_x a_.--«Ce fut le poison».
_x b_.--«Histoire de la chambre au portrait.»
_x c_.--«S. M. à S. M.»
_x a_
«J'avais cru trouver la solution. A dire vrai, le problème était
enterré; il vient de resurgir, évoqué par les deux autres.
_x b_
«Est-ce une histoire où elle fut mêlée? Une page de sa vie s'est-elle
écrite dans cette mystérieuse chambre où d'innocents voyageurs sont
favorisés d'aussi surprenantes visions? Faudrait-il joindre ce second
_x_ au premier? Un crime a pu être commis là.
_x c_
«Sans nul doute, si le ciel m'a doué de quelque esprit divinatoire, sans
nul doute, un des monogrammes signifie Sixtine Magne et peut-être les
deux se résolvent-ils en les mêmes syllabes: hommage du présent au
passé, de la Sixtine d'aujourd'hui à la Sixtine d'hier: portrait de
l'amant ou du mari, puisqu'elle fut mariée. Eh! m'y voilà! Son mari
portait un prénom commençant par S. Il s'agit et c'est aisé chez un
marchand d'estampes, de trouver un graveur du nom de S... Magne; ou
bien, dans le cas d'un amant, S... M... Sur quoi j'appuie cette
déduction? Sur rien. Les initiales deux fois répétées, de la femme que
j'aime doivent me troubler, sinon je ne l'aimerais pas. Elles ne
cachent, peut-être, que des noms de nul intérêt pour moi, mais le
peut-être suffit à justifier mon inquiétude. Le passé? Passe pour le
passé. Le présent? Ah! l'ennemi inconnu que l'on devine dans les
sourires, les phrases suspendues, les gestes, les menues privances mêmes
de la femme qui se laisse aimer! Agréable sensation et qui me manquait
encore! La jalousie sans objet, la jalousie dont rien ne peut guérir,
pas même la possession!... Il faut noter cette remarque, elle est
juste.»
Il écrivit quelques lignes sur son carnet: «...L'abandon suprême d'une
femme prouve-t-il son amour? Non, cela peut être l'occasion, l'ennui, le
besoin de mentir, la vengeance, la perversité qui la jette en vos bras.
Pour se sentir aimé, il faut croire; l'amour est une religion. Il faut
avoir la foi, il faut aimer soi-même. Aimer soi-même? Oui, pour être
plus facilement trompé, c'est le moyen. Se dévêtir d'abord du
raisonnement, puis plonger vers la vérité! Absurde. Alors, croire? Oui,
croire, et la vérité elle-même, est-elle autre chose que la croyance?
Vérité, croyance, double face de l'unité, mystère d'un Dieu en deux
personnes. Ah! si je croyais être aimé de Sixtine, elle m'aimerait,
j'aurais le repos, la joie de l'union, je le puis. Comment? Il n'y a
peut-être qu'à ne pas réfléchir. S'embarquer sur la barque légère et au
fil de l'eau descendre... Vers l'océan, n'est-ce pas, vers l'inéluctable
abîme? Évidemment, mais ce détail est insignifiant. Le tout est de
s'embarquer et de ne point passer sa vie à regarder les autres partir
pour le délicieux inconnu. Mais on en revient! Alors à quoi bon? Si le
courant est un circuit, autant demeurer chez soi à lire la _Divine
Comédie_. Lui aussi en est revenu, l'Alighieri! Il n'y a que la mort.
Mais on n'en revient pas, et se dresse un autre à quoi bon: mais
celui-ci a sa réponse toute prête qu'il nous glisse à l'oreille quand il
lui plaît. Amère la vie, plus amère la mort.»
Une église se dressa près de lui. Il reconnut l'humble Saint-Médard,
entra et s'agenouilla:
«O Dieu de la Croix, _Christus patiens_, Christ éternellement souffrant,
écoute-moi! je cherche la joie, je cherche l'amour, je cherche la
douleur, et je ne trouve que le néant. Je ne sais ni jouir, ni aimer, ni
souffrir, prends-moi par la main et conduis-moi comme une mère qui mène
son enfant. N'est-ce pas, il faudrait d'abord souffrir avec toi? Puis
viendrait l'amour, ainsi qu'une pluie dans le désert, et naîtrait la
joie, joie d'aimer, joie d'avoir souffert...
Je crois prier, se dit Entragues, en relevant la tête et je fais de la
littérature. Elle est assez bien venue, cette prière, et si je puis m'en
souvenir, je l'utiliserai. Prendre mon carnet, la rédiger, ce serait
blasphématoire! Pourquoi non! Il faut profiter de l'inspiration, cela ne
se retrouve pas.»
Avec de très légères variantes, il nota son éjaculation.
«Je me suis arrêté à temps. L'inconsciente comédie à la fin m'eût fait
rougir. Je prie sérieusement et suis-je chrétien? Oui, je veux l'être,
et du plus mystique et du plus abstrait catholicisme, quand cela ne
serait que pour me séparer de l'abjecte foule, reniant comme une vile
affranchie la religion qui l'a tirée de l'esclavage. Il est bien évident
qu'au fond de moi-même je crois plutôt à la divinité de Jésus qu'à celle
de Cakya-Mouni et que je me ris de la vanité d'un créateur
inconscient!...