(1865)
I
Le jeudi 6 mars 1862, surlendemain du Mardi gras, cinq femmes du village
de La Jonchère se présentaient au bureau de police de Bougival.
Elles racontaient que depuis deux jours personne n'avait aperçu une de
leurs voisines, la veuve Lerouge, qui habitait seule une maisonnette
isolée. À plusieurs reprises, elles avaient frappé en vain. Les fenêtres
comme la porte étant exactement fermées, il avait été impossible de
jeter un coup d'œil à l'intérieur. Ce silence, cette disparition les
inquiétaient. Redoutant un crime, ou tout au moins un accident, elles
demandaient que la «Justice» voulût bien, pour les rassurer, forcer la
porte et pénétrer dans la maison.
Bougival est un pays aimable, peuplé tous les dimanches de canotiers et
de canotières; on y relève beaucoup de délits, mais les crimes y sont
rares. Le commissaire refusa donc d'abord de se rendre à la prière des
solliciteuses. Cependant elles firent si bien, elles insistèrent tant et
si longtemps, que le magistrat fatigué céda. Il envoya chercher le
brigadier de gendarmerie et deux de ses hommes, requit un serrurier et,
ainsi accompagné, suivit les voisines de la veuve Lerouge.
La Jonchère doit quelque célébrité à l'inventeur du chemin de fer à
glissement qui, depuis plusieurs années, y fait avec plus de
persévérance que de succès des expériences publiques de son système.
C'est un hameau sans importance, assis sur la pente du coteau qui domine
la Seine, entre la Malmaison et Bougival. Il est à vingt minutes environ
de la grande route qui va de Paris à Saint-Germain en passant par Rueil
et Port-Marly. Un chemin escarpé, inconnu aux ponts et chaussées, y
conduit.
La petite troupe, les gendarmes en tête, suivit donc la large chaussée
qui endigue la Seine à cet endroit, et bientôt, tournant à droite,
s'engagea dans le chemin de traverse, bordé de murs et profondément
encaissé.
Après quelques centaines de pas, on arriva devant une habitation aussi
modeste que possible, mais d'honnête apparence. Cette maison, cette
chaumière plutôt, devait avoir été bâtie par quelque boutiquier
parisien, amoureux de la belle nature, car tous les arbres avaient été
soigneusement abattus. Plus profonde que large, elle se composait d'un
rez-de-chaussée de deux pièces, avec un grenier au-dessus. Autour
s'étendait un jardin à peine entretenu, mal protégé contre les
maraudeurs par un mur en pierres sèches d'un mètre de haut environ, qui
encore s'écroulait par places. Une légère grille de bois tournant dans
des attaches de fil de fer donnait accès dans le jardin.
--C'est ici, dirent les femmes.
Le commissaire de police s'arrêta. Pendant le trajet, sa suite s'était
rapidement grossie de tous les badauds et de tous les désœuvrés du pays.
Il était maintenant entouré d'une quarantaine de curieux.
--Que personne ne pénètre dans le jardin, dit-il.
Et, pour être certain d'être obéi, il plaça les deux gendarmes en
faction devant l'entrée, et s'avança escorté du brigadier de gendarmerie
et du serrurier. Lui-même, à plusieurs reprises, il frappa très fort
avec la pomme de sa canne plombée, à la porte d'abord, puis
successivement à tous les volets. Après chaque coup il collait son
oreille contre le bois et écoutait. N'entendant rien, il se retourna
vers le serrurier.
--Ouvrez, lui dit-il.
L'ouvrier déboucla sa trousse et prépara ses outils. Déjà il avait
introduit un de ses crochets dans la serrure, quand une grande rumeur
éclata dans le groupe des badauds.
--La clé! criait-on, voici la clé!
En effet, un enfant d'une douzaine d'années, jouant avec un de ses
camarades, avait aperçu dans le fossé qui borde la route une clé énorme;
il l'avait ramassée et l'apportait en triomphe.
--Donne, gamin, lui dit le brigadier, nous allons voir.
La clé fut essayée; c'était bien celle de la maison. Le commissaire et
le serrurier échangèrent un regard plein de sinistres inquiétudes.
--Ça va mal! murmura le brigadier.
Et ils entrèrent dans la maison, tandis que la foule, contenue avec
peine par les gendarmes, trépignait d'impatience, tendant le cou et
s'allongeant sur le mur, pour tâcher de voir, de saisir quelque chose de
ce qui allait se passer. Ceux qui avaient parlé de crime ne s'étaient
malheureusement pas trompés, le commissaire de police en fut convaincu
dès le seuil. Tout, dans la première pièce, dénonçait avec une lugubre
éloquence la présence des malfaiteurs. Les meubles, une commode et deux
grands bahuts, étaient forcés et défoncés. Dans la seconde pièce, qui
servait de chambre à coucher, le désordre était plus grand encore.
