CHAPITRE XI.

_On a beau faire, quelqu'un se plaint toujours._

Ce pauvre ministre n'étoit cependant pas venu jusques-là, sans faire

parler de lui.--Il ne faut souvent que fort peu de chose pour attirer

l'attention du public; mais ce qui la lui avoit méritée, cinq ans

auparavant, n'étoit pas peu de chose.--On ne lui reprochoit rien moins

que d'avoir violé toute bienséance.--«Il avilit, disoit-on, sa personne,

son état, ses fonctions. C'est un espèce de petit prélat; ses revenus

sont considérables: mais quel usage il en fait! Il n'a, pour tout

équipage, qu'un mauvais cheval qui ne vaut pas deux guinées. Il faut le

rayer de la liste.»

Vous avez raison, mes amis; ce Bucéphale étoit le vrai pendant du fameux

coursier du héros de la Manche.--Ils se ressembloient de manière à s'y

tromper.--Je ne me souviens cependant pas d'avoir lu que Rossinante fût

poussif. Il jouissoit d'ailleurs d'une prérogative qu'ont presque tous

les chevaux espagnols, gros ou petits, gras ou maigres.--Napolitains

glapissans! que ne donneriez-vous pas pour racheter ce privilége?--Vos

voix grêles enchantent, flattent l'oreille, mais laissez paroître au

milieu de vous ce nouveau Stentor.--Mesdames?... Il est inutile que vous

parliez... On devine dans vos yeux l'objet de votre choix.

Je sais cependant qu'on a douté que le cheval de Don Quichotte.--Il ne

faut souvent qu'une sotte retenue pour faire prendre la plus mauvaise

opinion de soi; et la sienne étoit extrême.--Mais l'aventure des

voituriers Ganguésiens prouve, et de reste, qu'elle ne venoit pas d'une

cause sinistre. Sa continence étoit une vertu de tempérament.--Et

permettez-moi de vous le dire, ma belle dame, vous savez aussi bien que

moi, que s'il y a des personnes dans le monde qui se vantent d'avoir de

la pudicité, elles n'ont guère de meilleure raison à en donner que

celle-là.

Oeuvres complètes, tome 1 · 第 50 / 116 题