BANQUET POUR LE SOUTIEN DES PRINCIPES DE LA LIBERTÉ COMMERCIALE.

Extrait du _Glasgow-Argus_, 10 janvier 1844.

Cette grande et imposante démonstration, en faveur de la liberté

commerciale, et spécialement du rappel des lois-céréales, a eu lieu

mercredi soir, 10 de ce mois, dans la salle de la Cité (_City hall_).

Ainsi que nous l'avions prévu, jamais l'ouest de l'Écosse n'avait vu

une semblable manifestation de l'opinion publique; jamais, à Glasgow,

réunion n'avait présenté de tels caractères de distinction, d'ordre,

de lumières et d'énergie. La vaste salle contenait plus de deux mille

personnes, cent cinquante dames occupaient la galerie de l'ouest.

Le fauteuil était tenu par l'honorable lord prévôt.

Nous avons remarqué sur l'estrade MM. Fox Maule, m. P., James Oswald,

m. P., le col. Thompson, le Rév. M. Moore, John Bright, m. P., Arch.

Hastie, m. P., le prévôt Bain, et une foule d'autres personnages.

Lecture est faite des lettres d'excuses adressées par MM. Dunfermline,

m. P., lord Kinnaird, m. P., Villiers, m. P., Stewart, m. P., Georges

Duncan, m. P.

Ces honorables représentants ont été empêchés, malgré leur désir,

d'assister au banquet de Glasgow, soit parce qu'ils sont appelés à

d'autres meetings, qui ont pour objet la même cause, soit pour

d'autres motifs.

Sur la demande du lord prévôt, le doct. Wardlaw, dans une belle et

touchante prière, appelle sur l'assemblée la bénédiction divine.

Le lord prévôt est accueilli par des applaudissements enthousiastes,

lorsqu'il se lève pour proposer le premier toast.

«Messieurs, dit-il, c'est avec une profonde satisfaction que

j'occupe le fauteuil dans cette circonstance. Il y a longtemps

que les principes de la liberté commerciale ont prévalu parmi les

citoyens de Glasgow et beaucoup d'entre eux, vers la fin du

dernier siècle, soutinrent avec zèle les saines doctrines si

admirablement exposées et développées par l'immortel Adam Smith,

lorsqu'il occupait une des chaires de notre Université.

(Applaudissements.) Je suis heureux de voir qu'aujourd'hui les

négociants et les manufacturiers si éclairés de cette cité

prennent un intérêt toujours croissant à cette grande cause qui

embrasse toutes les autres, savoir: l'abolition de tous les

monopoles,--et rien ne peut m'être plus agréable que de remplir

mon devoir de premier magistrat de la cité, en prêtant aide et

assistance, quand l'occasion s'en présente, à ces réformes qui

ont pour objet le bien-être des classes ouvrières et la

prospérité de cette métropole commerciale de l'Écosse.»

Après quelques observations, le lord prévôt conclut en ces termes:

«Je vous invite à vous joindre à moi pour rendre hommage à notre

gracieuse souveraine. La vie de son père, ses propres sentiments

ne nous laissent aucun doute que nous avons en elle une amie

éclairée de toute mesure qui tend au bien-être, à la prospérité

et au bonheur du peuple. À la reine!» (Applaudissements

prolongés. Toute l'assemblée se lève et reste debout pendant que

l'orchestre exécute l'hymne national.)

M. FOX MAULE, représentant de Perth,--après quelques réflexions, porte

le second toast:

«_À la liberté des échanges!_ Messieurs, je ne m'étendrai pas sur

ces grands principes qui, s'ils vivent quelque part, doivent

vivre surtout dans cette cité qui, la première, entendit les

leçons d'Adam Smith. Ils pénètrent de jour en jour, et avec tant

de force dans les esprits, qu'il serait inutile et pour ainsi

dire déplacé, de les développer devant vous. Je considère que le

but de cette réunion est d'examiner en commun les idées pratiques

qui pourront nous être soumises sur le mode à la fois le plus

prompt, le plus efficace et le plus sûr de faire enfin pénétrer

ces principes dans notre gouvernement et notre législature. Vous

admettez, je crois, que le vieux système des _protections

spéciales_, alors même qu'on pourrait lui attribuer quelques

effets momentanément favorables, n'est pas la base sur laquelle

doivent reposer les grands intérêts permanents de ce pays. Le

monopole est une plante qu'on peut à la rigueur élever en serre

chaude, mais qui ne saurait enfoncer profondément ses racines

dans notre sol, et exposer ses branches à tous les vents de notre

climat. Nous sommes des hommes libres. Pourquoi n'aurions-nous

pas un commerce libre? (Bruyants applaudissements.) La raison dit

que ce système est le meilleur, le plus propre à répandre le

bien-être parmi les hommes, qui met toutes les denrées du monde à

notre portée et laisse refluer les produits de notre travail sur

tous les points de la terre.»

L'orateur traite la question dans ses rapports avec l'agriculture; il

témoigne toute son admiration pour les utiles efforts de la Ligue, et

termine en portant ce toast:

«À la liberté du commerce; à la chute du monopole qui est le

fléau du pays et du peuple.» (Applaudissements enthousiastes.)

Le lord prévôt porte la santé de la députation de la Ligue. M. Cobden

remercie et prononce un discours qui fait sur l'assemblée une

profonde impression.

M. Alexandre GRAHAM: «Aux ministres de la religion qui se sont

réunis à la cause de la liberté du commerce. Dans le cours de ces

dernières années, deux appels ont été faits au clergé. La

première fois, sept cents ministres dissidents de toutes les

dénominations se sont réunis à Manchester, et plus de neuf cents,

dans leurs lettres d'excuse, ont donné leur approbation à l'objet

de la Ligue. La seconde réunion de plus de deux cents ministres,

eut lieu à Édimbourg.»

L'orateur, dans un discours que nous supprimons à regret, examine les

causes qui tiennent le clergé de l'Église établie éloigné de ce grand

mouvement.--Il traite ensuite la question de la liberté commerciale,

au point de vue religieux.

Le Rév. doct. HEUGH: «Au progrès des connaissances, nécessaire et

seule garantie de l'extension et de la permanence des

institutions libres.» (Immenses applaudissements. Ce magnifique

texte fait le sujet d'un discours du rév. ministre, qui est

écouté avec recueillement.)

D'autres discours sont prononcés par MM. Bright, Thompson, Oswald,

Hastie. La souscription de Glasgow, au fonds de la Ligue, paraît

devoir s'élever à plus de 5,000 l. s. (125,000 fr.)

L'assemblée se sépare à 8 heures du soir.

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 3 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 48 / 106 题