V.

Horace me fréquentait de plus en plus. Il me témoignait une sympathie à

laquelle j'étais sensible, quoique Eugénie ne la partageât point. Il

lui arriva plusieurs fois de rencontrer chez moi le petit Masaccio, et

malgré le bien que je lui disais de ce jeune homme, loin de partager

la bonne opinion que j'en avais, il éprouvait pour lui une antipathie

insurmontable. Cependant il le traitait avec plus d'égards depuis qu'il

l'avait vu essayer le portrait d'Eugénie, et que l'esquisse était si

bien venue, avec une ressemblance si noble et un dessin si large,

qu'Horace, engoué de toute supériorité intellectuelle, ne pouvait

s'empêcher de lui montrer une sorte de déférence. Mais il n'en était

que plus indigné de cette inexplicable absence d'ambition noble qui

contrastait avec l'exubérance de la sienne propre. Il s'emportait en

véhémentes déclamations à cet égard, et Paul Arsène, l'écoutant avec un

sourire contenu au bord des lèvres, se contentait, pour toute réponse,

de dire en se tournant vers moi:--Monsieur, votre ami parle bien!

Du reste, Paul ne manifestait ni bonne ni mauvaise disposition à son

égard. Il était de ces gens qui marchent si droit à leur but que

jamais ils ne s'arrêtent aux distractions du chemin. Il ne disait rien

d'inutile; il ne se prononçait presque sur rien, alléguant toujours son

ignorance, soit qu'elle fût réelle, soit qu'elle lui servît de prétexte

souverain pour couper court à toute discussion. Toujours renfermé en

lui-même, il ne faisait acte de volonté que pour calmer les autres sans

pédantisme, ou les obliger sans ostentation; et, en attendant qu'il prit

le parti qu'il roulait dans sa tête, il étudiait le modèle, apprenait

l'anatomie, et faisait des dessins pour porcelaine avec autant de soin

et de zèle que s'il n'eût pas songé à changer de carrière. Ce calme dans

le présent avec cette agitation pour l'avenir me frappait d'admiration.

C'est un des assemblages de facultés les plus rares qui soient dans

l'homme; la jeunesse surtout est portée à s'endormir dans le présent

sans souci du lendemain ou à dévorer le présent dans l'attente fiévreuse

de l'avenir.

Horace semblait l'antipode volontaire et raisonné de ce caractère. Peu

de jours m'avaient suffi pour me convaincre qu'il ne travaillait

pas, quoiqu'il prétendît réparer en quelques heures de veille toute

l'oisiveté de la semaine. Il n'en était rien. Il n'avait pas été trois

fois dans sa vie au cours de droit; il n'avait peut-être pas ouvert plus

souvent ses livres; et un jour que j'examinais les rayons de sa chambre,

je n'y trouvai que des romans et des poèmes. Il m'avoua que tous ses

livres de droit étaient vendus.

Cet aveu en entraîna d'autres. Je craignais que ce besoin d'argent ne

fût l'effet d'une conduite légère; il se justifia en me disant que ses

parents n'avaient aucune fortune; et sans me faire connaître le chiffre

du revenu qui lui était assigné, il m'assura que sa bonne mère était

dans une étrange illusion en se persuadant qu'elle lui envoyait de quoi

vivre à Paris.

Je n'osai pousser plus loin mon interrogatoire; mais je jetai un regard

involontaire sur la garde-robe élégante et bien fournie de mon jeune

ami: rien ne lui manquait. Il avait plus de gilets, d'habits et de

redingotes que moi, qui jouissais d'un héritage de trois mille francs

de rente. Je devinai que le tailleur allait devenir le fléau de cette

existence. Je ne me trompai pas. Bientôt je vis le front d'Horace se

rembrunir, sa parole devenir plus brève et son ton plus incisif. Il

fallut plus d'une semaine pour le confesser. Enfin je lui arrachai

l'aveu de son outrage. L'infâme tailleur s'était permis de présenter son

mémoire, le misérable! Cela méritait des coups de canne! C'était encore

un signe de vertu, que cette indignation; Horace n'en était pas au

degré de perversité où l'on se vante de ses dettes et où l'on rit avec

fanfaronnade à l'idée de voir fondre sur les parents une note de trois

ou quatre mille francs. D'ailleurs il chérissait profondément sa mère,

quoiqu'il la trouvât bornée; et il était bon fils, quoiqu'il eût un

secret mépris pour la dépendance où son père vivait à l'égard du

gouvernement.

