MESSIEURS,

«Dans ce jour qui nous rappelle une des plus belles époques de la

nation françoise, permettez à de bonnes citoyennes de vous faire

agréer et leurs hommages et leurs respects.

»Quoique nous soyons dans la saison des fleurs, nous n'aurions pu en

trouver suffisamment, s'il avoit fallu donner une couronne à tous

ceux d'entre vous qui en ont mérité. Nous n'en avons qu'une; nous la

placerons sur la tête de M. l'abbé Sieyes, président de l'assemblée

nationale, et nous croirons ainsi couronner l'assemblée entière.

»Nous avons, en outre, un bouquet à lui offrir, comme au père de

notre constitution.

»Nous en avons un pour notre bon maire, qui, par son génie et son

patriotisme, a préparé, a aidé la formation de cette constitution.

»Nous en avons un pour notre bon général, à qui cette constitution

doit une nouvelle vie. Sans lui, sans son activité, de belles loix

n'auroient pas été exécutées.

»Nous avons un bouquet pour M. de Mirabeau; il parle trop bien, il

dit tous les jours de trop belles choses, pour que nous ne soyons

pas intimidées quand nous cherchons à faire son éloge.

»Nous en avons un pour M. le Chapellier, qui, sans cesser d'être

Breton, est devenu bon Parisien, et a fait souvent des demandes

utiles en faveur du bon peuple de Paris.

»Nous en avons un pour M. l'évêque d'Autun, le seul de sa classe qui

se soit rappelé que nous étions ses frères, et qui a su sacrifier son

intérêt particulier à l'intérêt général.

»Nous en avons un pour ce général étranger, qui ne l'est pas parmi

vous; toute sa vie a été un combat pour la liberté, contre le

despotisme; et le général Paoli, sous ce rapport, figure bien auprès

du général de la Fayette.

»Nous en avons un.... Hélas! non, messieurs, je me trompe, nous n'en

avons plus, nos fleurs sont épuisées avant que nous ayons pu vous

exprimer les sentimens de nos cœurs.

»Jamais vos noms ne seront oubliés; nous les rappellerons à nos

enfans, comme celui de leurs plus grands bienfaiteurs; il ne sortira

jamais de notre mémoire le souvenir agréable d'avoir vu réunir dans

un même jour, dans un même lieu, à la société de 1789, tous les

illustres membres de l'assemblée nationale, à qui nous devons une

constitution que nous bénirons tous les jours de notre vie».

Une chanson patriotique a été chantée d'abord dans la grande salle du

club, et répétée ensuite à la fenêtre, d'après la demande d'un peuple

immense rassemblé dans le Palais-Royal. Cette chanson, pleine de traits

saillans et analogues à la circonstance, a eu le plus grand succès.

AIR _des Dettes_.

Les traîtres à la nation

Craignent la fédération,

C'est ce qui les désole;

Mais aussi depuis plus d'un an

La liberté poursuit son plan,

C'est ce qui nous console.

L'instant arrive où pour jamais

Vont s'éclipser tous leurs projets,

C'est ce qui les désole;

Et l'homme enfin va pour jamais

Rétablir l'homme dans ses droits,

C'est ce qui nous console.

Il arrive souvent qu'au bois

On va deux pour revenir trois,

Dit la chanson frivole;

Trois ordres s'étoient assemblés,

Un sage abbé les a mêlés,

C'est ce qui nous console.

Quelques-uns regrettent leurs rangs,

Leurs croix, leurs titres, leurs rubans,

C'est ce qui les désole;

Ne brillons plus, il en est tems,

Que par les mœurs et les talens,

C'est ce qui nous console.

Sans doute on fera moins de cas

Et des cordons et des crachats,

C'est ce qui les désole;

Mais les lauriers, mais les épis,

Les feuilles de chêne ont leur prix,

C'est ce qui nous console.

On en a vu qui, tristement,

N'ont fait qu'épeler leur serment,

C'est ce qui nous désole;

On va le faire à haute voix,

De bouche et de cœur à la fois,

C'est ce qui nous console.

La veille de ce dîner, la Société a arrêté que ceux de ses membres qui

pourroient donner des logemens aux députés à la fédération générale,

s'inscriroient sur un registre, et que ce registre seroit ensuite

envoyé à l'hôtel de la mairie, pour que les districts qui ont tous

montré le même zèle, fussent soulagés d'autant. Le concours des

citoyens de toutes les parties du royaume sera sûrement plus grand

qu'on ne croit; le patriotisme des membres de la société, dans cette

occasion, a déjà formé une liste assez considérable de logemens à

donner.

Les discussions les plus intéressantes sur les différens objets de la

constitution, ont lieu plusieurs fois la semaine dans les assemblées de

la société; nous nous proposons d'en donner incessamment le précis à

nos lecteurs.

Journal de la société de 1789 - Nº IV · 第 15 / 15 题