Le dernier meeting de la Ligue, pour cette saison, a eu lieu mercredi
soir au théâtre de Covent-Garden. Une affluence extraordinaire de
_free-traders_ remplissait toutes les parties du vaste édifice.
Pendant toute la séance, les dames, par leurs physionomies animées et
leurs applaudissements réitérés, ont montré qu'elles prennent un vif
intérêt au sort des classes souffrantes et opprimées.--M. G. Wilson
occupait le fauteuil. Un grand nombre de membres du Parlement et
d'hommes distingués avaient pris place autour de lui sur l'estrade.
Le président, en ouvrant la séance, annonce que la parole sera prise
successivement par M. Milner Gibson, m. P., par M. Richard Cobden, m.
P., en remplacement de M. George Thompson, absent, et par M. Fox.
M. GIBSON: Monsieur, j'ai eu le bonheur d'assister à un grand
nombre de meetings de la Ligue, mais jamais une aussi magnifique
assemblée que celle qui est en ce moment réunie dans ces murs
n'avait encore frappé mes regards, et j'ajoute, monsieur, que
cette marque signalée de l'approbation publique, à ce dernier
meeting d'adieu, est pour nous un juste sujet d'espérance et de
félicitation. À l'aspect d'une assemblée aussi imposante, il est
impossible de croire qu'une cause rétrograde, d'imaginer qu'une
question a perdu du terrain dans l'esprit et l'estime du peuple.
(Applaudissements.)
....... Je crois sincèrement que tout homme impartial qui jettera
les yeux autour de lui, et qui se demandera quels sont les
premiers besoins sociaux, quelles sont les nécessités qui se
manifestent en première ligne non-seulement dans les possessions
britanniques, mais dans la plus grande partie de l'Europe,
reconnaîtra que ces besoins et ces nécessités se lient intimement
à la souffrance physique. Il reconnaîtra que toute grande
amélioration sociale ne peut venir qu'après l'amélioration
matérielle de la condition du peuple. On montre un grand désir
d'instruire le peuple; on se plaint de son ignorance; on se
plaint de ce qu'il manque d'éducation morale. Mais que sert de
vouloir faire germer la vertu parmi des hommes courbés sous la
misère, flétris par une pénurie désespérante et qui ne sont point
en état de recevoir les leçons du prêtre ou du moraliste?
Croyez-le bien, si nous voulons que la vertu, la science, la
religion, prennent racine dans le coeur de l'homme laborieux,
commençons par améliorer sa condition physique. Nous devons
arracher l'ouvrier des campagnes à l'état d'abaissement où il est
maintenant placé. En vain nous cherchons à restreindre
l'immoralité, à diminuer le crime dans le pays, tant que la
classe laborieuse, en levant les yeux sur ceux qui occupent des
positions plus élevées dans l'échelle sociale, se sentira d'une
autre caste, pour ainsi dire, et se croira rejetée comme une
superfétation inutile, aussi peu digne, moins digne d'égards
peut-être que la nature animale engraissée sur les domaines de
l'aristocratie.
L'orateur rappelle ici qu'ayant voulu parler à la Chambre des communes
de la situation de l'ouvrier des campagnes, et s'étant étayé de
l'autorité d'un ministre du culte dont le nom est vénéré dans tout le
royaume, M. Godolphin Osborn, le ministre secrétaire d'État pour le
département de l'intérieur, avait parlé de prélats courant après la
popularité.
Je voudrais de tout mon coeur, continue M. Gibson, voir beaucoup
de nos prêtres et même de nos évêques condescendre à une telle
conduite. Je me rappelle un célèbre écrivain qui disait qu'une
très-utile association pourrait être fondée, et dans le fait
cette institution manque à l'Angleterre, dans le but de convertir
l'épiscopat au christianisme. (Applaudissements prolongés.) J'ai
la certitude absolue que la liberté du commerce est en parfaite
harmonie avec l'esprit de l'Évangile, et que la libre
communication des peuples est le moyen le plus efficace de
répandre la foi et la civilisation sur toute la surface de la
terre. Je ne pense pas que les efforts des missionnaires, quels
que soient leurs bonnes intentions et leur mérite, puissent
obtenir un succès complet tant que les gouvernements sépareront
les nations par des barrières artificielles, sous forme de tarifs
hostiles, et leur inculqueront, au lieu de sentiments fraternels
fondés sur des intérêts réciproques, des sentiments de jalousie
si prompts à éclater en vaste incendie. (Bruyantes acclamations.)