Le voyant tomber dans le spleen, je pris sur moi de dire au tailleur

quelques mots qui le tranquillisèrent; et Horace, après m'avoir remercié

avec une effusion extrême, reprit sa sérénité.

Mais son oisiveté ne cessa point, et son genre de vie, pour n'avoir rien

que de très-ordinaire dans un étudiant, me causa une vive surprise à

mesure que je l'observai. Comment concilier, en effet, cette ardeur de

gloire, ces rêves d'activité parlementaire et de supériorité politique,

avec la profonde inertie et la voluptueuse nonchalance d'un tel

tempérament? Il semblait que la vie dût être cent fois trop longue pour

le peu qu'il y avait à faire. Il perdait les heures, les jours et les

semaines avec une insouciance vraiment royale. C'était quelque chose de

beau à contempler que ce fier jeune homme aux formes athlétiques, à la

noire chevelure, à l'oeil de flamme, couché du matin à la nuit sur le

divan de mon balcon, fumant une énorme pipe (dont il fallait tous les

jours renouveler la cheminée, parce qu'en la secouant sur les barreaux

du balcon, il ne manquait jamais de laisser tomber la capsule dans la

rue), et feuilletant un roman de Balzac ou un volume de Lamartine, sans

daigner lire un chapitre ou un morceau entier. Je le laissais là pour

aller travailler, et quand je revenais de la clinique ou de l'hôpital,

je le retrouvais assoupi à la même place, presque dans la même attitude.

Eugénie, condamnée à subir cet étrange tête-à-tête, et n'ayant, du

reste, pas à s'en plaindre personnellement, car il daignait à peine lui

adresser la parole (la regardant plutôt comme un meuble que comme une

personne), était indignée de cette paresse princière. Quant à moi, je

commençais à sourire lorsque, les yeux encore appesantis par une rêverie

somnolente, il reprenait ses divagations sur la gloire, la politique et

la puissance.

Cependant aucune idée de blâme ou de mépris ne se mêlait à mon doute.

Tous les jours, après le dîner, nous nous retrouvions, Horace et moi, au

Luxembourg, au café ou à l'Odéon, au milieu d'un groupe assez nombreux,

composé de ses amis et des miens; et là, Horace pérorait avec une rare

facilité. Sur toutes choses il était le plus compétent, quoiqu'il fût le

plus jeune; en toutes choses il était le plus hardi, le plus passionné,

le plus _avancé_, comme on disait alors, et comme on dit, je crois,

encore aujourd'hui. Ceux, même qui ne l'aimaient pas, parmi les

auditeurs, étaient forcés de l'écouter avec intérêt, et ses

contradicteurs montraient en général plus de méfiance et de dépit que

de justice et de bonne foi. C'est que là Horace reprenait tous ses

avantages: la discussion était sur son terrain; et chacun s'avouait

intérieurement que s'il n'était pas logicien infaillible, du moins il

était orateur fécond, ingénieux et chaud. Ceux qui ne le connaissaient

pas croyaient le renverser, en disant que c'était un homme sans fond,

sans idées, qui avait travaillé immensément, et dont toute l'inspiration

n'était que le résultat d'une culture minutieuse. Pour moi, qui savais

si bien le contraire, j'admirais cette puissance d'intuition, à laquelle

il suffisait d'effleurer chaque chose en passant pour se l'assimiler et

pour lui donner aussitôt toutes sortes de développements au hasard de

l'improvisation. C'était à coup sûr une organisation privilégiée, et

pour laquelle on pouvait augurer qu'il serait toujours temps, puisqu'il

lui en fallait si peu pour s'élargir et se compléter.