C'était à croire qu'une main furieuse avait pris plaisir à tout
bouleverser.
Enfin, près de la cheminée, la face dans les cendres, était étendu le
cadavre de la veuve Lerouge. Tout un côté de la figure et les cheveux
étaient brûlés, et c'était miracle que le feu ne se fût pas communiqué
aux vêtements.
--Canailles, va! murmura le brigadier de gendarmerie, n'auraient-ils pas
pu la voler sans l'assassiner, cette pauvre femme!
--Mais où donc a-t-elle été frappée? demanda le commissaire, je ne vois
pas de sang.
--Tenez, là, entre les deux épaules, mon commissaire, reprit le
gendarme. Deux fiers coups, ma foi! Je parierais mes galons qu'elle n'a
pas seulement eu le temps de faire ouf!
Il se pencha sur le corps et le toucha.
--Oh! continua-t-il, elle est bien froide. Même il me semble qu'elle
n'est déjà plus très roide; il y a au moins trente-six heures que le
coup est fait.
Le commissaire, tant bien que mal, écrivit sur un coin de table un
procès-verbal sommaire.
--Il ne s'agit pas de pérorer, dit-il au brigadier, mais bien de trouver
les coupables. Qu'on prévienne le juge de paix et le maire. De plus, il
faut courir à Paris porter cette lettre au parquet. Dans deux heures un
juge d'instruction peut être ici. Je vais en attendant procéder à une
enquête provisoire.
--Est-ce moi qui dois porter la lettre? demanda le brigadier.
--Non. Envoyez un de vos hommes, vous me serez utile ici, vous, pour
contenir ces curieux et aussi pour me trouver les témoins dont j'aurai
besoin. Il faut tout laisser ici tel quel, je vais m'installer dans la
première chambre.
Un gendarme s'élança au pas de course vers la station de Rueil, et
aussitôt le commissaire commença l'information préalable prescrite par
la loi.
Qui était cette veuve Lerouge, d'où était-elle, que faisait-elle, de
quoi vivait-elle, et comment? Quelles étaient ses habitudes, ses mœurs,
ses fréquentations? Lui connaissait-on des ennemis, était-elle avare,
passait-elle pour avoir de l'argent? Voilà ce qu'il importait au
commissaire de savoir.
Mais pour être nombreux, les témoins n'en étaient pas mieux informés.
Les dépositions des voisins, successivement interrogés, étaient vides,
incohérentes, incomplètes. Personne ne savait rien de la victime,
étrangère au pays. Beaucoup de gens se présentaient, d'ailleurs, qui
venaient bien moins pour donner des renseignements que pour en demander.
Une jardinière qui avait été l'amie de la veuve Lerouge et une laitière
chez qui elle se fournissait purent seules donner quelques
renseignements assez insignifiants mais précis.
Enfin, après trois heures d'interrogatoires insupportables, après avoir
subi tous les on-dit du pays, recueilli les témoignages les plus
contradictoires et les plus ridicules commérages, voici ce qui parut à
peu près certain au commissaire de police:
Deux ans auparavant, au commencement de 1860, la femme Lerouge était
arrivée à Bougival avec une grande voiture de déménagement pleine de
meubles, de linge et d'effets. Elle était descendue dans une auberge,
manifestant l'intention de se fixer dans les environs, et aussitôt
s'était mise en quête d'une maison. Ayant trouvé celle-ci à son gré,
elle l'avait louée sans marchander, moyennant trois cent vingt francs
payables par semestre et d'avance, mais n'avait pas consenti à signer de
bail.
La maison louée, elle s'y était installée le jour même et avait dépensé
une centaine de francs en réparations. C'était une femme de
cinquante-quatre ou cinquante-cinq ans, bien conservée, forte, et d'une
santé excellente. Nul ne savait pourquoi elle avait choisi pour
s'établir un pays où elle ne connaissait absolument personne. On la
supposait Normande, parce que souvent, le matin, on l'avait aperçue
coiffée d'un bonnet de coton. Cette coiffure de nuit ne l'empêchait pas
d'être très coquette le jour. Elle portait d'ordinaire de très jolies
robes, mettait force rubans à ses bonnets, et se couvrait de bijoux
comme une chapelle. Sans doute, elle avait habité la côte, car la mer et
les navires revenaient sans cesse dans ses conversations.
Elle n'aimait pas à parler de son mari, mort, disait-elle, dans un
naufrage. Jamais à ce sujet elle n'avait donné le moindre détail. Une
fois seulement elle avait dit à la laitière devant trois personnes:
«Jamais une femme n'a été plus malheureuse que moi dans son ménage.» Une
autre fois, elle avait dit: «Tout nouveau, tout beau: défunt mon homme
ne m'a aimée qu'un an.»
