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«Si tu ne veux pas boire la rosée que j'offre à tes lèvres dans le creux
de ma main, quelque bête passera plus hardie ou plus sage qui se
rafraîchira le coeur à ce breuvage d'amour.
Viens pendant qu'il est matin et pendant que l'animalité dort dans les
bois!
Viens vagabonder dans les herbes mouillées: je secouerai sur tes cheveux
blonds des pluies de perles et des neigées de diamants!
Viens et tu exulteras de joie, viens, la traîne de ta robe fera, parmi
les mousses, un sillage de lumière et le soleil naissant baisera, dans
sa candeur, le sourire de tes lèvres pourpres!
Viens, tu seras comme une reine au front blanc surgie d'entre les vertes
ramures, et les papillons familiers se poseront sur tes oreilles.
Tu apprivoiseras la nature et à l'appel de ta bouche, mon âme, farouche
comme un faon, bondira vers toi.»
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Les analyses et les dithyrambes formulaient le même esclavage. Il
voulait rendre cette femme heureuse, voir ses yeux révulsés et ses
lèvres, par l'oppression du spasme, entr'ouvertes. L'évocation, soudain
s'accomplit, non pas, il est vrai, sous la forme visuelle directe, mais
dans un lointain de songe vaporeux et voluptueux. Agenouillé près
d'elle, après les suprêmes évolutions de l'étreinte, il la contemplait.
«Vraiment ma vie s'est transférée en cette femme comme sous une
puissance d'aimant, et vraiment le centre de mes forces est en ce coeur!
Les fils de mes jours, ce sont les cils blonds de ces yeux bleus et
l'ombre blonde de ces cheveux, c'est le halo des lunes claires dont la
réfulgence illumine mes nuits.»
Il en aurait dit bien plus long, car sa verbalité s'était déchaînée,
mais la vision s'évanouit.
«Présage: Ah! jolie bête! ah! jolie bête!»
Puis il songea encore.
«Tout ceci a été mal conduit. J'aurais dû, ainsi que me le suggérait
Calixte, destiner cette femme au rôle pur d'une Béatrice exemptée de
l'oeuvre charnelle,--mais elle n'aurait pas compris, étant femme:
Béatrice, qui s'est prêtée à ce jeu sublime, était une créature de rêve,
aux ordres du poète et le symbole même de sa pensée. Celle-ci devait
tomber dans mes bras, ou bien d'autres bras l'auraient recueillie.
--Reste sur ton piédestal. C'est à genoux que je veux t'adorer, les
mains tendues vers toi, éternellement.
--Non, je m'ennuie, là-haut. Adorateur, adore de plus près, adore avec
des baisers.
Eh bien! nous aurons, du moins, quelques moments d'agréable intimité et
puisqu'il faut de l'objet du culte faire l'objet du plaisir, que le
sacrilège soit complet et les voluptés décisives.
Ah! je m'en donnerai sur ton corps des illusions. Excellente et noble
substance, tu seras pétrie selon les plus transcendantes fantaisies!»