Chose horrible, et aussi niaise qu’horrible: c’est au peuple du Christ
que l’on propose d’accepter, de choisir pour chefs civils des ignorants
qui ne savent pas que Jésus-Christ est Dieu, ou des vauriens qui le
savent et qui s’engagent à gouverner comme s’ils l’ignoraient. Et l’on
promet les bénédictions divines à des hommes, à des sociétés capables de
cette folie et de cette bassesse! Ce n’est pas ce que leur annonce
l’Esprit-Saint. Les enfants d’Israël s’étant consacrés à Belphégor, Dieu
dit à Moïse: «Prends tous les chefs du peuple, et pends-les à des
potences, en plein jour, afin que ma fureur ne tombe point sur
Israël[11].» Voilà une note à mettre dans le dossier de la liberté des
cultes. Il est dit ailleurs que «la justice élève les nations et que le
péché rend les peuples misérables[12].» Que fait le Libéralisme de cet
oracle? Le déclare-t-il abrogé, ou veut-il prétendre que la justice dont
il est ici question est l’art impraticable de tenir la balance exacte
entre Jésus, Luther, Mahomet et Joë Smith, entre Dieu et Belial? Jésus
ne veut point d’un pareil équilibre: «Qui n’est pas pour moi est contre
moi[13].»
[11] _Nombres_, XXV, 4.
[12] _Prov._, XIV.
[13] Matth., XII, 3.
«Sachez, empereur, écrivait saint Grégoire-le-Grand, sachez que la
puissance vous est accordée d’en-haut afin que la vertu soit aidée, que
les voies du ciel soient élargies, et que l’empire de la terre serve
l’empire du ciel.» C’est la traduction de Bossuet.
Mais il s’agit bien de ces vieux dictons, de ces vieilles idées divines!
D’abord, le monde a changé, et enfin il faut suivre le courant.