La veuve Lerouge passait pour riche ou du moins pour très à l'aise. Elle
n'était pas avare. Elle avait prêté à une femme de la Malmaison soixante
francs pour son terme et n'avait pas voulu qu'elle les lui rendît. Une
autre fois, elle avait avancé deux cents francs à un pêcheur de
Port-Marly. Elle aimait à bien vivre, dépensait beaucoup pour sa
nourriture et faisait venir du vin par demi-pièce. Son plaisir était de
traiter ses connaissances, et ses dîners étaient excellents. Si on la
complimentait d'être riche, elle ne s'en défendait pas beaucoup. On lui
avait souvent entendu dire: «Je ne possède pas de rentes, mais j'ai tout
ce dont j'ai besoin. Si je voulais davantage, je l'aurais.»
D'ailleurs, jamais la moindre allusion à son passé, à son pays ou à sa
famille, n'avait été surprise. Elle était très bavarde, mais, quand elle
avait bien causé, elle n'avait rien dit que du mal de son prochain. Elle
devait pourtant avoir vu le monde et savait beaucoup de choses. Très
défiante, elle se barricadait chez elle comme dans une forteresse.
Jamais elle ne sortait le soir; on savait qu'elle s'enivrait
régulièrement à son dîner et qu'elle se couchait après. Rarement on
avait vu des étrangers chez elle: quatre ou cinq fois une dame et un
jeune homme, et une autre fois deux messieurs: un vieux très décoré et
un jeune. Ces derniers étaient venus dans une voiture magnifique.
En somme, on l'estimait peu. Ses propos étaient souvent choquants et
singuliers dans la bouche d'une femme de son âge. On l'avait entendue
donner à une jeune fille les plus détestables conseils. Un charcutier de
Bougival, gêné dans son commerce, lui avait cependant fait la cour. Elle
l'avait repoussé en disant que se marier une fois était suffisant. À
diverses reprises on avait vu venir des hommes chez elle. D'abord un
jeune, qui avait l'air d'un employé du chemin de fer, puis un grand brun
assez vieux, vêtu d'une blouse et qui paraissait très méchant. On
supposait que l'un et l'autre étaient ses amants.
Tout en interrogeant, le commissaire résumait par écrit les dépositions,
et il en était là lorsque arriva le juge d'instruction. Il amenait avec
lui le chef de la police de sûreté et un de ses agents.
M. Daburon, que ses amis ont vu avec une profonde surprise donner sa
démission pour aller planter ses choux au moment où se dessinait sa
fortune, était alors un homme de trente-huit ans, bien fait de sa
personne, sympathique malgré sa froideur, d'une physionomie douce et un
peu triste. Cette tristesse lui était restée d'une grande maladie qui
deux ans auparavant avait failli l'emporter.
Juge d'instruction depuis 1859, il s'était vite acquis une brillante
réputation. Laborieux, patient, doué d'un sens subtil, il savait avec
une pénétration rare démêler l'écheveau de l'affaire la plus
embrouillée, et, au milieu de mille fils, saisir le fil conducteur. Nul
mieux que lui, armé d'une implacable logique, ne pouvait résoudre ces
terribles problèmes où l'X est le coupable. Habile à déduire du connu à
l'inconnu, il excellait à grouper les faits et à réunir en un faisceau
de preuves accablantes les circonstances les plus futiles et en
apparence les plus indifférentes.
Avec tant et de si précieuses qualités, il ne paraissait cependant pas
né pour ses terribles fonctions. Il ne les exerçait qu'en frémissant, se
défiant de l'entraînement de ses immenses pouvoirs. L'audace lui
manquait pour les coups de théâtre risqués qui font éclater la vérité.
Il avait été long à s'accoutumer à certaines pratiques employées sans
scrupules par les plus rigoristes de ses confrères. Ainsi il lui
répugnait de tromper même un prévenu et de lui tendre des pièges. On
disait de lui au parquet: «C'est un trembleur.» Le fait est qu'au seul
souvenir des erreurs judiciaires connues, ses cheveux se dressaient sur
sa tête. Ce qu'il lui fallait, c'était non la conviction, non les plus
probables présomptions, mais la certitude absolue. Pas de repos pour lui
jusqu'au jour où l'accusé était forcé de courber le front devant
l'évidence. Si bien qu'un substitut lui reprochait en riant de chercher
non plus des coupables, mais des innocents.
Le chef de la police de sûreté n'était autre que le célèbre Gévrol,
lequel ne manquera pas de jouer un rôle important dans les drames de nos
neveux. C'est assurément un habile homme, mais la persévérance lui
manque et il est sujet à se laisser aveugler par une incroyable
obstination. S'il perd une piste, il ne peut consentir à l'avouer,
encore moins à revenir sur ses pas. D'ailleurs, plein d'audace et de
sang-froid, il est impossible à déconcerter. D'une force herculéenne
cachée sous des apparences grêles, il n'a jamais hésité à affronter les
plus dangereux malfaiteurs.
