ARTICLE XXXV.

«_Item_, et dans la même forme et manière que ci-dessus, ledit

Gauthier Shandy, en considération dudit futur mariage, qui sera, comme

dit est, par la bénédiction de Dieu, bien et dûment solennisé et

consommé entre icelui Gauthier Shandy, et la susdite Elisabeth

Mollineux, ci-dessus nommée, qualifiée et domiciliée, et pour diverses

autres causes valables et légitimes, et considérations à ce relatives;

desquelles icelles parties n'ont pas désiré que l'énumération fût

faite en ces présentes, a, par ces dites présentes, consenti, stipulé,

conclu, accordé et est pleinement et entièrement convenu, comme il

consent, stipule, accorde, et convient pleinement et entièrement avec

lesdits sieurs Jean Dixon et Jacques Turner, écuyers, tuteur et

subrogé tuteur de ladite demoiselle Elisabeth Mollineux, de ce qui

suit;

_SAVOIR:_

«Que dans le cas où, ci-après, il arrive, avienne, survienne, ou

autrement se fasse que ledit Gauthier Shandy abandonne, quitte,

délaisse toutes affaires, et cesse de faire le commerce avant le temps

que ladite Elisabeth Mollineux soit hors d'âge, selon le cours de la

nature, d'avoir des enfans, ou qu'autrement, par quelque cause que ce

soit, ou puisse être, elle en puisse effectivement avoir, et qu'en

conséquence de ce que ledit Gauthier Shandy auroit quitté son

commerce, il se retirât de la ville de Londres, malgré ladite

Elisabeth Mollineux, ou contre sa volonté, consentement et bon

plaisir, pour demeurer sur ses terres, à la ferme de Shandy, dans le

comté de ... ou dans aucune autre maison de campagne, château, ferme,

métairie, borderie, bordage, hameau, village, bourg, ville, ou sur

aucune autre partie, ou portion de bien-fonds quelconque, actuellement

acheté, et dont il est en possession, ou qui sera par la suite

acheté... alors, et toutes les fois, et aussi souvent que ladite

Elisabeth Mollineux deviendra grosse et enceinte d'un ou de plusieurs

enfans légitimement procréés, ou à procréer dans le sein de ladite

Elisabeth Mollineux, par ledit Gauthier Shandy, pendant le cours du

susdit mariage, icelui dit Gauthier Shandy paiera en monnoie d'or et

d'argent, et autres espèces ayant cours par tout le royaume, et non en

billets et effets royaux, de quelque nature et qualité qu'ils puissent

être, encore que le cours d'iceux fût autorisé et introduit par acte

ou bills du parlement, ou autrement, auquel il est expressément dérogé

et renoncé, comme clause essentielle du susdit mariage ès susdites

présentes, et sans laquelle le susdit mariage n'auroit été fait,

célébré et consommé, la somme de cent vingt livres sterling auxdits

sieurs Jacques Turner et Jean Dixon, ou à leur défaut, à leurs ayant

cause, et cela, de son propre argent, et sur son propre compte, dès et

aussitôt qu'il en aura été bien et dûment averti; lequel avertissement

est convenu, stipulé et accordé devoir être fait six semaines

auparavant le temps, où, par la susdite Elisabeth Mollineux, devra se

faire son accouchement, et ladite somme de cent vingt livres sterling

comptée, nombrée et délivrée, ainsi que dit est, et dans les susdites

espèces, sera aussitôt payée, remise, confiée et déposée pour le

service, usage, emploi, intentions, dispositions, fins et but qui vont

être ci-après expliqués, et qui sont, que ladite somme de cent vingt

livres sterling sera remise entre les mains de ladite Elisabeth

Mollineux, ou entre celles desdits tuteur ou subrogé tuteur, ou leurs

ayant cause, à l'effet d'être, par elle ou par eux, employée à louer

une voiture commode et avenante, avec un nombre suffisant de chevaux

pour mener, conduire, voiturer et transporter ladite Elisabeth

Mollineux et l'enfant, ou les enfans dont alors elle se trouvera

grosse et enceinte dans la ville de Londres; et encore, pour payer et

défrayer toutes les autres charges, dépenses accidentelles, et autres

frais quelconques, relatifs, et ayant rapport direct ou indirect à son

dit accouchement dans la susdite ville, faubourgs d'icelle,

appartenances et dépendances.»

