Voyez-le, fastueusement enveloppé de l'habit de l'humilité et de la
sainteté, pour attirer les regards du vulgaire. Il évite, aussi
studieusement que le crime, une contenance gaie, résultat d'une
conscience tranquille et contente. Le découragement est peint sur son
maintien sombre, comme si la religion, dont le but est de nous rendre
heureux dans cette vie et dans l'autre, pouvoit produire le chagrin et
le mécontentement. Ecoutez-le pousser des soupirs dans les rues;
écoutez-le se targuer de ses fréquentes communications avec le Dieu; de
tout savoir, et en même temps offenser les règles de sa langue même par
ses barbarismes religieux. Ecoutez-le remercier Dieu arrogamment, de ce
qu'il ne l'a point créé semblable aux autres hommes; et, en prônant sa
charité, adjuger libéralement aux princes des ténèbres, ceux que sa
partialité juge moins parfaits que lui, ceux qui marchent sobrement et
avec vigilance dans les voies du devoir, ceux qui vont aspirans à la
perfection par des épreuves successives.
Lorsqu'une malheureuse créature se fane ainsi dans les larmes, et se
refuse, tout effrayée, la moindre joie et la moindre consolation;
lorsqu'elle prie sans cesse jusqu'à ce que son imagination s'échauffe,
qu'elle jeûne, se mortifie et s'attriste jusqu'à ce que son corps soit
aussi malade que son esprit, il n'est pas étonnant que les conflits et
les disparates qui s'engendrent dans un estomac vide, et sont reçus et
interprétés par une tête plus vide encore, produisent, par cette
combinaison, des effets et des ouvrages fâcheux. Un homme dans cette
situation est plus fait pour un médecin, que pour être apôtre.