Mais sa spécialité, sa gloire, son triomphe, c'est une mémoire des
physionomies, si prodigieuse qu'elle passe les bornes du croyable.
A-t-il vu une figure cinq minutes, c'est fini, elle est casée, elle lui
appartient. Partout, en tout temps, il la reconnaîtra. Les
impossibilités de lieux, les invraisemblances de circonstances, les plus
incroyables déguisements ne le dérouteront pas. Cela tient, prétend-il,
à ce que d'un homme il ne voit, il ne regarde que les yeux. Il reconnaît
le regard sans se préoccuper des traits.
L'expérience fut tentée il n'y a pas bien des mois à Poissy. On drapa
dans des couvertures trois détenus, afin de déguiser leur taille; on
leur mit sur la face un voile épais où des trous étaient ménagés pour
les yeux, et en cet état on les présenta à Gévrol.
Sans la moindre hésitation il reconnut trois de ses pratiques et les
nomma.
Le hasard seul l'avait-il servi?
L'aide de camp de Gévrol était, ce jour-là, un ancien repris de justice
réconcilié avec les lois, un gaillard habile dans son métier, fin comme
l'ambre, et jaloux de son chef qu'il jugeait médiocrement fort. On le
nommait Lecoq.
Le commissaire de police, que sa responsabilité commençait à gêner,
accueillit le juge d'instruction et les deux agents comme des
libérateurs. Il exposa rapidement les faits et lut son procès-verbal.
--Vous avez fort bien procédé, monsieur, lui dit le juge, tout ceci est
très net; seulement, il est un fait que vous oubliez.
--Lequel, monsieur? demanda le commissaire.
--Quel jour a-t-on vu pour la dernière fois la veuve Lerouge, et à
quelle heure?
--J'allais y arriver, monsieur. On l'a rencontrée le soir du Mardi gras,
à cinq heures vingt minutes. Elle revenait de Bougival avec un panier de
provisions.
--Monsieur le commissaire est sûr de l'heure? interrogea Gévrol.
--Parfaitement, et voici pourquoi: les deux témoins dont la déposition
me fixe, la femme Tellier et un tonnelier, qui demeurent ici près,
descendaient de l'omnibus américain qui part de Marly toutes les heures,
lorsqu'ils ont aperçu la veuve Lerouge dans le chemin de traverse. Ils
ont pressé le pas pour la rejoindre, ont causé avec elle et ne l'ont
quittée qu'à sa porte.
--Et qu'avait-elle dans son panier? demanda le juge d'instruction.
--Les témoins l'ignorent. Ils savent seulement qu'elle rapportait deux
bouteilles de vin cacheté et un litre d'eau-de-vie. Elle se plaignait du
mal de tête et leur dit que, bien qu'il fût d'usage de s'amuser le jour
du Mardi gras, elle allait se coucher.
--Eh bien! s'exclama le chef de la sûreté, je sais où il faut chercher.
--Vous croyez? fit M. Daburon.
--Parbleu! c'est assez clair. Il s'agit de trouver le grand brun, le
gaillard à la blouse. L'eau-de-vie et le vin lui étaient destinés. La
veuve l'attendait pour souper. Il est venu, l'aimable galant.
--Oh! insinua le brigadier évidemment révolté, elle était bien laide et
terriblement vieille.
Gévrol regarda d'un air goguenard l'honnête gendarme.
--Sachez, brigadier, dit-il, qu'une femme qui a de l'argent est toujours
jeune et jolie, si cela lui convient.
--Peut-être y a-t-il là quelque chose, reprit le juge d'instruction;
pourtant ce n'est pas là ce qui me frappe. Ce seraient plutôt ces mots
de la veuve Lerouge: «Si je voulais davantage, je l'aurais.»
--C'est aussi ce qui éveilla mon attention, appuya le commissaire.
Mais Gévrol ne se donnait plus la peine d'écouter. Il tenait sa piste,
il inspectait minutieusement les coins et les recoins de la pièce. Tout
à coup il revint vers le commissaire.
--J'y pense! s'écria-t-il, n'est-ce pas le mardi que le temps a
changé?... Il gelait depuis une quinzaine et nous avons eu de l'eau. À
quelle heure la pluie a-t-elle commencé?
--À neuf heures et demie, répondit le brigadier. Je sortais de souper et
j'allais faire ma tournée dans les bals, quand j'ai été pris par une
averse vis-à-vis de la rue des Pêcheurs. En moins de dix minutes il y
avait un demi-pouce d'eau sur la chaussée.
--Très bien! dit Gévrol. Donc, si l'homme est venu après neuf heures et
demie, il devait avoir ses souliers pleins de boue... sinon, c'est qu'il
est arrivé avant. On aurait dû voir cela ici, puisque le carreau est
frotté. Y avait-il des empreintes de pas, monsieur le commissaire?
