[86] _Var._ A ce qu'à mes regards son masque a pu permettre.

(1637-57)

Œuvres de P. Corneille, Tome 02 · 第 1 / 30 段