Levé tard, goûtant par la fenêtre aux rideaux soulevés le charme
hivernal d'un pâle soleil de midi, Hubert se complaisait dans la
demi-inconscience qui suit, après une nuit désheurée, une extrême
fatigue physique. Son anémie de végétal transplanté, combattue et
presque vaincue pur un régime tout provincial, se réveillait en de tels
matins; il se sentait des langueurs de poitrinaire et des mélancolies
d'adolescent.
Le sommaire et substantiel déjeuner organisé par sa bonne fut moins pour
ses organes fatigués un réconfort qu'une griserie. La fumée d'une seule
cigarette lui tourna la tête: il acquérait, sans l'avoir cherchée, une
béatitude exquise. C'était comme un état nouveau de la matière animée:
l'état fondant,--jouissance spéciale réservée aux dormeurs paresseux et
aux tardifs déjeuneurs. Brève, ainsi que tous les délices, elle ne tarda
pas à décroître, mais lentement, transformée à mesure en une agréable
sensation de paix.
Alors, allongeant le bras vers sa Bible gothique, il fit sauter le
fermail de cuivre et il lut, dans un nuage de bleuâtre fumée, buvant à
petits coups du café très fort, les aphorismes de l'Ecclésiaste.
Lecture décidément bien faite pour élever un sage très haut par-dessus
les autres hommes, coupe où l'on boit le néant tout aussi sûrement qu'en
une cupule de lotus, ah! idéales banalités, écrites, à n'en pas douter,
pour les lendemains de fête!