--Je dois avouer que nous ne nous en sommes pas occupés.
--Ah! fit le chef de la sûreté d'un ton dépité, c'est bien fâcheux.
--Attendez, reprit le commissaire, il est encore temps d'y voir, non
dans cette pièce mais dans l'autre. Nous n'y avons rien dérangé
absolument. Mes pas et ceux du brigadier seraient aisés à distinguer.
Voyons...
Comme le commissaire ouvrait la porte de la seconde chambre, Gévrol
l'arrêta.
--Je demanderai à monsieur le juge, dit-il, de me permettre de tout bien
examiner avant que personne entre, c'est important pour moi.
--Certainement, approuva M. Daburon.
Gévrol passa le premier, et tous, derrière lui, s'arrêtèrent sur le
seuil. Ainsi ils embrassaient d'un coup d'œil le théâtre du crime.
Tout, ainsi que l'avait constaté le commissaire, semblait avoir été mis
sens dessus dessous par quelque furieux.
Au milieu de la chambre était une table dressée. Une nappe fine, blanche
comme la neige, la recouvrait. Dessus se trouvaient un magnifique verre
de cristal taillé, un très beau couteau et une assiette de porcelaine.
Il y avait encore une bouteille de vin à peine entamée et une bouteille
d'eau-de-vie dont on avait bu la valeur de cinq à six petits verres.
À droite, le long du mur, étaient appuyées deux belles armoires de noyer
à serrures ouvragées, une de chaque côté de la fenêtre. L'une et l'autre
étaient vides, et de tous côtés, sur le carreau, le contenu était
éparpillé. C'étaient des hardes, du linge, des effets dépliés, secoués,
froissés.
Au fond, près de la cheminée, un grand placard renfermant de la
vaisselle était resté ouvert. De l'autre côté de la cheminée, un vieux
secrétaire à dessus de marbre avait été défoncé, brisé, mis en morceaux
et fouillé sans doute jusque dans ses moindres rainures. La tablette
arrachée pendait, retenue par une seule charnière; les tiroirs avaient
été retirés et jetés à terre.
Enfin, à gauche, le lit avait été complètement défait et bouleversé. La
paille même de la paillasse avait été retirée.
--Pas la plus légère empreinte, murmura Gévrol contrarié; il est arrivé
avant neuf heures et demie. Nous pouvons entrer sans inconvénient
maintenant.
Il entra et marcha droit au cadavre de la veuve Lerouge, près duquel il
s'agenouilla.
--Il n'y a pas à dire, grogna-t-il, c'est proprement fait. L'assassin
n'est pas un apprenti.
Puis, regardant de droite et de gauche:
--Oh! oh! continua-t-il, la pauvre diablesse était en train de faire la
cuisine quand on l'a frappée. Voilà sa poêle par terre, du jambon et des
œufs. Le brutal n'a pas eu la patience d'attendre le dîner. Monsieur
était pressé, il a fait le coup le ventre vide. De la sorte il ne pourra
pas invoquer pour sa défense la gaieté du dessert.
--Il est évident, disait le commissaire de police au juge d'instruction,
que le vol a été le mobile du crime.
--C'est probable, répondit Gévrol d'un ton narquois, c'est même pour
cela que vous n'apercevez pas sur la table le plus léger couvert
d'argent.
--Tiens! des pièces d'or dans ce tiroir! s'exclama Lecoq, qui furetait
de son côté; il y en a pour trois cent vingt francs.
--Par exemple! fit Gévrol un peu déconcerté.
Mais il revint vite de son étonnement et continua:
--Il les aura oubliées. On cite plus fort que cela. J'ai vu, moi, un
assassin qui, le meurtre accompli, perdit si bien la tête qu'il ne se
souvint plus de ce qu'il était venu faire et s'enfuit sans rien prendre.
Notre gaillard aura été ému. Qui sait s'il n'a pas été dérangé? On peut
avoir frappé à la porte. Ce qui me le ferait croire volontiers, c'est
que le gredin n'a pas laissé brûler la bougie, il s'est donné la peine
de la souffler.
--Bast! fit Lecoq, cela ne prouve rien. C'était peut-être un homme
économe et soigneux.
Les investigations des deux agents continuèrent par toute la maison,
mais les plus minutieuses recherches ne leur firent rien découvrir
absolument, pas une pièce à conviction, pas le plus faible indice
pouvant servir de point de repère ou de départ. Même, tous les papiers
de la veuve Lerouge, si elle en possédait, avaient disparu. On ne
rencontra ni une lettre, ni un chiffon de papier, rien.
De temps à autre, Gévrol s'interrompait pour jurer ou pour grommeler:
--Oh! c'est crânement fait! voilà de la besogne numéro un. Le gredin a
de la main!