C'est une chose surprenante que l'excessive délicatesse, en
matière d'honneur national, qui s'est tout à coup révélée parmi
nos grands seigneurs trafiquants de céréales. On croirait voir
des coursiers _entraînés_ pour le turf. (Rires.) Mais qu'est-ce
que cela signifie? Cela signifie que, pour ces messieurs,
_guerre_ est synonyme de _rentes_. (Approbation et rires.)
J'ignore s'ils aperçoivent aussi clairement que je le fais la
liaison de ces deux idées. La première conséquence de la guerre,
c'est la cherté du blé; la seconde, c'est un accroissement
d'influence ministérielle, dont une bonne part revient toujours à
nos seigneurs terriens. Quelque lourdes que soient les charges,
quelque lamentables que soient les maux que la guerre infligerait
à la communauté, tenez pour certain que, s'il est possible
qu'elle profite à une classe, ce sera à la classe aristocratique.
Je crois très-consciencieusement qu'il y a dans ce pays un grand
parti lié avec l'intérêt territorial, parti représenté par le
_Morning-Post_ (rires), qui s'efforce de susciter un sentiment
antifrançais (_an anti-french-feeling_), dans l'unique but de
maintenir le monopole des grains. (Rires.) Qu'est-ce que la
guerre pour ces messieurs? Ils s'en tiennent bien loin. (Rires.)
Ils envoient leurs compatriotes au champ du carnage, et, quant à
eux, ils profitent de l'interruption du commerce pour tenir à
haut prix la subsistance du peuple; et quand revient la paix, ils
se font un titre de cette cherté même, pour continuer et
renforcer la protection. Nous avons vu tout cela dans la dernière
guerre. (Applaudissements.)
Une autre de leurs raisons pour pousser à la guerre, c'est qu'ils
y voient un moyen de détourner l'attention publique de ces
mouvements sociaux qui les mettent maintenant si mal à l'aise.
«Une bonne guerre, disent-ils, c'est une excellente diversion.»
Il y a très-peu de jours, un homme distingué, dont je ne me crois
pas autorisé à proclamer le nom dans cette enceinte, me disait:
Quoi qu'on en ait dit sur les maux de la guerre, quoi qu'en aient
écrit les moralistes et les philosophes, je crois que ce pays a
besoin d'une bonne guerre, et qu'elle nous délivrerait de bien
des difficultés. (Rires bruyants.)--C'est la vieille doctrine.
Bien heureusement, il ne sera pas en leur pouvoir de pousser le
peuple de ce pays vers ces folles exhibitions d'un faux
patriotisme. Il y a dans la nation britannique un bon sens, un
esprit de justice, qui, depuis les terribles luttes du
commencement de ce siècle, ont jeté de profondes racines; et il
sera difficile de lui persuader de se lancer dans toutes les
horreurs de la guerre pour le seul avantage de gorger notre riche
aristocratie aux dépens de la communauté. (Applaudissements
prolongés.)
Qu'il nous soit permis de faire une remarque sur ce passage du
discours de M. Gibson. Ne pourrait-il pas être très-à-propos prononcé
devant une assemblée française?
C'est une chose surprenante (dirait-on) que l'excessive délicatesse,
en matière d'honneur national, qui s'est tout à coup révélée parmi nos
trafiquants de fer et de houille. Mais qu'est-ce que cela signifie?
Cela signifie que pour ces messieurs _guerre_ est synonyme de
_cherté_; entente cordiale est synonyme de commerce, d'échanges, de
concurrence à redouter. Je crois très-consciencieusement qu'il y a,
dans ce pays, un grand parti lié avec l'intérêt _manufacturier_, parti
représenté par la _Presse_ et le journal du _Commerce_, qui s'efforce
de susciter un sentiment anti-anglais, dans l'unique but de maintenir
le haut prix des draps, des toiles, de la houille et du fer, etc.,
etc.
Après cette courte observation, nous reprenons le compte rendu de la
séance du 7 août, et nous consignons ici notre regret de ne pouvoir
traduire le remarquable discours de M. Cobden. Nous nous bornerons,
forcé que nous sommes de nous restreindre, à citer quelques passages
de l'allocution de M. Fox, et particulièrement la péroraison qui se
lie au sujet traité par le représentant de Manchester.