Sa présence assidue chez moi était un véritable supplice pour Eugénie.

Comme toutes les personnes actives et laborieuses, elle ne pouvait avoir

sous les yeux le spectacle de l'inaction prolongée, sans en ressentir

un malaise qui allait jusqu'à la souffrance. N'étant point actif par

nature, mais par raisonnement et par nécessité, je n'étais pas aussi

révolté qu'elle, d'ailleurs je me plaisais à croire que cette inaction

n'était qu'une défaillance passagère dans les forces de mon jeune ami,

et que bientôt il donnerait, comme il disait, un vigoureux coup de

collier.

Cependant, comme deux mois s'étaient écoulés sans apporter aucun

changement à cette manière d'être, je crus de mon devoir d'aider au

_réveil du lion_, et j'essayai un jour d'aborder ce point délicat, en

prenant le café avec lui chez Poisson. La journée avait été orageuse,

et de grands éclairs faisaient par intervalles bleuir la verdure des

marronniers du Luxembourg. La dame du comptoir était belle comme

à l'ordinaire, plus qu'à l'ordinaire peut-être; car la mélancolie

habituelle de son visage était en harmonie avec cette soirée pleine de

langueur et à demi sombre.

Horace tourna plusieurs fois les yeux vers elle, et revenant à moi: «Je

m'étonne, dit-il, qu'étant capable de devenir sérieusement épris d'une

femme de ce genre, vous n'ayez pas conçu une grande passion pour

celle-ci.

--Elle est admirablement belle, lui dis-je; mais j'ai le bonheur de ne

jamais avoir d'yeux que pour la femme que j'aime. Ce serait plutôt à

moi de m'étonner qu'ayant le coeur libre, vous ne fassiez pas plus

d'attention à ce profil grec et à cette taille de nymphe.

--La Polymnie du Musée est aussi belle, répondit Horace, et elle a sur

celle-ci de grands avantages. D'abord elle ne parle point, et celle-ci

me désenchanterait au premier mot qu'elle dirait. Ensuite celle du Musée

n'est pas limonadière, et en troisième lieu elle ne s'appelle point

madame Poisson. Madame Poisson! quel nom! Vous allez encore blâmer mon

aristocratie; mais vous-même, voyons! Si Eugénie s'était appelée Margot

ou Javotte...

--J'eusse mieux aimé Margot ou Javotte que Léocadie ou Phoedora. Mais

laissez-moi vous dire, Horace, que vous me cachez quelque chose: vous

devenez amoureux?»

Horace me tendit son bras.--Docteur, s'écria-t-il en riant, tâtez-moi

le pouls; ce doit être un amour bien tranquille, puisque je ne m'en

aperçois pas. Mais pourquoi avez-vous une pareille idée?

--Parce que vous ne songez plus à la politique.

--Où prenez-vous cela? J'y pense plus que jamais. Mais ne peut-on

marcher à son but que par une seule voie?

--Oh! quelle est donc celle où vous marchez? Je sais bien que pour moi

le _far-niente_ serait le bonheur. Mais pour qui aime la gloire...

--La gloire vient trouver ceux qui l'aiment d'un amour délicat et

fier. Pour moi, plus je réfléchis, plus je trouve l'étude du droit

inconciliable avec mon organisation, et le métier d'avocat impossible à

un homme qui se respecte; j'y ai renoncé.

--En vérité! m'écriai-je, étourdi de l'aisance avec laquelle il

m'annonçait une pareille détermination; et qu'allez-vous faire?

--Je ne sais, répondit-il d'un air indifférent; peut-être de la

littérature. C'est une voie encore plus large que l'autre; ou plutôt

c'est un champ ouvert où l'on peut entrer de toutes parts. Cela convient

à mon impatience et à ma paresse. Il ne faut qu'un jour pour se placer

au premier rang; et quand l'heure d'une grande révolution sonnera, les

partis sauront reconnaître dans les lettres, bien mieux que dans le

barreau, les hommes qui leur conviennent.