--Eh bien! messieurs? demanda enfin le juge d'instruction.
--Refaits, monsieur le juge, répondit Gévrol, nous sommes refaits! Le
scélérat avait bien pris toutes ses précautions. Mais je le pincerai...
Avant ce soir j'aurai une douzaine d'hommes en campagne. D'ailleurs, il
nous reviendra toujours. Il a emporté de l'argenterie et des bijoux, il
est perdu.
--Avec tout cela, fit M. Daburon, nous ne sommes pas plus avancés que ce
matin!
--Dame! on fait ce qu'on peut, gronda Gévrol.
--Saperlotte! dit Lecoq entre haut et bas, pourquoi le père Tirauclair
n'est-il pas ici?
--Que ferait-il de plus que nous? riposta Gévrol en lançant un regard
furieux à son subordonné.
Lecoq baissa la tête et ne souffla mot, enchanté intérieurement d'avoir
blessé son chef.
--Qu'est-ce que ce père Tirauclair? demanda le juge d'instruction; il me
semble avoir entendu ce nom-là je ne sais où.
--C'est un rude homme! s'exclama Lecoq.
--C'est un ancien employé du Mont-de-Piété, ajouta Gévrol; un vieux
richard dont le vrai nom est Tabaret. Il fait de la police, comme
Ancelin était devenu garde du commerce, pour son plaisir.
--Et augmenter ses revenus, remarqua le commissaire.
--Lui! répondit Lecoq, il n'y a pas de danger. C'est si bien pour la
gloire qu'il travaille que souvent il en est de sa poche. C'est un
amusement, quoi! Nous l'avons, là-bas, surnommé Tirauclair, à cause
d'une phrase qu'il répète toujours. Ah! il est fort, le vieux mâtin!
C'est lui qui, dans l'affaire de la femme de ce banquier, vous savez? a
deviné que la dame s'est volée elle-même, et qui l'a prouvé.
--C'est vrai, riposta Gévrol. C'est aussi lui qui a failli faire couper
le cou à ce pauvre Derème, ce petit tailleur qu'on accusait d'avoir tué
sa femme, une rien du tout, et qui était innocent...
--Nous perdons notre temps, messieurs, interrompit le juge
d'instruction.
Et s'adressant à Lecoq:
--Allez, dit-il, me chercher le père Tabaret. J'ai beaucoup entendu
parler de lui, je ne serai pas fâché de le voir à l'œuvre.
Lecoq sortit en courant. Gévrol était sérieusement humilié.
--Monsieur le juge d'instruction, commença-t-il, a bien le droit de
demander les services de qui bon lui semble; cependant...
--Ne nous fâchons pas, monsieur Gévrol, interrompit M. Daburon. Ce n'est
point d'hier que je vous connais, je sais ce que vous valez; seulement
aujourd'hui, nous différons complètement d'opinion. Vous tenez
absolument à votre homme brun, et moi je suis convaincu que vous n'êtes
pas sur la voie.
--Je crois que j'ai raison, répondit le chef de la sûreté, et j'espère
bien le prouver. Je trouverai le gredin, quel qu'il soit.
--Je ne demande pas mieux.
--Seulement, que monsieur le juge me permette de donner un... comment
dirais-je, sans manquer de respect? un... conseil.
--Parlez.
--Eh bien! j'engagerai monsieur le juge à se méfier du père Tabaret.
--Vraiment! et pourquoi cela?
--C'est que le bonhomme est trop passionné. Il fait de la police pour le
succès, ni plus ni moins qu'un auteur. Et comme il est orgueilleux plus
qu'un paon, il est sujet à s'emporter, à se monter le coup. Dès qu'il
est en présence d'un crime, comme celui d'aujourd'hui, par exemple, il a
la prétention de tout expliquer sur-le-champ. Et en effet, il invente
une histoire qui se rapporte exactement à la situation. Il prétend avec
un seul fait reconstruire toutes les scènes d'un assassinat, comme ce
savant qui sur un os rebâtissait les animaux perdus. Quelquefois, il
devine juste, souvent aussi il se trompe. Ainsi, dans l'affaire du
tailleur, de ce malheureux Derème, sans moi...
--Je vous remercie de l'avis, interrompit M. Daburon, j'en profiterai.
Maintenant, monsieur le commissaire, continua-t-il, à tout prix il faut
tâcher de découvrir de quel pays était la veuve Lerouge.
La procession des témoins amenés par le brigadier de gendarmerie
recommença à défiler devant le juge d'instruction.
Mais aucun fait nouveau ne se révélait. Il fallait que la veuve Lerouge
eût été de son vivant une personne singulièrement discrète pour que de
toutes ses paroles--et elle en prononçait beaucoup en un jour--rien de
significatif ne fût resté dans l'oreille des commères d'alentour.
