7 août 1844.

Le dernier meeting de la Ligue, pour cette saison, a eu lieu mercredi

soir au théâtre de Covent-Garden. Une affluence extraordinaire de

_free-traders_ remplissait toutes les parties du vaste édifice.

Pendant toute la séance, les dames, par leurs physionomies animées et

leurs applaudissements réitérés, ont montré qu'elles prennent un vif

intérêt au sort des classes souffrantes et opprimées.--M. G. Wilson

occupait le fauteuil. Un grand nombre de membres du Parlement et

d'hommes distingués avaient pris place autour de lui sur l'estrade.

Le président, en ouvrant la séance, annonce que la parole sera prise

successivement par M. Milner Gibson, m. P., par M. Richard Cobden, m.

P., en remplacement de M. George Thompson, absent, et par M. Fox.

M. GIBSON: Monsieur, j'ai eu le bonheur d'assister à un grand

nombre de meetings de la Ligue, mais jamais une aussi magnifique

assemblée que celle qui est en ce moment réunie dans ces murs

n'avait encore frappé mes regards, et j'ajoute, monsieur, que

cette marque signalée de l'approbation publique, à ce dernier

meeting d'adieu, est pour nous un juste sujet d'espérance et de

félicitation. À l'aspect d'une assemblée aussi imposante, il est

impossible de croire qu'une cause rétrograde, d'imaginer qu'une

question a perdu du terrain dans l'esprit et l'estime du peuple.

(Applaudissements.)

....... Je crois sincèrement que tout homme impartial qui jettera

les yeux autour de lui, et qui se demandera quels sont les

premiers besoins sociaux, quelles sont les nécessités qui se

manifestent en première ligne non-seulement dans les possessions

britanniques, mais dans la plus grande partie de l'Europe,

reconnaîtra que ces besoins et ces nécessités se lient intimement

à la souffrance physique. Il reconnaîtra que toute grande

amélioration sociale ne peut venir qu'après l'amélioration

matérielle de la condition du peuple. On montre un grand désir

d'instruire le peuple; on se plaint de son ignorance; on se

plaint de ce qu'il manque d'éducation morale. Mais que sert de

vouloir faire germer la vertu parmi des hommes courbés sous la

misère, flétris par une pénurie désespérante et qui ne sont point

en état de recevoir les leçons du prêtre ou du moraliste?

Croyez-le bien, si nous voulons que la vertu, la science, la

religion, prennent racine dans le coeur de l'homme laborieux,

commençons par améliorer sa condition physique. Nous devons

arracher l'ouvrier des campagnes à l'état d'abaissement où il est

maintenant placé. En vain nous cherchons à restreindre

l'immoralité, à diminuer le crime dans le pays, tant que la

classe laborieuse, en levant les yeux sur ceux qui occupent des

positions plus élevées dans l'échelle sociale, se sentira d'une

autre caste, pour ainsi dire, et se croira rejetée comme une

superfétation inutile, aussi peu digne, moins digne d'égards

peut-être que la nature animale engraissée sur les domaines de

l'aristocratie.

L'orateur rappelle ici qu'ayant voulu parler à la Chambre des communes

de la situation de l'ouvrier des campagnes, et s'étant étayé de

l'autorité d'un ministre du culte dont le nom est vénéré dans tout le

royaume, M. Godolphin Osborn, le ministre secrétaire d'État pour le

département de l'intérieur, avait parlé de prélats courant après la

popularité.

Je voudrais de tout mon coeur, continue M. Gibson, voir beaucoup

de nos prêtres et même de nos évêques condescendre à une telle

conduite. Je me rappelle un célèbre écrivain qui disait qu'une

très-utile association pourrait être fondée, et dans le fait

cette institution manque à l'Angleterre, dans le but de convertir

l'épiscopat au christianisme. (Applaudissements prolongés.) J'ai

la certitude absolue que la liberté du commerce est en parfaite

harmonie avec l'esprit de l'Évangile, et que la libre

communication des peuples est le moyen le plus efficace de

répandre la foi et la civilisation sur toute la surface de la

terre. Je ne pense pas que les efforts des missionnaires, quels

que soient leurs bonnes intentions et leur mérite, puissent

obtenir un succès complet tant que les gouvernements sépareront

les nations par des barrières artificielles, sous forme de tarifs

hostiles, et leur inculqueront, au lieu de sentiments fraternels

fondés sur des intérêts réciproques, des sentiments de jalousie

si prompts à éclater en vaste incendie. (Bruyantes acclamations.)