M. Fox. L'orateur, prenant texte d'un article du _Morning-Post_ qui
annonce pour la vingtième fois que la Ligue est morte après avoir
totalement échoué dans sa mission, passe en revue le passé de cette
institution, et montre l'influence qu'elle a exercée sur
l'administration des Whigs et ensuite sur celle des Torys, influence à
laquelle il faut attribuer les modifications récemment introduites
dans la législation commerciale de la Grande-Bretagne. Il parle
ensuite du progrès qu'elle a fait faire à l'opinion publique.
On peut dire de l'économie politique ce qu'on disait de la
philosophie, elle est descendue des nuages et a pénétré dans la
demeure des mortels; elle se mêle à toutes leurs pensées et fait
le sujet de tous leurs entretiens. C'est ainsi que la Ligue a
propagé dans le pays une sagacité politique qui finira par bannir
de ce monde les préjugés, les sophismes et les faussetés par
lesquels le genre humain s'est laissé si longtemps égarer. Nous
touchons presque au temps où deux grands hommes d'État, Pitt et
Fox, remplissaient l'univers de leurs luttes; et l'on ne saurait
encore décider lequel des deux était le plus profondément
ignorant des doctrines économiques. Et maintenant, il n'y a pas
un dandy, un incroyable, qui se présente devant les électeurs
d'un bourg-pourri, pour y recueillir un mandat de famille, qui ne
se soit gorgé d'Adam Smith, au moins dans l'édition de M.
Cayley[56]. (Rires.) Quand un peuple a acquis de telles lumières,
on ne se joue plus de lui. C'est pour la Ligue un sujet de juste
orgueil d'avoir disséminé dans le pays, non-seulement des
connaissances positives et de bonnes habitudes intellectuelles,
mais encore un véritable esprit d'indépendance morale. Partout où
je trouve une disposition à secouer cette servilité abjecte qui a
si longtemps pesé sur une portion du peuple de ce pays; partout
où je le vois donner aux choses leurs vrais noms, quels que
soient les fallacieux synonymes dont on les décore; quand je vois
le faible et le fort, le pauvre et le riche, le paysan et le pair
d'Angleterre, tous également jugés selon les règles du juste et
de l'injuste; quand je rencontre une ferme volonté de rendre
témoignage aux principes de l'équité et de la justice, en même
temps qu'une profonde sympathie pour les souffrances des classes
malheureuses et opprimées, alors je reconnais l'influence de la
Ligue; je la vois se répandre dans toutes les classes de la
société, j'adhère à cette ferme détermination de faire régner le
bien, de détruire le mal par des moyens paisibles, légaux, mais
honorables et sûrs, dont les fondateurs de cette grande
institution ont eu la gloire de faire adopter l'usage par leurs
concitoyens. (Applaudissements.) Je sais que ces grands et nobles
résultats n'ont pas atteint les limites auxquelles aspirent les
hommes de coeur qui dirigent la Ligue. Nous en avons le
témoignage par des faits irrécusables, que nous ne nions pas et
qu'au contraire nous regardons loyalement en face. Ils nous sont
d'ailleurs rappelés surabondamment par certains journaux. «Voyez,
disent-ils, dans combien d'élections la Ligue a échoué, dans
combien elle n'a pas osé accepter le combat! Elle a été battue
dans le Sud-Lancastre et à Birmingham.»--Il est vrai que nous
n'avons pu soutenir la lutte à Hortham, Cirencester et ailleurs.
