CHAPITRE LII.

_Mon père lit._

«Enfin, voilà qu'on le ramène dans son cachot. Juste ciel! on ne tardera

pas à l'en tirer, pour le livrer aux insultes de la populace, et le

précipiter ensuite dans ce bûcher qu'un zèle fantastique lui a

préparé.--Et c'est là comme en agissent des fidèles!... Malheureux

enthousiastes! ignorez-vous que cette conduite atroce est absolument

opposée à l'esprit du christianisme? Ah! rappelez-vous cette règle

décisive et sûre que Jésus-Christ nous a laissée: _à fructibus eorum

cognoscetis eos_: vous reconnoîtrez ces faux zélés à leurs œuvres.»

Grâces à Dieu, il est donc mort! s'écria Trim; ses peines sont finies,

et on ne peut pas lui faire plus de mal... Ah! messieurs.

Ah! tais-toi, dit mon père, un peu impatienté; nous ne finirions jamais,

si ces interruptions se renouvelloient si souvent.

«Je n'ajouterai à tout ce que je viens de dire, que deux ou trois règles

fort courtes, qui en sont les conséquences.

»Toutes les fois qu'un homme déclame contre la religion, soyez sûr que

la violence de ses passions l'a emporté sur sa croyance.--Une vie

déréglée et une bonne croyance sont incompatibles; et lorsqu'elles se

séparent l'une de l'autre, c'est que l'on veut tâcher d'obtenir quelque

tranquillité dans l'esprit.

»Lorsqu'un homme de cette espèce vous dira que telle ou telle chose

choque sa conscience, c'est comme s'il vous disoit qu'elle lui cause du

dégoût. Il faut le comparer à ces hommes blasés, qui ne peuvent

supporter certains alimens.

»En un mot, ne vous confiez point à un homme, de tel rang qu'il soit,

s'il n'est consciencieux dans toutes ses actions.

»Et pour ce qui vous regarde, souvenez-vous de cette distinction simple

et sans équivoque. C'est que votre conscience n'est pas une loi. Non.

C'est Dieu qui a fait la loi, et qui a placé la conscience en nous pour

décider selon cette loi.--Mais n'allez pas croire que ce doit être comme

un cadi asiatique, qui juge selon le flux ou le reflux de ses passions.

La conscience ne doit juger que comme un juge britannique, qui, dans cet

heureux pays de liberté, de raison et de bon sens, ne se fait point de

nouvelles lois, mais juge suivant les lois qu'il trouve écrites.»

Oeuvres complètes, tome 1 · 第 94 / 116 题