LIGNE BRISÉE

_À Raymond ROUSSEL_

Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel

Nous les pavés de l'amour tous les signaux interrompus

Qui personnifions les grâces de ce poème

Rien ne nous exprime au-delà de la mort

À cette heure où la nuit pour sortir met ses bottines vernies

Nous prenons le temps comme il vient

Comme un mur mitoyen à celui de nos prisons

Les araignées font entrer le bateau dans la rade

Il n'y a qu'à toucher il n'y a rien à voir

Plus tard vous apprendrez qui nous sommes

Nos travaux sont encore bien défendus

Mais c'est l'aube de la dernière côte le temps se gâte

Bientôt nous porterons ailleurs notre luxe embarrassant

Nous porterons ailleurs le luxe de la peste

Nous un peu de gelée blanche sur les fagots humains

Et c'est tout

L'eau-de-vie panse les blessures dans un caveau par le

soupirail duquel on aperçoit une route bordée de grandes patiences

vides

Ne demandez pas où vous êtes

Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel

Le jeu de cartes à la belle étoile

Nous soulevons à peine un coin du voile

Le raccommodeur de faïence travaille sur une échelle

Il paraît jeune en dépit de la concession

Nous portons son deuil en jaune

Le pacte n'est pas encore signé

Les sœurs de charité provoquent

À l'horizon des fuites

Peut-être pallions-nous à la fois le mal et le bien

C'est ainsi que la volonté des rêves se fait

Gens qui pourriez

Nos rigueurs se perdent dans le regret des émiettements

Nous sommes les vedettes de la séduction plus terrible

Le croc du chiffonnier Matin sur les hardes fleuries

Nous jette à la fureur des trésors aux dents longues

N'ajoutez rien à la honte de votre propre pardon

C'est assez que d'armer pour une fin sans fond

Vos yeux de ces larmes ridicules qui nous soulagent

Le ventre des mots est doré ce soir et rien n'est plus en vain

Clair de terre · 第 59 / 62 题