Certainement nous l'avons connu, mais disséminé entre dix ou douze
exemplaires, dont aucun en particulier ne m'a servi de modèle. Dieu me
préserve de faire la satire d'un individu dans un personnage de roman.
Mais celle d'un travers répandu dans le monde de nos jours, je l'ai
essayée cette fois-ci encore; et si je n'ai pas mieux réussi que de
coutume, comme de coutume je dirai que c'est la faute de l'auteur et non
celle de la vérité. Les marquis d'aujourd'hui ne sont plus ridicules.
Une couche nouvelle de la société ayant poussé l'ancienne, il est
certain que les prétentions et les impertinences de la vanité ont changé
de place et de nature. J'ai tenté de faire un peu attentivement la
critique du beau jeune homme de ce temps-ci; et ce _beau_ n'est pas ce
qu'à Paris on appelle _lion_. Ce dernier est le plus inoffensif des
êtres. Horace est un type plus répandu et plus dangereux, parce qu'il
est plus élevé en valeur réelle. Un _lion_ n'est le successeur ni des
marquis de Molière ni des roués de la Régence; il n'est ni bon ni
méchant; il rentre dans la catégorie des enfants qui s'amusent à faire
les matamores. Cette impuissante affectation des grands vices qui ne
sont plus n'est qu'un très-petit épisode de la scène générale. Horace a
dû traverser cet épisode; mais il partait d'un autre point et cherchait
un autre but. Dieu merci, un seul ridicule ne suffit pas à cette
jeunesse ambitieuse, qui s'agrandit et s'épure à travers mille erreurs
et mille fautes, grâce au puissant mobile de l'amour-propre. Mon ami,
nous avons souvent parlé de ceux de nos contemporains chez qui nous
avons vu la personnalité se développer avec un excès effrayant; nous
leur avons vu faire beaucoup de mal en voulant faire le bien. Nous les
avons parfois raillés, souvent repris; plus souvent nous les avons
plaints, et toujours nous les avons aimés, _quand même_!