ETUDES NOUVELLES.--UN JOURNAL COMIQUE.--INVENTION DE LA _seconde
vue_.--CURIEUX EXERCICES.--UN SPECTATEUR ENTHOUSIASTE.--DANGER DE PASSER
POUR SORCIER.--UN SORTILÉGE OU LA MORT.--ART DE SE DÉBARRASSER DES
IMPORTUNS.--UNE TOUCHE ÉLECTRIQUE.--UNE REPRÉSENTATION AU THÉATRE DU
VAUDEVILLE.--TOUT CE QU’IL FAUT POUR LUTTER CONTRE LES
INCRÉDULES.--QUELQUES DÉTAILS INTÉRESSANTS.
Fontenelle a dit quelque part: il n’y a pas de succès si bien mérité où
il n’entre encore du bonheur. Bien que sur ce principe de haute
modestie, je fusse en conformité d’opinion avec l’illustre académicien,
je voulus cependant, à force de travailler, diminuer le plus possible la
part que le bonheur pouvait revendiquer dans mes succès.
D’abord je redoublai d’efforts pour me perfectionner dans l’exécution de
mes expériences, et quand je crus avoir obtenu ce résultat, je cherchai
aussi à me corriger d’un défaut qui, je le sentais moi-même, devait
nuire à ma séance. Ce défaut était une trop grande volubilité de parole;
mon _boniment_, récité du ton d’un écolier, perdait considérablement de
son effet. J’étais entraîné dans cette fausse direction par ma vivacité
naturelle, et j’avais beaucoup à faire pour me corriger, car ce naturel
que j’essayais de chasser, revenait toujours au galop. Toutefois à
force de combats livrés à mon ennemi, je parvins à le dompter, et finis
même par le modérer à mon gré.
Cette victoire me fut doublement profitable: je fis ma séance avec
beaucoup moins de fatigue, et j’eus le plaisir de voir, à la
tranquillité d’esprit de mes spectateurs, que j’avais réalisé cet axiome
scénique, que plus un récit est fait lentement, moins il semble long à
ceux qui l’écoutent.
En effet, si vous vous énoncez lentement, le public jugeant à votre
calme que vous prenez vous-même intérêt à ce que vous dites, subit votre
influence et vous écoute avec une attention soutenue. Si, au contraire,
vos paroles trahissent le désir de terminer promptement, vos auditeurs
reçoivent le contre-coup de cette inquiétude, et il leur tarde ainsi
qu’à vous de voir arriver la fin de votre discours.
J’ai dit que le public d’élite venait en foule à mon théâtre, mais ce
qui paraîtra surprenant c’est que, malgré cette affluence aux places
d’un prix élevé, le parterre comptait souvent nombre de places vides.
J’avais l’ambition de voir ma salle complètement remplie. Je crus ne
pouvoir mieux y parvenir qu’en m’occupant de la publicité de mon théâtre
que j’avais jusqu’alors un peu négligée.
Une innovation vint me procurer d’excellentes réclames, dont le public
se chargea d’être le complaisant propagateur.
De temps immémorial, il était passé en usage, dans les séances de
prestidigitation, de distribuer de petits cadeaux au public, _dans le
but d’entretenir son amitié_.
On choisissait presque toujours des jouets d’enfants, dont les
spectateurs de tout âge se disputaient la possession, ce qui faisait
souvent dire à Comte, au moment de cette distribution: «Ce sont des
joujoux à l’usage des grands et des petits enfants.» Ces cadeaux avaient
une durée très éphémère, et comme rien n’indiquait leur origine, ils ne
pouvaient attirer l’attention sur celui qui les avait donnés.
Tout en restant aussi libéral que mes prédécesseurs, je voulus que mes
petits présents rappelassent plus longtemps le souvenir de mon nom et de
mes expériences. Au lieu de pantins, de poupées et d’autres objets du
même goût, je distribuais à mes spectateurs, sous forme de cadeaux
produits par la magie, des journaux comiques illustrés, d’élégants
éventails, des albums de ma séance, de gracieux rébus, le tout
accompagné de bouquets et d’excellents bonbons.
Chaque objet portait non-seulement cette suscription: _Souvenirs des
soirées fantastiques de Robert-Houdin_, mais il contenait en outre,
selon sa nature, des détails sur ma séance. Ces détails étaient donnés
dans de petites poésies pour lesquelles je demande au lecteur
l’indulgence que mérite leur peu de prétention.
Sur l’une des faces de l’éventail, par exemple, était une jolie gravure,
représentant l’entrée de mon théâtre; l’autre était couverte de ces
pièces rimées dont je viens de parler. En voici un spécimen: