Les chrétiens ont pris à la société païenne ses armes et ses temples
pour les transformer, non pour les détruire. Du temple ils ont expulsé
l’idole; à la force, ils ont imposé le droit. Cette folle pensée
d’anéantir la force ne leur est pas même venue. La force se laisse
déplacer, se laisse discipliner, se laisse sanctifier: qui se flattera
de l’anéantir, et pourquoi donc l’anéantir? Elle est une très-bonne
chose; elle est un don de Dieu, un caractère de Dieu. _Ego sum
fortissimus Deus patris tui_[14].
[14] _Genèse_, XLVI, 3.
Comme le droit est par lui-même une force, la force par elle-même peut
être un droit. Le genre humain et l’Église reconnaissent un droit de la
guerre. De ce fer qu’il ôtait à la force barbare, le christianisme a
fait des cuirasses pour les faibles, de nobles épées dont il a armé le
droit. La force aux mains de l’Église est la force du droit, et nous ne
voulons pas que le droit demeure sans force. La force à sa place et
faisant son office, voilà l’état régulier.
Parce que dans le monde présent la force n’est pas partout à sa place,
c’est-à-dire à la disposition de l’Église; parce que loin de servir le
droit, elle abuse contre le droit, conclurons-nous avec les illuminés
qui décrètent, les uns l’anéantissement de la force, les autres que le
droit suprême n’aura plus jamais la force en main, de peur qu’il ne
vienne à gêner la liberté qui veut détruire la vérité?
Il faudrait, au contraire, donner avec joie tout autre sang pour
remettre la force dans son rôle légitime, pour l’attacker au seul
service du droit.
La force doit protéger, affermir, venger le plus grand, le plus
illustre, le plus nécessaire droit de l’homme, qui est de connaître et
de servir Dieu; elle doit mettre l’Église à même de dispenser ce droit à
tout homme sur la terre. N’abandonnons pas cette vérité que le
catholicisme libéral jette et noie dans le courant, avec tant d’autres.