VII

L’âme, à la fenêtre ouverte sur le ciel, voudrait se rafraîchir

d’azur... Rose attendri de l’aube viens éteindre le feu trop ardent de

mes yeux, air qui glissa sur le miroir des feuilles, air qui baisa le

col des rossignols, rosée évaporée, air des prairies, air des vallées,

ô fraîcheur, comme une cascade jette toi dans ma chambre, coule, viens

tomber sur mon âme qui brûle comme une lave.

Non! non bondis plutôt, mon cœur! brise ma poitrine de tes chocs! mon

âme flambe et dévore moi! car dans ma chambre j’attends ma bien-aimée.

O espoir! enivrement comme de boire toute la lumière des étoiles, ma

bien-aimée va venir dans ma chambre, ma bien-aimée va vivre entre ces

murailles blanches!... Est-ce que c’est vrai? est-ce que c’est vrai?

ô je ne peux pas y croire... Je t’attends bien-aimée!... l’impatience

ronge mon cœur comme une rouille...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

J’ai entendu un pas dans l’escalier. C’est elle! c’est elle! ma

bien-aimée... Souffle de ma vie, ô ne me quitte pas, ô mon Dieu, ne

me fais pas mourir maintenant!... Je l’ai prise dans mes bras et je

l’ai portée... Marthe! Marthe, je voudrais te couvrir de baisers, je

voudrais m’écrier, je voudrais te dire... regarde, regarde mes yeux, il

n’y a qu’eux qui pourront parler... Je t’aime!... Je suis tombé à ses

pieds, puis je me suis relevé, je l’ai baisée fiévreusement, j’avais le

délire, j’avais une grande force frémissante... Marthe! elle tendait sa

bouche vers mes lèvres, les ailes de son nez battaient, je la sentais

frissonnante, elle mettait son corps devant moi comme quelque chose à

remplir de joie...

Je posai mes lèvres à ses lèvres pour y boire une fraîcheur qui se

coule à mon âme en flammes, mes doigts prirent sa ceinture claire, et

sa robe s’ouvrait d’elle-même pour s’enfuir. Lorsqu’elle tomba--ô fol

émerveillement!--le rose de sa gorge jaillit, et il se répandit des

parfums divins comme si l’aube était venue où le soleil fait s’ouvrir

les fleurs... Avec mes lèvres souples, bien-aimée, j’ai baisé ta petite

chair, j’ai rempli le creux de ton cou, et j’ai connu l’endroit des

anges où le sein commence à naître... Du corps ignoré les linges doux

se sont dépris, et les trésors délicieux, les lieux de charme ont

apparu... Chair adorable! boire, ô mes cent mille baisers! ton cou!

épuiser seulement ton cou!... Et comment calmer mon ardeur pour tes

seins... Tièdes pâleurs, mourantes et fuyantes clartés assises sur son

ventre, ô roses affolantes de ses seins, comment étancher la soif de ma

bouche?... Je voudrais que toute ta chair, Marthe, soit sur ma chair,

et je baiserais seulement ta bouche, en sentant partout nos chairs

se baiser. Marthe! Marthe! nos bras se sont ouverts, et ils se sont

refermés, et nous sommes noués l’un à l’autre... Des petites sources

d’élixir de joie de vie jaillissent et coulent entre nos chairs...

Marthe! Marthe! une pluie intérieure, éblouissante, épanouissante, nous

inonde...

Chair · 第 13 / 23 题