Comme il disait cela, je vis passer dans une glace une figure qui me

sembla être celle de Paul Arsène; mais, avant que j'eusse tourné la tête

pour m'en assurer, elle avait disparu.

«Et quelle partie choisirez-vous dans les lettres? demandai-je à Horace.

--Vers, prose, roman, théâtre, critique, polémique, satire, poëme, tonte

forme est à mon choix, et je n'en vois aucune qui m'effraie.

--La forme bien, mais le fond?

--Le fond déborde, répondit-il, et la forme est le vase étroit où il

faut que j'apprenne à contenir mes pensées. Soyez tranquille, vous

verrez bientôt que cette oisiveté qui vous effraie couve quelque chose.

Il y a des abîmes sous l'eau qui dort.»

Mes yeux, flottant autour de moi, retrouvèrent de nouveau Paul Arsène,

mais dans un accoutrement inusité. Cette fois sa chemise était fort

blanche et assez fine; il avait un tablier blanc, et pour achever la

métamorphose, il portait un plateau chargé de tasses.

«Voilà, dit Horace, dont les yeux avaient suivi la même direction que

les miens, un garçon qui ressemble effroyablement au Masaccio.»

Quoiqu'il eût coupé ses longs cheveux et sa petite moustache, il m'était

impossible de douter un seul instant que ce ne fût le Masaccio en

personne. J'eus le coeur affreusement serré, et faisant un effort,

j'appelai le garçon.

«_Voilà, Monsieur!_ répondit-il aussitôt; et, s'approchant de nous, sans

le moindre embarras, il nous présenta le café.

--Est-il possible! Arsène? m'écriai-je, vous avez pris ce parti?

--En attendant un meilleur, répondit-il, et je ne m'en trouve pas mal.

--Mais vous n'avez pas un instant de reste pour dessiner? lui dis-je,

sachant bien que c'était la seule objection qui pût l'émouvoir.

--Oh! cela, c'est un malheur! mais il est pour moi seul, répondit-il, ne

me blâmez pas, Monsieur. Ma vieille tante va mourir, et je veux faire

venir mes soeurs ici; car, voyez-vous quand on a tâté de ce coquin

de Paris, on ne peut plus s'en aller vivre en province. Au moins ici

j'entendrai parler d'art et de peinture aux jeunes étudiants: et quand

M. Delacroix exposera, je pourrai m'esquiver une heure pour aller voir

ses tableaux. Est-ce que les arts vont périr, parce que Paul Arsène ne

s'en mêle plus? Il n'y a que les tasses qui menacent ruine, ajouta-t-il

gaiement en retenant le plateau prêt à s'échapper de sa main encore mal

exercée.

--Ah çà, Paul Arsène, s'écria Horace en éclatant de rire, ou vous êtes

un petit juif, ou vous êtes amoureux de la belle madame Poisson.»

Il fit cette plaisanterie, selon son habitude, avec si peu de

précaution, que madame Poisson, dont le comptoir était tout près,

l'entendit et rougit jusqu'au blanc des yeux. Arsène devint pâle comme

la mort et laissa tomber le plateau; M. Poisson accourut au bruit, donna

un coup d'oeil au dégât, et alla au comptoir pour l'inscrire sur un

livre _ad hoc_. Le garçon de café est comptable de tout ce qu'il casse.

En voyant l'émotion de sa femme, nous entendîmes le patron lui dire

d'une voix âpre:

«Vous serez donc toujours prête à sauter et à crier au moindre bruit?

Vous avez des nerfs de marquise.»

Madame Poisson détourna la tête et ferma les yeux, comme si la vue de

cet homme lui eût fait horreur. Ce petit drame bourgeois se passa en

trois minutes; Horace n'y fit aucune attention: mais ce fut pour moi

comme un trait de lumière.