C'est une chose surprenante que l'excessive délicatesse, en

matière d'honneur national, qui s'est tout à coup révélée parmi

nos grands seigneurs trafiquants de céréales. On croirait voir

des coursiers _entraînés_ pour le turf. (Rires.) Mais qu'est-ce

que cela signifie? Cela signifie que, pour ces messieurs,

_guerre_ est synonyme de _rentes_. (Approbation et rires.)

J'ignore s'ils aperçoivent aussi clairement que je le fais la

liaison de ces deux idées. La première conséquence de la guerre,

c'est la cherté du blé; la seconde, c'est un accroissement

d'influence ministérielle, dont une bonne part revient toujours à

nos seigneurs terriens. Quelque lourdes que soient les charges,

quelque lamentables que soient les maux que la guerre infligerait

à la communauté, tenez pour certain que, s'il est possible

qu'elle profite à une classe, ce sera à la classe aristocratique.

Je crois très-consciencieusement qu'il y a dans ce pays un grand

parti lié avec l'intérêt territorial, parti représenté par le

_Morning-Post_ (rires), qui s'efforce de susciter un sentiment

antifrançais (_an anti-french-feeling_), dans l'unique but de

maintenir le monopole des grains. (Rires.) Qu'est-ce que la

guerre pour ces messieurs? Ils s'en tiennent bien loin. (Rires.)

Ils envoient leurs compatriotes au champ du carnage, et, quant à

eux, ils profitent de l'interruption du commerce pour tenir à

haut prix la subsistance du peuple; et quand revient la paix, ils

se font un titre de cette cherté même, pour continuer et

renforcer la protection. Nous avons vu tout cela dans la dernière

guerre. (Applaudissements.)

Une autre de leurs raisons pour pousser à la guerre, c'est qu'ils

y voient un moyen de détourner l'attention publique de ces

mouvements sociaux qui les mettent maintenant si mal à l'aise.

«Une bonne guerre, disent-ils, c'est une excellente diversion.»

Il y a très-peu de jours, un homme distingué, dont je ne me crois

pas autorisé à proclamer le nom dans cette enceinte, me disait:

Quoi qu'on en ait dit sur les maux de la guerre, quoi qu'en aient

écrit les moralistes et les philosophes, je crois que ce pays a

besoin d'une bonne guerre, et qu'elle nous délivrerait de bien

des difficultés. (Rires bruyants.)--C'est la vieille doctrine.

Bien heureusement, il ne sera pas en leur pouvoir de pousser le

peuple de ce pays vers ces folles exhibitions d'un faux

patriotisme. Il y a dans la nation britannique un bon sens, un

esprit de justice, qui, depuis les terribles luttes du

commencement de ce siècle, ont jeté de profondes racines; et il

sera difficile de lui persuader de se lancer dans toutes les

horreurs de la guerre pour le seul avantage de gorger notre riche

aristocratie aux dépens de la communauté. (Applaudissements

prolongés.)

Qu'il nous soit permis de faire une remarque sur ce passage du

discours de M. Gibson. Ne pourrait-il pas être très-à-propos prononcé

devant une assemblée française?

C'est une chose surprenante (dirait-on) que l'excessive délicatesse,

en matière d'honneur national, qui s'est tout à coup révélée parmi nos

trafiquants de fer et de houille. Mais qu'est-ce que cela signifie?

Cela signifie que pour ces messieurs _guerre_ est synonyme de

_cherté_; entente cordiale est synonyme de commerce, d'échanges, de

concurrence à redouter. Je crois très-consciencieusement qu'il y a,

dans ce pays, un grand parti lié avec l'intérêt _manufacturier_, parti

représenté par la _Presse_ et le journal du _Commerce_, qui s'efforce

de susciter un sentiment anti-anglais, dans l'unique but de maintenir

le haut prix des draps, des toiles, de la houille et du fer, etc.,

etc.

Après cette courte observation, nous reprenons le compte rendu de la

séance du 7 août, et nous consignons ici notre regret de ne pouvoir

traduire le remarquable discours de M. Cobden. Nous nous bornerons,

forcé que nous sommes de nous restreindre, à citer quelques passages

de l'allocution de M. Fox, et particulièrement la péroraison qui se

lie au sujet traité par le représentant de Manchester.