Seulement, tous les gens interrogés s'obstinaient à faire part au juge
de leurs convictions et de leurs conjectures personnelles. L'opinion
publique se déclarait pour Gévrol. Il n'y avait qu'une voix pour accuser
l'homme à la blouse grise, le grand brun. Celui-là sûrement était le
coupable. On se souvenait de son air féroce, qui avait effrayé tout le
pays. Beaucoup, frappés de sa mise suspecte, l'avaient sagement évité.
Il avait un soir menacé une femme, et un autre jour battu un enfant. On
ne pouvait désigner ni l'enfant ni la femme, mais n'importe, ces actes
de brutalité étaient de notoriété publique.
M. Daburon désespérait de faire jaillir la moindre lumière, lorsqu'on
lui amena une épicière de Bougival, chez qui se fournissait la victime,
et un enfant de treize ans qui savaient, assurait-on, des choses
positives.
L'épicière comparut la première. Elle avait entendu la veuve Lerouge
parler d'un fils à elle, encore vivant.
--En êtes-vous bien sûre? insista le juge.
--Comme de mon existence, répondit l'épicière, même que, ce soir-là,
c'était un soir, elle était, sauf votre respect, un peu ivre. Elle est
restée dans ma boutique plus d'une heure.
--Et elle disait?
--Il me semble la voir encore, continua la marchande; elle était accotée
sur le comptoir près des balances; elle plaisantait avec un pêcheur de
Marly, le père Husson, qui peut vous le répéter, et elle l'appelait
marin d'eau douce. «Mon mari à moi, disait-elle, était marin, lui, mais
pour de bon, et la preuve, c'est qu'il restait des années en voyage, et
toujours il me rapportait des noix de coco. J'ai un garçon qui est
marin, comme défunt son père, sur un vaisseau de l'État.»
--Avait-elle prononcé le nom de son fils?
--Pas cette fois-là, mais une autre, qu'elle était, si j'ose dire, très
saoule. Elle nous a conté que son garçon s'appelait Jacques et qu'elle
ne l'avait pas vu depuis très longtemps.
--Disait-elle du mal de son mari?
--Jamais. Seulement elle disait que le défunt était jaloux et brutal,
bon homme au fond, et qu'il lui faisait une vie pitoyable. Il avait la
tête faible et se forgeait des idées pour un rien. Enfin il était bête
par trop d'honnêteté.
--Son fils était-il venu la voir depuis qu'elle habitait La Jonchère?
--Elle ne m'en a pas parlé.
--Dépensait-elle beaucoup chez vous?
--C'est selon. Elle nous prenait pour une soixantaine de francs par
mois, quelquefois plus, parce qu'elle voulait du cognac vieux. Elle
payait comptant.
L'épicière, ne sachant plus rien, fut congédiée. L'enfant qui lui
succéda appartenait à des gens aisés de la commune. Il était grand et
fort pour son âge. Il avait l'œil intelligent, la physionomie éveillée
et narquoise. Le juge ne sembla nullement l'intimider.
--Voyons, mon garçon, lui demanda le juge, que sais-tu?
--Monsieur, l'autre avant-hier, le jour du dimanche gras, j'ai vu un
homme sur la porte du jardin de madame Lerouge.
--À quel moment de la journée?
--De grand matin, j'allais à l'église pour servir la seconde messe.
--Bien! fit le juge, et cet homme était un grand brun, vêtu d'une
blouse...
--Non, monsieur, au contraire, celui-là était petit, court, très gros et
pas mal vieux.
--Tu ne te trompes pas?
--Plus souvent! répondit le gamin. Je l'ai envisagé de près, puisque je
lui ai parlé.
--Alors, voyons, raconte-moi cela.
--Donc, monsieur, je passais, quand je vois ce gros-là sur la porte. Il
avait l'air vexé, oh! mais vexé comme il n'est pas possible. Sa figure
était rouge, c'est-à-dire violette jusqu'au milieu de la tête, ce qui se
voyait très bien, car il était tête nue et n'avait plus guère de
cheveux.
--Et il t'a parlé le premier?
--Oui, monsieur. En m'apercevant, il m'a appelé: «Eh! petit!» Je me suis
approché. «Voyons, me dit-il, tu as de bonnes jambes?» Moi je réponds:
«Oui.» Alors il me prend l'oreille, mais sans me faire de mal, en me
disant: «Puisque c'est comme ça, tu vas me faire une commission et je te
donnerai dix sous. Tu vas courir jusqu'à la Seine. Avant d'arriver au
quai, tu verras un grand bateau amarré; tu y entreras et tu demanderas
le patron Gervais. Sois tranquille, il y sera; tu lui diras qu'il peut
parer à filer, que je suis prêt.» Là-dessus, il m'a mis dix sous dans la
main, et je suis parti.
--Si tous les témoins étaient comme ce petit garçon, murmura le
commissaire, ce serait un plaisir.