Qu'est-ce à dire? Je ne m'en afflige pas. Il est bien que dans
une cause comme celle-ci--qui intéresse une multitude de
personnes étrangères aux agitations politiques et aux rudes
travaux qui peuvent seuls assurer le succès d'une grande réforme
sociale--il est bien qu'on ne se laisse point dominer par cette
idée, qu'il suffit d'instruire le peuple de ce qui est juste et
vrai, pour que le vrai et le juste triomphent d'eux-mêmes. Car,
si ces élections eussent amené d'autres résultats, quel
enseignement en aurions-nous obtenu? Quel effet auraient-elles
produit sur le grand nombre de ceux qui, pour la première fois,
s'unissant à la Ligue, se sont précipités dans le tumulte de
l'_agitation_? Ils n'auraient pas manqué de penser que les
électeurs sont libres dans leur opinion et dans leur action, que
l'intimidation, la corruption et les menées de sinistres intérêts
n'interviennent pas pour pervertir la conscience des votants, et
les vaincre en dépit de leurs idées et de leurs sentiments; et
cet enseignement eût été un mensonge. Ils en auraient conclu
encore que le monopole, loin de songer à faire des efforts
vigoureux et désespérés, loin d'avoir recours aux armes les plus
déloyales, n'attend pour abandonner la lutte que de voir la
vanité et l'injustice de ses prétentions bien comprises par le
public;--et cet enseignement aussi eût été un mensonge.--Ces
faciles triomphes eussent fait croire que l'esprit de parti est
vaincu; qu'il a appris la sagesse et la droiture; et que, dans le
vain but de soutenir quelque point de sectairianisme politique,
l'opposition ne se laisserait pas vaincre en se divisant alors
qu'elle peut être victorieuse par l'unité;--et cet enseignement
aussi eût été un mensonge.--Ils eussent encore suggéré cette idée
que les combinaisons législatives actuelles sont plus que
suffisantes pour protéger aux élections les droits et les
intérêts du peuple; que nos institutions et notre mécanisme
politique ont toute la perfection qu'on peut imaginer et
désirer;--et cet enseignement aussi eût été un mensonge,--un
grossier mensonge.--Dans mon opinion, subir quelques défaites
partielles, quelques désastres momentanés, quelques retards dans
le dénoûment de cette grande lutte, ce n'est pas acheter trop
cher les bonnes habitudes, l'expérience et la discipline que ces
revers mêmes font pénétrer dans l'esprit de la multitude, la
préparant à travailler avec constance et avec succès à la défense
des intérêts de la communauté. À ceux qui font de ces défaites
électorales un sujet de mépris envers nous, et d'orgueil pour
eux-mêmes, je dirai: Vous vous jouez avec ce qui vous suscitera
une puissance antagonique, une force à laquelle rien ne pourra
résister. Ces mêmes défaites nous apprennent l'art d'_agiter_.
Elles nous ont instruits, elles nous instruiront bien plus encore
jusqu'au jour où la communauté s'apercevra qu'en croyant ne
diriger son énergie que sur un seul point et ne poursuivre que le
triomphe d'un seul principe, la Ligue a jeté les fondements de
tout ce qui constitue la dignité, la grandeur et la prospérité
nationales. (Applaudissements.)
[Note 56: M. Cayley avait cité des extraits d'Adam Smith qu'il
avait rendus, en les falsifiant, favorables au système
protecteur.]
Il est une autre chose que la Ligue a accomplie, et c'était un
objet bien digne de ses efforts. Elle a démasqué les classes
privilégiées! (Écoutez! écoutez!) Leurs traits sont maintenant
connus de tous, et il n'est plus en leur pouvoir de se déguiser.
Le temps n'est pas éloigné où régnait une sorte de mystification
à l'égard des pairs et des hommes de haut parage, comme si le
sang qui coule dans leurs veines était d'une autre nature que
celui qui fait battre le coeur du peuple. Il a fallu que les
principes de la liberté commerciale fussent soumis à cette
discussion serrée, continuelle et animée qu'ils sont condamnés à
subir, pour qu'on reconnût la vraie portée de ces associations
féodales; pour qu'on s'assurât que ces grands hommes sont aussi
bien des _marchands_ que s'ils ouvraient boutique à Cheapside;
et que ces écussons, regardés jusqu'ici comme les emblèmes d'une
dignité quasi royale, ne sont autre chose que des enseignes où
l'on peut lire: _Acres à louer, blés à vendre_.
(Applaudissements.) Oui, ce sont des marchands; ce sont tous des
marchands. Ils trafiquent de terres aussi bien que de blés. Ils
trafiquent des aliments, depuis le pain de l'homme jusqu'à la
graine légère qui nourrit l'oiseau prisonnier dans sa cage.
(Rires.) Ils trafiquent de poissons, de faisans, de gibier; ils
trafiquent de terrains pour les courses de chevaux; ils y perdent
même l'argent qu'ils y parient et font ensuite des lois au
Parlement pour être dispensés de payer leurs dettes.