M. Fox. L'orateur, prenant texte d'un article du _Morning-Post_ qui

annonce pour la vingtième fois que la Ligue est morte après avoir

totalement échoué dans sa mission, passe en revue le passé de cette

institution, et montre l'influence qu'elle a exercée sur

l'administration des Whigs et ensuite sur celle des Torys, influence à

laquelle il faut attribuer les modifications récemment introduites

dans la législation commerciale de la Grande-Bretagne. Il parle

ensuite du progrès qu'elle a fait faire à l'opinion publique.

On peut dire de l'économie politique ce qu'on disait de la

philosophie, elle est descendue des nuages et a pénétré dans la

demeure des mortels; elle se mêle à toutes leurs pensées et fait

le sujet de tous leurs entretiens. C'est ainsi que la Ligue a

propagé dans le pays une sagacité politique qui finira par bannir

de ce monde les préjugés, les sophismes et les faussetés par

lesquels le genre humain s'est laissé si longtemps égarer. Nous

touchons presque au temps où deux grands hommes d'État, Pitt et

Fox, remplissaient l'univers de leurs luttes; et l'on ne saurait

encore décider lequel des deux était le plus profondément

ignorant des doctrines économiques. Et maintenant, il n'y a pas

un dandy, un incroyable, qui se présente devant les électeurs

d'un bourg-pourri, pour y recueillir un mandat de famille, qui ne

se soit gorgé d'Adam Smith, au moins dans l'édition de M.

Cayley[56]. (Rires.) Quand un peuple a acquis de telles lumières,

on ne se joue plus de lui. C'est pour la Ligue un sujet de juste

orgueil d'avoir disséminé dans le pays, non-seulement des

connaissances positives et de bonnes habitudes intellectuelles,

mais encore un véritable esprit d'indépendance morale. Partout où

je trouve une disposition à secouer cette servilité abjecte qui a

si longtemps pesé sur une portion du peuple de ce pays; partout

où je le vois donner aux choses leurs vrais noms, quels que

soient les fallacieux synonymes dont on les décore; quand je vois

le faible et le fort, le pauvre et le riche, le paysan et le pair

d'Angleterre, tous également jugés selon les règles du juste et

de l'injuste; quand je rencontre une ferme volonté de rendre

témoignage aux principes de l'équité et de la justice, en même

temps qu'une profonde sympathie pour les souffrances des classes

malheureuses et opprimées, alors je reconnais l'influence de la

Ligue; je la vois se répandre dans toutes les classes de la

société, j'adhère à cette ferme détermination de faire régner le

bien, de détruire le mal par des moyens paisibles, légaux, mais

honorables et sûrs, dont les fondateurs de cette grande

institution ont eu la gloire de faire adopter l'usage par leurs

concitoyens. (Applaudissements.) Je sais que ces grands et nobles

résultats n'ont pas atteint les limites auxquelles aspirent les

hommes de coeur qui dirigent la Ligue. Nous en avons le

témoignage par des faits irrécusables, que nous ne nions pas et

qu'au contraire nous regardons loyalement en face. Ils nous sont

d'ailleurs rappelés surabondamment par certains journaux. «Voyez,

disent-ils, dans combien d'élections la Ligue a échoué, dans

combien elle n'a pas osé accepter le combat! Elle a été battue

dans le Sud-Lancastre et à Birmingham.»--Il est vrai que nous

n'avons pu soutenir la lutte à Hortham, Cirencester et ailleurs.

