M. ÉDOUARD LOCKROY

Depuis longtemps déjà, une douloureuse maladie tenait M. Édouard Lockroy

éloigné de la scène politique où, pendant près de quarante ans, il avait

tenu une place considérable. Il a succombé samedi dernier, à l'âge de

soixante-treize ans.

Sa vie avait été étonnamment intéressante en raison même de sa variété.

Il était le fils de l'acteur Lockroy, l'un des interprètes préférés des

romantiques, et qui, insatisfait de ses lauriers de comédien, écrivit

maintes pièces, en leur temps fort applaudies.

Fidèle au «tel père tel fils», comme disait Monselet, M. Édouard Lockroy

se devait de produire quelques actes. Son premier rêve, pourtant, avait

été d'être peintre. Il dessinait fort bien, et quand, un peu plus tard,

il accompagna Renan dans son fameux voyage en Orient, il fut pour

l'historien un précieux collaborateur et fournit à son ouvrage de

remarquables illustrations.

Sa curiosité insatiable, son esprit d'aventure, non moins peut-être que

ses convictions, l'avaient porté encore à s'attacher à la fortune de

Garibaldi et à s'enrôler parmi les Mille. Il avait amassé ainsi

d'innombrables souvenirs, qu'il contait avec une verve, un esprit

charmants et dont il fit, tout récemment, un attachant volume.

Le journalisme, les polémiques ardentes qu'il avait soutenues à la fin

de l'Empire l'avaient conduit à la politique. Il y devait trouver une

enviable carrière. De 1885 à 1899, il fit partie de cinq cabinets et fut

deux fois ministre de la Marine.

[Illustration: Édouard Lockroy.--_Phot. Marius_]

Rue Royale, il s'était consacré à la lourde tâche qui lui incombait avec

une énergie, un zèle, une conviction profonde. On a pu discuter les

systèmes dont il fut l'ardent défenseur. Qui détient la vérité pure? On

ne saurait oublier qu'il fut l'un des premiers champions de la

navigation sous-marine, son véritable initiateur, peut-on dire, et il

est équitable de rendre hommage au dévouement, à l'affection sincère

qu'il avait voués à la marine française. Même après qu'il eut quitté le

ministère, il ne cessa de se passionner pour toutes les questions qui la

pouvaient toucher de près. C'est ainsi qu'il donna à _L'Illustration,_

on 1901, d'intéressants articles sur l'_Experimental Dock de

Bremerhaven_, où il préconisait--voeu aujourd'hui réalisé--la création

en France d'un laboratoire semblable, et sur les _Ports allemands en

Chine_.

L'Illustration, No. 3692, 29 Novembre 1913 · 第 35 / 38 题