_À Roger VITRAC_
Bientôt les jardins seront sur nous comme des phares
D'énormes bulles crèveront à la surface des étangs
Seules quelques cristallisations emblématiques parmi
lesquelles le pendule de sang et les cinq charbons blancs
Témoigneront que le ciel est encore sensible
Il y aura aussi un ruban magnifique
Enroulé mille fois autour des beautés abstraites naturelles
Ô mes amis fermons les yeux
Jusqu'à ce que nous n'entendions plus siffler les serpents
transparents des directions
Aussi vrai que nous vivons en pleine antiquité
Dans chaque rayon de soleil il y a une lucarne et à chaque
lucarne peut apparaître la Gorgone
Déjà nous avons assisté aux migrations de nos mains
Immobiles au bord d'un fleuve nous regardions passer le
travail à tire d'ailes
Comme d'autres apprennent à vider sans bruit les poches de
leurs vêtements suspendus et garnis de clochettes
Quand nous levons la tête le ciel nous bande les yeux
Fermons les yeux pour qu'il fasse clair où nous ne sommes pas
Là trompant l'impossible étoile à une branche
Nous danserons comme le feu parmi les paillettes de
nous-mêmes
Et ce sera toujours
Nous passerons des ponts surprenants
Nous verserons dans des vallées de larmes
À la longue les cygnes ne répondrons plus de nous
De nous qui retournons aux formes idéales
Avec qui les saisons iront au plus pressé
Et qui les premiers forcerons le danger
Magique sur sa corde inexistante
Pour nous servir à prendre des chemins de traverse