»Et il est bien entendu que dans tous lesdits cas de grossesse,

arrivant de quelque manière que cela puisse être, ladite Elisabeth

Mollineux, dans tous les temps ici convenus et stipulés, pourra

tranquillement et paisiblement louer ladite voiture ou carrosse, avec

les chevaux susdits, et avoir en icelle une libre entrée, sortie et

rentrée pour ledit voyage, toutes et autant de fois qu'elle le jugera

à propos, et que le besoin le requerra, sans pouvoir, à ce sujet,

essuyer aucun retard, représentations, troubles, molestations,

obstacles, vexations, interruptions, embarras et autres empêchemens

quelconques!

»Et il sera en outre permis à ladite Elisabeth Mollineux, de temps en

temps, et aussi souvent qu'elle sera bien et vraiment et dûment

avancée dans sadite grossesse, de demeurer et résider dans tel ou tels

endroits, dans telle ou telles familles, ou avec tel ou tels parens,

parentes, amis ou amies, de ladite ville de Londres, faubourgs

d'icelle, appartenances et dépendances qu'elle jugera à propos, selon

sa volonté, désir et bon plaisir, nonobstant qu'elle soit mariée, et

sous l'autorité de son mari, à laquelle à cet effet, et pour lesdits

cas il a renoncé et renonce par ces présentes, lesquelles sont encore

faites sous la condition, que pour mettre plus efficacement, et avec

plus de sûreté toutes les conditions susdites à exécution, ledit

Gauthier Shandy vend, cède, quitte, transporte, délaisse, lâche, et

abandonne dès-à-présent, comme il l'a fait par acte du jour d'hier, et

séparé des présentes, auxdits Jean Dixon et Jacques Turner, le fief,

terre et seigneurie de Shandy, avec tous les droits, mouvances, cens,

rentes, appartenances et dépendances dudit fief, et toutes et chacune

les fermes et métairies, maisons, édifices, granges, écuries, jardins,

cours de devant et de derrière, clos, viviers, étangs, réservoirs,

saignées, rigoles, tranchées, pêcheries, eaux et cours d'eau, prés,

pâtis, marais, communes, pâturages, bois de futaie, taillis, litières,

arbres fruitiers et potagers généralement quelconques, sans en rien

réserver ni retenir, et tel que le tout se poursuit et comporte, pour,

par eux, se mettre en possession de tous lesdits objets sans

exception, et en jouir pleinement, et en disposer à leur volonté,

toutes les fois que ledit Gauthier Shandy ne remplira pas les clauses

susdites.»

En trois mots, ma mère pouvoit accoucher à Londres, si elle le vouloit.

Mais il se pouvoit que ma mère supposât une grossesse.--L'article ne

prévoyoit point ce cas, et mon oncle, Tobie Shandy, qui, à force de

relire la clause, s'aperçut de cette omission, y fit ajouter ce qui

suit.

«Dans le cas où ma mère se transporteroit à Londres sur de faux indices,

et jeteroit par-là mon père dans une dépense inutile, il est convenu que

chaque fois que cela arriveroit, elle perdroit ses droits et ses

priviléges, pour la première fois qu'elle deviendroit grosse, après une

telle méprise;--mais pas davantage, et ainsi de suite, à toutes les fois

que la chose arriveroit». Il n'y avoit certainement rien de

déraisonnable dans cette clause; mais raisonnable comme elle étoit, il

n'en est pas moins malheureux qu'elle ait tourné contre moi d'une

manière aussi défavorable: on sera touché de l'influence qu'elle a eue

sur mon sort.

Mais je devois être formé, je devois naître apparemment pour essuyer des

malheurs.

Ma pauvre mère, soit que ce ne fût que de l'air ou de l'eau, ou un

composé de tous deux, ou peut-être ni l'un ni l'autre, et uniquement une

simple imagination, une fantaisie, ou que quelque désir ardent en eût

imposé à son jugement, soit enfin qu'elle se fût trompée, ou qu'elle eût

voulu tromper mon père, et il importe assez peu de savoir quel fut son

motif; le fait est qu'à la fin de septembre 1717, l'année qui précéda ma

naissance, elle obligea mon père d'aller à Londres avec elle, bien

contre son gré.--Il insista l'année suivante sur la clause qui le

favorisoit, et moi, je me trouvai destiné à n'avoir pour tout ornement

saillant au visage, qu'un nez serré, comprimé, applati à l'unisson du

reste, et comme si je n'en avois point du tout.

Et quelle suite de disgrâces, de chagrins, de mortifications, la perte,

ou plutôt la mutilation de cette partie précieuse de moi-même, ne

m'a-t-elle pas fait essuyer dans tout le cours de ma vie!

Oeuvres complètes, tome 1 · 第 57 / 116 题