Qu'est-ce à dire? Je ne m'en afflige pas. Il est bien que dans

une cause comme celle-ci--qui intéresse une multitude de

personnes étrangères aux agitations politiques et aux rudes

travaux qui peuvent seuls assurer le succès d'une grande réforme

sociale--il est bien qu'on ne se laisse point dominer par cette

idée, qu'il suffit d'instruire le peuple de ce qui est juste et

vrai, pour que le vrai et le juste triomphent d'eux-mêmes. Car,

si ces élections eussent amené d'autres résultats, quel

enseignement en aurions-nous obtenu? Quel effet auraient-elles

produit sur le grand nombre de ceux qui, pour la première fois,

s'unissant à la Ligue, se sont précipités dans le tumulte de

l'_agitation_? Ils n'auraient pas manqué de penser que les

électeurs sont libres dans leur opinion et dans leur action, que

l'intimidation, la corruption et les menées de sinistres intérêts

n'interviennent pas pour pervertir la conscience des votants, et

les vaincre en dépit de leurs idées et de leurs sentiments; et

cet enseignement eût été un mensonge. Ils en auraient conclu

encore que le monopole, loin de songer à faire des efforts

vigoureux et désespérés, loin d'avoir recours aux armes les plus

déloyales, n'attend pour abandonner la lutte que de voir la

vanité et l'injustice de ses prétentions bien comprises par le

public;--et cet enseignement aussi eût été un mensonge.--Ces

faciles triomphes eussent fait croire que l'esprit de parti est

vaincu; qu'il a appris la sagesse et la droiture; et que, dans le

vain but de soutenir quelque point de sectairianisme politique,

l'opposition ne se laisserait pas vaincre en se divisant alors

qu'elle peut être victorieuse par l'unité;--et cet enseignement

aussi eût été un mensonge.--Ils eussent encore suggéré cette idée

que les combinaisons législatives actuelles sont plus que

suffisantes pour protéger aux élections les droits et les

intérêts du peuple; que nos institutions et notre mécanisme

politique ont toute la perfection qu'on peut imaginer et

désirer;--et cet enseignement aussi eût été un mensonge,--un

grossier mensonge.--Dans mon opinion, subir quelques défaites

partielles, quelques désastres momentanés, quelques retards dans

le dénoûment de cette grande lutte, ce n'est pas acheter trop

cher les bonnes habitudes, l'expérience et la discipline que ces

revers mêmes font pénétrer dans l'esprit de la multitude, la

préparant à travailler avec constance et avec succès à la défense

des intérêts de la communauté. À ceux qui font de ces défaites

électorales un sujet de mépris envers nous, et d'orgueil pour

eux-mêmes, je dirai: Vous vous jouez avec ce qui vous suscitera

une puissance antagonique, une force à laquelle rien ne pourra

résister. Ces mêmes défaites nous apprennent l'art d'_agiter_.

Elles nous ont instruits, elles nous instruiront bien plus encore

jusqu'au jour où la communauté s'apercevra qu'en croyant ne

diriger son énergie que sur un seul point et ne poursuivre que le

triomphe d'un seul principe, la Ligue a jeté les fondements de

tout ce qui constitue la dignité, la grandeur et la prospérité

nationales. (Applaudissements.)

[Note 56: M. Cayley avait cité des extraits d'Adam Smith qu'il

avait rendus, en les falsifiant, favorables au système

protecteur.]

Il est une autre chose que la Ligue a accomplie, et c'était un

objet bien digne de ses efforts. Elle a démasqué les classes

privilégiées! (Écoutez! écoutez!) Leurs traits sont maintenant

connus de tous, et il n'est plus en leur pouvoir de se déguiser.

Le temps n'est pas éloigné où régnait une sorte de mystification

à l'égard des pairs et des hommes de haut parage, comme si le

sang qui coule dans leurs veines était d'une autre nature que

celui qui fait battre le coeur du peuple. Il a fallu que les

principes de la liberté commerciale fussent soumis à cette

discussion serrée, continuelle et animée qu'ils sont condamnés à

subir, pour qu'on reconnût la vraie portée de ces associations

féodales; pour qu'on s'assurât que ces grands hommes sont aussi

bien des _marchands_ que s'ils ouvraient boutique à Cheapside;

et que ces écussons, regardés jusqu'ici comme les emblèmes d'une

dignité quasi royale, ne sont autre chose que des enseignes où

l'on peut lire: _Acres à louer, blés à vendre_.

(Applaudissements.) Oui, ce sont des marchands; ce sont tous des

marchands. Ils trafiquent de terres aussi bien que de blés. Ils

trafiquent des aliments, depuis le pain de l'homme jusqu'à la

graine légère qui nourrit l'oiseau prisonnier dans sa cage.

(Rires.) Ils trafiquent de poissons, de faisans, de gibier; ils

trafiquent de terrains pour les courses de chevaux; ils y perdent

même l'argent qu'ils y parient et font ensuite des lois au

Parlement pour être dispensés de payer leurs dettes.

