Une félicité parfaite semblait devoir planer sur notre jeune ménage;
cependant, deux mois à peine s’étaient écoulés que déjà nous subissions
l’odieuse influence de la lune rousse. De rose et rieuse, Mme Altamont
devint tout à coup pâle et morose. Miss Betsy, qui n’avait rien oublié,
détestait cordialement les nouveaux mariés, et cherchait à troubler leur
bonheur en inspirant à ma maîtresse une foule de mauvaises pensées. La
vieille Shum l’aidait de son mieux.
Il va sans dire qu’il nous arriva bientôt un amour de petit enfant; Mary
n’en fut pas plus gaie. Au contraire, elle se livrait à des accès de
tristesse que rien ne pouvait dissiper. Elle passait des journées
entières devant le berceau du chérubin endormi, lui adressant des
discours auxquels il ne comprenait rien.
--Mon enfant, mon pauvre enfant! disait-elle, ton père me trompe. Il a
des secrets pour moi... Que deviendras-tu, lorsque ta mère aura succombé
sous le poids du malheur?
Tout cela était du cru de la vieille Shum et de miss Betsy. Altamont
avait fini par leur défendre de mettre les pieds chez lui; mais elles
venaient en cachette, tandis qu’il vaquait à ses mystérieuses affaires.
Depuis notre accouchement, leurs visites étaient même devenues plus
fréquentes que jamais.
Un matin que Mme Altamont pleurait selon son habitude et que ses
aimables parentes la consolaient à leur façon, c’est-à-dire en la
faisant pleurer davantage, j’entendis...
Mais pourquoi ne reproduirais-je pas cette scène telle que je l’écrivis
à l’époque où j’avais l’intention de faire un drame domestique de
l’histoire que je raconte?