--Maintenant, demanda le juge, dis-nous comment tu as fait ta
commission?
--Je suis allé au bateau, monsieur, j'ai trouvé l'homme, je lui ai dit
la chose, et c'est tout.
Gévrol, qui écoutait avec la plus vive attention, se pencha vers
l'oreille de M. Daburon.
--Monsieur le juge, fit-il à voix basse, serait-il assez bon pour me
permettre de poser quelques questions à ce mioche?
--Certainement, monsieur Gévrol.
--Voyons, mon petit ami, interrogea l'agent, si tu voyais cet homme dont
tu nous parles, le reconnaîtrais-tu?
--Oh! pour ça, oui.
--Il avait donc quelque chose de particulier?
--Dame!... sa figure de brique.
--Et c'est tout?
--Mais oui! monsieur.
--Cependant, tu sais comme il était vêtu; avait-il une blouse?
--Non. C'était une veste. Sous les bras, elle avait de grandes poches,
et de l'une d'elles sortait à moitié un mouchoir à carreaux bleus.
--Comment était son pantalon?
--Je ne me le rappelle pas.
--Et son gilet?
--Attendez donc! répondit l'enfant. Avait-il un gilet?... Il me semble
que non. Si, pourtant... Mais non, je me souviens, il n'en portait pas,
il avait une longue cravate attachée près du cou avec un gros anneau.
--Ah! fit Gévrol d'un air satisfait, tu n'es pas un sot, mon garçon, et
je parie qu'en cherchant bien tu vas trouver d'autres renseignements
encore à nous donner.
L'enfant baissa la tête et garda le silence. Aux plis de son jeune
front, on devinait qu'il faisait un violent effort de mémoire.
--Oui! s'écria-t-il, j'ai encore remarqué une chose.
--Quoi?
--L'homme avait des boucles d'oreilles très grandes.
--Bravo! fit Gévrol, voilà un signalement complet. Je le retrouverai,
celui-là; monsieur le juge peut préparer son mandat de comparution.
--Je crois, en effet, le témoignage de cet enfant de la plus haute
importance, répondit M. Daburon. Et se retournant vers l'enfant:
--Saurais-tu, mon petit ami, demanda-t-il, nous dire de quoi était
chargé le bateau?
--C'est que je n'en sais rien, monsieur, il était ponté.
--Montait-il ou descendait-il la Seine?
--Mais, monsieur, il était arrêté.
--Nous le pensons bien, dit Gévrol; monsieur le juge te demande de quel
côté était tourné l'avant du bateau. Était-ce vers Paris ou vers Marly?
--Les deux bouts du bateau m'ont semblé pareils.
Le chef de la sûreté fit un geste de désappointement.
--Ah! reprit-il en s'adressant à l'enfant, tu aurais bien dû regarder le
nom du bateau; tu sais lire, je suppose. Il faut toujours regarder le
nom des bateaux sur lesquels on monte.
--Je n'ai pas vu de nom, dit le petit garçon.
--Si ce bateau s'est arrêté à quelques pas du quai, objecta M. Daburon,
il aura probablement été remarqué par des habitants de Bougival.
--Monsieur le juge a raison, approuva le commissaire.
--C'est juste, fit Gévrol. Du reste les mariniers ont dû descendre et
aller au cabaret. Je m'informerai. Mais comment était ce patron Gervais,
mon petit ami?
--Comme tous les mariniers d'ici, monsieur.
Le petit garçon se préparait à sortir; le juge le rappela.
--Avant de partir, mon enfant, dis-moi si tu as parlé à quelqu'un de ta
rencontre avant aujourd'hui?
--Monsieur, j'ai tout dit à maman, le dimanche en revenant de l'église;
je lui ai même remis les dix sous de l'homme.
--Et tu nous as bien avoué toute la vérité? continua le juge. Tu sais
que c'est une chose très grave que d'en imposer à la justice. Elle le
découvre toujours, et je dois te prévenir qu'elle réserve des punitions
terribles pour les menteurs.
Le petit témoin devint rouge comme une cerise et baissa les yeux.
--Tu vois, insista M. Daburon, tu nous as dissimulé quelque chose. Tu
ignores donc que la police connaît tout?
--Pardon! monsieur! s'écria l'enfant en fondant en larmes, pardon, ne me
faites pas de mal, je ne recommencerai plus!
--Alors, dis en quoi tu nous as trompés.
--Eh bien! monsieur, ce n'est pas dix sous que l'homme m'a donnés, c'est
vingt sous. J'en ai avoué la moitié à maman et j'ai gardé le reste pour
m'acheter des billes...
--Mon petit ami, interrompit le juge, pour cette fois je te pardonne.
Mais que ceci te serve de leçon pour toute ta vie. Retire-toi et
souviens-toi que vainement on cèle la vérité, elle se découvre toujours.