(Applaudissements.) Ils trafiquent d'étoiles, de jarretières, de
rubans--spécialement de rubans bleus--et, ce qui est le pis de
tout, ils trafiquent des lois par lesquelles ils rendent leur
négoce plus lucratif. Ils poussent des clameurs contre le petit
boutiquier qui instruit son apprenti dans l'art de «tondre la
pratique», tandis qu'ils font bien pis, eux nobles législateurs,
car ils tondent la nation, et surtout, ils tondent court et ras
l'indigent affamé..... La Ligue a montré les classes privilégiées
sous un autre jour, en stimulant leurs vertus, en provoquant leur
philanthropie. Oh! combien elles étalent de charité, pourvu que
la loi-céréale s'en échappe saine et sauve! Des plans pour
l'amélioration de la condition du peuple sont en grande faveur,
et chaque section politique présente le sien.
L'orateur énumère ici et critique un grand nombre de projets tous
aspirant à réparer par la charité les maux faits par l'injustice, tels
que le système des _allotments_ (V. p. 39), le bill des dix heures,
les sociétés pour l'encouragement de telles ou telles industries,
etc.--Il continue et termine ainsi:
Si notre cause s'élève contre le monopole, elle est encore plus
opposée à une guerre qui prendrait pour prétexte l'intérêt
national. J'espère que les sages avertissements qui sont sortis
de la bouche de l'honorable représentant de Manchester (M.
Gibson) pénétreront dans vos esprits et dans vos coeurs; car,
quand nous voyons à quels moyens le monopole a recours, il n'y a
rien de chimérique à redouter que, par un machiavélisme
monstrueux, il ne s'efforce, dans un sordide intérêt, de plonger
la nation dans toutes les calamités de la guerre. Si nous étions
menacés d'une telle éventualité, j'ai la confiance que le peuple
de ce pays se lèverait comme un seul homme pour protester contre
tout appel à ces moyens sanguinaires qui devront être relégués à
jamais dans les annales des temps barbares. Cette agitation doit
se maintenir et progresser, parce qu'elle se fonde sur une vue
complète des vrais intérêts nationaux et sur les principes de la
morale. Oui, nous soulevons une question morale. Laissons à nos
adversaires les avantages dont ils s'enorgueillissent. Ils
possèdent de vastes domaines, une influence incontestable; ils
sont maîtres de la Chambre des lords, de la Chambre des communes,
d'une grande partie de la presse périodique et du secret des
lettres (applaudissements); à eux encore le patronage de l'armée
et de la marine, et la prépondérance de l'Église. Voilà leurs
priviléges, et la longue énumération ne nous en effraye pas, car
nous avons contre eux ce qui est plus fort que toutes ces choses
réunies: le sentiment du juste gravé au coeur de l'homme.
(Acclamations.) C'est une puissance dont ils ne savent pas se
servir, mais qui nous fera triompher d'eux; c'est une puissance
plus ancienne que leurs races les plus antiques, que leurs
châteaux et leurs cathédrales, que l'Église et que l'État; aussi
ancienne, que dis-je? plus ancienne que la création même, car
elle existait avant que les montagnes fussent nées, avant que la
terre reposât sur ses fondements; elle habitait avec la sagesse
dans l'esprit de l'Éternel. Elle fut soufflée sur la face de
l'homme avec le premier souffle de vie, et elle ne périra pas en
lui tant que sa race n'aura pas compté tous ses jours sur cette
terre. Il est aussi vain de lutter contre elle que contre les
étoiles du firmament. Elle verra, bien plus, elle opérera la
destruction de tout ce qu'il y a d'injustice au fond de toutes
les institutions politiques et sociales. Oh! puisse la Providence
consommer bientôt sur le genre humain cette sainte bénédiction!
(Applaudissements prolongés.)
Après une courte allocution dans laquelle le président, au nom de la
Ligue, adresse aux habitants de la métropole des remercîments et des
adieux, la session de 1844 est close et l'assemblée se sépare.
* * * * *
Dans un des passages du discours précédent, M. Fox avait fait allusion
à un meeting tenu, deux jours avant, à Northampton. Le but de cette
publication étant de jeter quelque jour sur les moeurs politiques de
nos voisins, et de montrer, _en action_, l'immense liberté
d'association dont ils ont le bonheur de jouir, nous croyons devoir
dire un mot de ce meeting.