(Applaudissements.) Ils trafiquent d'étoiles, de jarretières, de

rubans--spécialement de rubans bleus--et, ce qui est le pis de

tout, ils trafiquent des lois par lesquelles ils rendent leur

négoce plus lucratif. Ils poussent des clameurs contre le petit

boutiquier qui instruit son apprenti dans l'art de «tondre la

pratique», tandis qu'ils font bien pis, eux nobles législateurs,

car ils tondent la nation, et surtout, ils tondent court et ras

l'indigent affamé..... La Ligue a montré les classes privilégiées

sous un autre jour, en stimulant leurs vertus, en provoquant leur

philanthropie. Oh! combien elles étalent de charité, pourvu que

la loi-céréale s'en échappe saine et sauve! Des plans pour

l'amélioration de la condition du peuple sont en grande faveur,

et chaque section politique présente le sien.

L'orateur énumère ici et critique un grand nombre de projets tous

aspirant à réparer par la charité les maux faits par l'injustice, tels

que le système des _allotments_ (V. p. 39), le bill des dix heures,

les sociétés pour l'encouragement de telles ou telles industries,

etc.--Il continue et termine ainsi:

Si notre cause s'élève contre le monopole, elle est encore plus

opposée à une guerre qui prendrait pour prétexte l'intérêt

national. J'espère que les sages avertissements qui sont sortis

de la bouche de l'honorable représentant de Manchester (M.

Gibson) pénétreront dans vos esprits et dans vos coeurs; car,

quand nous voyons à quels moyens le monopole a recours, il n'y a

rien de chimérique à redouter que, par un machiavélisme

monstrueux, il ne s'efforce, dans un sordide intérêt, de plonger

la nation dans toutes les calamités de la guerre. Si nous étions

menacés d'une telle éventualité, j'ai la confiance que le peuple

de ce pays se lèverait comme un seul homme pour protester contre

tout appel à ces moyens sanguinaires qui devront être relégués à

jamais dans les annales des temps barbares. Cette agitation doit

se maintenir et progresser, parce qu'elle se fonde sur une vue

complète des vrais intérêts nationaux et sur les principes de la

morale. Oui, nous soulevons une question morale. Laissons à nos

adversaires les avantages dont ils s'enorgueillissent. Ils

possèdent de vastes domaines, une influence incontestable; ils

sont maîtres de la Chambre des lords, de la Chambre des communes,

d'une grande partie de la presse périodique et du secret des

lettres (applaudissements); à eux encore le patronage de l'armée

et de la marine, et la prépondérance de l'Église. Voilà leurs

priviléges, et la longue énumération ne nous en effraye pas, car

nous avons contre eux ce qui est plus fort que toutes ces choses

réunies: le sentiment du juste gravé au coeur de l'homme.

(Acclamations.) C'est une puissance dont ils ne savent pas se

servir, mais qui nous fera triompher d'eux; c'est une puissance

plus ancienne que leurs races les plus antiques, que leurs

châteaux et leurs cathédrales, que l'Église et que l'État; aussi

ancienne, que dis-je? plus ancienne que la création même, car

elle existait avant que les montagnes fussent nées, avant que la

terre reposât sur ses fondements; elle habitait avec la sagesse

dans l'esprit de l'Éternel. Elle fut soufflée sur la face de

l'homme avec le premier souffle de vie, et elle ne périra pas en

lui tant que sa race n'aura pas compté tous ses jours sur cette

terre. Il est aussi vain de lutter contre elle que contre les

étoiles du firmament. Elle verra, bien plus, elle opérera la

destruction de tout ce qu'il y a d'injustice au fond de toutes

les institutions politiques et sociales. Oh! puisse la Providence

consommer bientôt sur le genre humain cette sainte bénédiction!

(Applaudissements prolongés.)

Après une courte allocution dans laquelle le président, au nom de la

Ligue, adresse aux habitants de la métropole des remercîments et des

adieux, la session de 1844 est close et l'assemblée se sépare.

* * * * *

Dans un des passages du discours précédent, M. Fox avait fait allusion

à un meeting tenu, deux jours avant, à Northampton. Le but de cette

publication étant de jeter quelque jour sur les moeurs politiques de

nos voisins, et de montrer, _en action_, l'immense liberté

d'association dont ils ont le bonheur de jouir, nous croyons devoir

dire un mot de ce meeting.

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 3 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 75 / 106 题