L'intérêt sincère et profond que j'éprouvais pour le pauvre Masaccio me

fit souvent retourner au café Poisson; j'y fis de plus longues séances

que de coutume, et j'y augmentai ma consommation, afin de ne point

éveiller désagréablement l'attention du maître, qui me parut jaloux et

brutal. Mais quoique je m'attendisse sans cesse à voir quelque tragédie

dans ce ménage, il se passa plus d'un mois sans que l'ordre farouche en

parût troublé. Arsène remplissait ses fonctions de valet avec une rare

activité, une propreté irréprochable, une politesse brusque et de bonne

humeur qui captivait la bienveillance de tous les habitués et jusqu'à

celle de son rude patron.

«Vous le connaissez?» me dit un jour ce dernier en voyant que je causais

un pou longuement avec lui. Arsène m'avait recommandé de ne point dire

qu'il eût été artiste, de peur de lui aliéner la confiance de son

maître, et conformément aux instructions qu'il m'avait données, je

répondis que je l'avais vu dans un restaurant où on le regrettait

beaucoup.

«C'est un excellent sujet, me répondit M. Poisson; parfaitement honnête,

point causeur, point donneur, point ivrogne, toujours content, toujours

prêt. Mon établissement a beaucoup gagné depuis qu'il est à mon service.

Eh bien! Monsieur, croiriez-vous que madame Poisson, qui est d'une

faiblesse et d'une indulgence absurdes avec tous ces gaillards-là, ne

peut point souffrir ce pauvre Arsène!»

M. Poisson parlait ainsi debout, à deux pas de ma petite table, le coude

appuyé, majestueusement sur la face externe du comptoir d'acajou où sa

femme trônait d'un air aussi ennuyé qu'une reine véritable. La figure

ronde et rouge de l'époux sortait de sa chemise à jabot de mousseline,

et son embonpoint débordait un pantalon de nankin ridiculement tendu sur

ses flancs énormes. Horace l'avait surnommé le Minautore. Tandis qu'il

déplorait l'injustice de sa femme envers ce pauvre Arsène, je crus voir

un imperceptible sourire errer sur les lèvres de celle-ci. Mais elle ne

répliqua pas un mot, et lorsque je voulus continuer cette conversation

avec elle, elle me répondit avec un calme imperturbable:

«Que voulez-vous, Monsieur? ces gens-là (elle parlait des garçons

de café en général) sont les fléaux de notre existence. Ils ont des

manières si brutales et si peu d'attachement! Ils tiennent à la maison

et jamais aux personnes. Mon chat vaut mieux, il tient à la maison et à

moi.»

Et parlant ainsi d'une voix douce et traînante, elle passait sa main de

neige sur le dos tigré du magnifique angora qui se jouait adroitement

parmi les porcelaines du comptoir.

Madame Poisson ne manquait point d'esprit, et je remarquai souvent

qu'elle lisait de bons romans. Comme habitué, j'avais acheté le droit

de causer avec elle, et mes manières respectueuses inspiraient toute

confiance au mari. Je lui fis souvent compliment du choix de ses

lectures; jamais je n'avais vu entre ses mains un seul de ces

ouvrages grivois et à demi obscènes qui font les délires de la petite

bourgeoisie. Un jour qu'elle terminait _Manon Lescaut_, je vis une larme

rouler sur sa joue, et je l'abordai en lui disant que c'était le plus

beau roman du coeur qui eût été fait en France. Elle s'écria:

«Oh! oui, Monsieur! c'est du moins le plus beau que j'aie lu. Ah!

perfide Manon! sublime Desgrieux!» et ses regards tombèrent sur Arsène,

qui déposait de l'argent dans sa sébile; fut-ce par hasard ou par

entraînement? il était difficile de prononcer. Jamais Arsène ne levait

les yeux sur elle; il circulait des tables au comptoir avec une

tranquillité qui aurait dérouté le plus fin observateur.

Horace(#13671) · 第 9 / 38 题