AU REGARD DES DIVINITÉS

_À Louis ARAGON_

«Un peu avant minuit près du débarcadère.

«Si une femme échevelée te suit n'y prends pas garde.

«C'est l'azur. Tu n'as rien à craindre de l'azur.

«Il y aura un grand vase blond dans un arbre.

«Le clocher du village des couleurs fondues

«Te servira de point de repère. Prends ton temps,

«Souviens-toi. Le geyser brun qui lance au ciel les pousses de

fougère

«Te salue.»

La lettre cachetée aux trois coins d'un poisson

Passait maintenant dans la lumière des faubourgs

Comme une enseigne de dompteur.

Au demeurant

La belle, la victime, celle qu'on appelait

Dans le quartier la petite pyramide de réséda

Décousait pour elle seule un nuage pareil

A un sachet de pitié.

Plus tard l'armure blanche

Qui vaquait aux soins domestiques et autres

En prenant plus fort à son aise que jamais,

L'enfant à la coquille, celui qui devait être...

Mais silence.

Un brasier déjà donnait prise

En son sein à un ravissant roman de cape

Et d'épée.

Sur le pont, à la même heure,

Ainsi la rosée à tête de chatte se berçait

La nuit,--et les illusions seraient perdues.

Voici les Pères blancs qui reviennent de vêpres

Avec l'immense clé pendue au-dessus d'eux.

Voici les hérauts gris; enfin voici sa lettre

Ou sa lèvre: mon cœur est un coucou pour Dieu.

Mais le temps qu'elle parle, il ne reste qu'un mur

Battant dans un tombeau comme une voile bise.

L'éternité recherche une montre-bracelet

Un peu avant minuit près du débarcadère.

Clair de terre · 第 43 / 62 题