Le sphynx révolutionnaire, sous le nom d’esprit moderne, propose
quantité d’énigmes dont les catholiques libéraux s’occupent plus qu’il
ne convient à la dignité des enfants du Christ. Aucun d’eux d’ailleurs
n’y répond de manière à contenter ni le sphynx, ni soi-même, ni
personne, et l’on peut observer que le monstre dévore premièrement ceux
qu’il flatte de l’avoir mieux deviné.
Peu de fierté, peu de foi restent en ceux-là! Ils viennent, non sans
arrogance, au nom du sphynx et en leur propre nom, demander comment le
Catholicisme «intolérant» saurait s’arranger «des conquêtes» de l’esprit
dissident, de ses droits de l’homme, de sa liberté des cultes, de ses
constitutions politiques établies sur ces bases, etc., etc. Rien n’est
moins mystérieux.
Premièrement, l’esprit dissident à tous les degrés le prend sur un pied
de supériorité qui ne lui appartient pas et que nous ne reconnaissons
pas. L’erreur n’est ni la maîtresse, ni l’égale de la vérité, n’a rien
de légitime à lui imposer, ne peut légitimement rien contre elle; et,
par suite, les disciples de l’erreur, infidèles, incrédules, athées,
renégats, ne sont ni les maîtres ni les égaux légitimes des disciples de
Jésus-Christ, le Dieu unique. Entre la cohue qui s’amasse autour de
l’erreur, et la société parfaite que forme l’Église du Christ, les
obligations ne sont nullement pareilles au point de vue de l’inaltérable
droit. Nous savons parfaitement à qui il a été dit: _Allez,
enseignez_:--Parole, pour le remarquer en passant, identique à ce grand
_Crescite_, croissez, qui fut prononcé au commencement des choses; et
ces deux paroles sont vivantes en dépit des ruses et des triomphes de la
mort.--L’erreur n’a rien à enseigner de droit divin, n’a pas le droit
divin de croître et de multiplier. La vérité peut tolérer l’erreur,
l’erreur lui doit la liberté.
Secondement, les partisans de l’erreur ayant pris le dessus et intronisé
dans le monde de prétendus principes qui sont la négation du vrai, et
par conséquent la destruction de l’ordre, nous leur laissons ces faux
principes jusqu’à ce qu’ils s’en dégoûtent ou en meurent, et nous
gardons nos vérités, dont nous vivons.
Troisièmement, lorsque le temps sera venu, lorsque l’épreuve sera faite
et qu’il faudra reconstruire l’édifice social suivant les règles
éternelles, que ce soit demain, que ce soit dans des siècles, les
catholiques arrangeront les choses comme pour eux. Sans s’inquiéter de
ceux qui voudraient demeurer dans la mort, ils établiront des lois de
vie. Ils mettront Jésus-Christ à sa place, en haut, et on ne l’insultera
plus. Ils élèveront les enfants pour connaître Dieu et honorer leurs
pères. Ils maintiendront l’indissolubilité du mariage, et si les
dissidents s’en trouvent mal, leurs fils s’en trouveront bien. Ils
imposeront l’observation religieuse du dimanche pour le compte et pour
le bien de la société toute entière, quitte à laisser les
libres-penseurs et les juifs célébrer pour leur propre compte le lundi
ou le samedi. Ceux que cette loi pourrait gêner seront gênés. Le respect
ne sera plus refusé au Créateur et le repos à la créature dans l’unique
but de contenter quelques maniaques, dont la frénésie fait si sottement
et si insolemment pécher tout un peuple. Leurs maisons en seront
d’ailleurs, comme les nôtres, plus solides, et leurs champs plus
féconds.
En un mot, la société catholique sera catholique, et les dissidents
qu’elle tolérera connaîtront sa charité, mais ne morcelleront pas son
unité.
Voilà ce que l’on peut, de la part des catholiques, répondre au sphynx;
et ce sont les paroles qui le tueront. Le sphynx n’est pas invulnérable;
nous avons contre lui les armes qu’il faut. L’Archange n’a pas vaincu le
Rebelle avec des armes matérielles, mais avec cette parole: _Quis ut
Deus?_ Et Satan est tombé foudroyé d’un coup de lumière.